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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2407874

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2407874

vendredi 9 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2407874
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationELOIGNEMENT
Avocat requérantNAILI

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lyon a rejeté la requête de M. B, ressortissant guinéen, contestant l'arrêté du 5 août 2024 ordonnant son transfert aux autorités portugaises (responsables de sa demande d'asile selon le règlement Dublin III) et son assignation à résidence. Le tribunal a écarté le moyen d'incompétence de l'auteur de l'acte, la signataire disposant d'une délégation régulière. Il a également jugé que les craintes du requérant concernant les conditions d'accueil au Portugal ne démontraient pas de défaillances systémiques dans cet État membre, respectueux du droit d'asile. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, fondé notamment sur le règlement (UE) n° 604/2013 et la convention européenne des droits de l'homme.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 5 et 8 août 2024, M. D B demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 5 août 2024 par lequel la préfète du Rhône a ordonné son transfert aux autorités portugaises, responsables de l'examen de sa demande d'asile, ainsi que l'arrêté du même jour l'assignant à résidence ;

3°) d'enjoindre à la préfète du Rhône de procéder à un nouvel examen de sa situation, et dans l'attente de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros à verser à Me Naili au titre des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant remise aux autorités portugaises :

- la décision a été signée par une personne incompétente ;

- elle méconnait l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne l'assignation à résidence :

- la décision a été signée par une personne incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant remise.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 août 2024, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991,

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Bertolo pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 9 août 2024, M. Bertolo a présenté son rapport et entendu :

- les observations de Me Naili, représentant M. B, qui soutient, s'agissant de la décision de remise, que le Portugal ne propose pas des garanties et conditions matérielles d'accueil suffisantes pour les demandeurs d'asile et que M. B souhaite demeurer en France où il dispose d'attaches, et s'agissant de la décision d'assignation à résidence, qu'elle n'était pas nécessaire et qu'elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il dispose de garanties de représentation ;

- les observations de M. B.

La préfète du Rhône n'étant ni présente ni représentée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant guinéen né le 30 décembre 2003 est entré irrégulièrement en France selon ses déclarations le 29 avril 2024. L'intéressé a sollicité l'enregistrement de sa demande d'asile et ses empreintes ont été relevées le 6 mai 2024. La consultation du fichier VIS a mis en évidence que l'intéressé était entré sur le territoire des États membres au moyen d'un visa délivré par les autorités portugaises, et il a par suite été informé que sa demande relevait de la procédure Dublin. Le Portugal a fait connaître son accord explicite pour la réadmission de l'intéressé le 18 juillet 2024. Par une décision du 5 août 2024 dont le requérant demande l'annulation, la préfète du Rhône a ordonné son transfert aux autorités portugaises, responsables de l'examen de sa demande d'asile.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 921-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 précédemment visée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant transfert au autorités portugaises :

3. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme A C, cheffe du pôle régional Dublin, titulaire d'une délégation de signature à cet effet par un arrêté de la préfète du Rhône en date du 15 mai 2024, régulièrement publié le lendemain au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

5. Si le requérant fait état de ce que les autorités portugaises n'accordent pas des garanties suffisantes aux demandeurs d'asile, ces circonstances ne permettent pas d'établir que les autorités portugaises, qui ont donné leur accord sur la demande de prise en charge adressée par les autorités françaises, ne sont pas en mesure de traiter sa demande d'asile dans des conditions conformes à l'ensemble des garanties exigées par le respect du droit d'asile, en l'absence d'existence avérée de défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs d'asile dans ce pays, au demeurant État-membre de l'Union européenne et partie tant à la convention de Genève du 28 juillet 1951 sur le statut des réfugiés, complétée par le protocole de New-York, qu'à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Si le requérant fait également état de craintes en cas de retour en Guinée, il n'apporte au tribunal aucun élément de nature à établir l'actualité et le caractère personnel des risques qu'il pourrait encourir en cas de retour dans ces pays. Enfin, la seule circonstance qu'il souhaite demeurer en France ne justifie pas que la France devienne responsable de sa demande d'asile à titre dérogatoire. Dans ces conditions, les éléments dont le requérant se prévaut ne permettent pas d'établir qu'en refusant de faire usage de la clause discrétionnaire, la préfète du Rhône aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des stipulations de l'article 17 du règlement du 26 juin 2013 et méconnu les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentale.

En ce qui concerne la décision portant assignation à résidence :

6. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme A C, cheffe du pôle régional Dublin, titulaire d'une délégation de signature à cet effet par un arrêté de la préfète du Rhône en date du 15 mai 2024, régulièrement publié le lendemain au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.

7. En deuxième lieu, la décision attaquée vise les textes dont elle fait application et fait état des circonstances de fait propres à la situation de M. B. Elle est par suite suffisamment motivée, le moyen invoqué devant être écarté.

8. En troisième lieu, l'arrêté portant transfert aux autorités portugaises n'étant pas illégal, le requérant n'est pas fondé à exciper de son illégalité à l'encontre de la décision l'assignant à résidence.

9. En dernier lieu, l'article L. 751-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " L'étranger qui fait l'objet d'une requête aux fins de prise en charge ou de reprise en charge peut être assigné à résidence par l'autorité administrative pour le temps strictement nécessaire à la détermination de l'Etat responsable de l'examen de sa demande d'asile. () En cas de notification d'une décision de transfert, l'assignation à résidence peut se poursuivre si l'étranger ne peut quitter immédiatement le territoire français mais que l'exécution de la décision de transfert demeure une perspective raisonnable. / L'étranger faisant l'objet d'une décision de transfert peut également être assigné à résidence en application du présent article, même s'il n'était pas assigné à résidence lorsque la décision de transfert lui a été notifiée. () ".

10. Le requérant fait l'objet d'une décision de transfert dont l'exécution demeurait une perspective raisonnable au jour de la décision en litige. Il ne prétend pas qu'il aurait pu quitter immédiatement le territoire français, ni ne se prévaut d'aucun motif particulier qui rendrait cette assignation illégale ou inadaptée à sa situation. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 751-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de ce que cette décision serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation doit également être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à soutenir que les arrêtés du 5 août 2024 de la préfète du Rhône sont entachés d'illégalité et à en demander l'annulation. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application combinée des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent également être rejetées.

D E C I D E

Article 1er : M. B est admis à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D B et à la préfète du Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 août 2024.

Le magistrat désigné,

C. Bertolo Le greffier,

T. Clément

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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