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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2407893

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2407893

jeudi 13 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2407893
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantHASSID

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 29 juillet 2024, Mme B A, représentée par Me Hassid, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 29 mars 2024 par lesquelles la préfète du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, à titre subsidiaire, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte, et de réexaminer sa situation dans le délai de deux mois sous la même astreinte, à titre infiniment subsidiaire, de l'assigner à résidence ;

3°) de mettre à la charge l'Etat la somme de 1 800 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision de refus de titre de séjour est insuffisamment motivée, en particulier s'agissant du volet professionnel du refus d'admission exceptionnelle au séjour ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa demande, celle-ci n'ayant pas été analysée sur le bon fondement ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 422-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences qu'elle emporte sur sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation dans l'application de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale, étant fondée sur un refus de titre de séjour lui-même illégal ;

- cette décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences qu'elle emporte sur sa situation personnelle ;

- la décision fixant le pays de destination est illégale, étant fondée sur un refus de titre de séjour et une obligation de quitter le territoire français eux-mêmes illégaux.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention du 24 janvier 1994 entre la République française et la République du Cameroun relative à la circulation et au séjour des personnes ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme Flechet, rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique, à laquelle les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante camerounaise née le 8 septembre 1992, est entrée sur le territoire français le 1er septembre 2016 sous couvert d'un visa de long séjour portant la mention " étudiant ". Elle a ensuite bénéficié d'un titre de séjour en qualité d'étudiante, titre régulièrement renouvelé jusqu'au 30 septembre 2020. Elle a alors sollicité un changement de statut en demandant un titre de séjour portant la mention " recherche d'emploi ou création d'entreprise ", en se prévalant d'un diplôme de master de sciences et technologies " géosciences, réservoirs, eau, climat, surfaces continentales " au titre de l'année 2019 / 2020. Elle s'est ainsi vue délivrer une carte de séjour temporaire valable du 24 février 2021 au 23 février 2022. Le 6 septembre 2022, l'intéressée a sollicité un nouveau changement de statut avant de demander également son admission exceptionnelle au séjour à titre principal et, à titre subsidiaire, un titre de séjour portant la mention " recherche d'emploi ou création d'entreprise ". Par des décisions du 29 mars 2024 dont elle demande l'annulation, la préfète du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction sous astreinte :

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, la décision attaquée comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles la décision de refus de titre de séjour se fonde, en particulier s'agissant de la demande de la requérante d'admission exceptionnelle au séjour au titre du travail. Ainsi, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cette décision doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier qu'après avoir sollicité, le 6 septembre 2022, un titre de séjour en demandant un changement de statut, indiquant entamer des études en alternance de Mastère 2 " Management du développement durable ", et avoir transmis en cours d'instruction de sa demande un contrat d'alternance pour la période couvrant l'année universitaire 2022 / 2023, la requérante a également sollicité, lors de son rendez-vous en préfecture le 24 avril 2023, une demande d'admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par une lettre du même jour, son conseil a indiqué que l'intéressée a sollicité dès le 6 septembre 2022 un changement de statut en demandant un " titre de séjour salarié " " pour pouvoir mener à bien son année de Mastère en apprentissage ". Le 5 février 2024, la requérante a indiqué aux services de la préfecture finalement solliciter son admission exceptionnelle au séjour à titre principal, compte tenu de l'évolution de sa situation, et, à titre subsidiaire, un titre de séjour portant la mention " recherche d'emploi ou création d'entreprise ", sur le fondement de l'article L. 422-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ainsi, en estimant que la requérante n'avait pas déposé de demande de titre de séjour en qualité de salariée, mais uniquement des demandes de titre de séjour portant la mention " étudiant " et " recherche d'emploi ou création d'entreprise " ainsi que son admission exceptionnelle au séjour, la préfète, qui a répondu à ces trois demandes dans la décision attaquée, n'a pas entaché cette dernière d'un défaut d'examen particulier et complet de la situation de la requérante. La circonstance que la préfète a également procédé à un examen au regard de l'article L. 421-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'est pas de nature à révéler un examen incomplet de la demande. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit à n'avoir pas examiné la demande de Mme A sur le bon fondement doit être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 422-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La carte de séjour temporaire portant la mention " recherche d'emploi ou création d'entreprise " autorise l'étranger à exercer une activité professionnelle salariée jusqu'à la conclusion de son contrat ou l'immatriculation de son entreprise. ". En vertu de l'article L. 422-9 de ce même code : " Par dérogation aux dispositions de l'article L. 433-1 la carte de séjour temporaire portant la mention " recherche d'emploi ou création d'entreprise " n'est pas renouvelable. L'autorité administrative ne peut procéder à des vérifications qu'à l'expiration d'un délai de trois mois suivant sa délivrance. " Selon l'article L. 422-10 de ce code : " L'étranger titulaire d'une assurance maladie qui justifie soit avoir été titulaire d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle portant la mention " étudiant " délivrée sur le fondement des articles L. 422-1, L. 422-2 ou L. 422-6 et avoir obtenu dans un établissement d'enseignement supérieur habilité au plan national un diplôme au moins équivalent au grade de master ou figurant sur une liste fixée par décret, () se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " recherche d'emploi ou création d'entreprise " d'une durée d'un an dans les cas suivants : 1° Il entend compléter sa formation par une première expérience professionnelle, sans limitation à un seul emploi ou à un seul employeur ; 2° Il justifie d'un projet de création d'entreprise dans un domaine correspondant à sa formation ou à ses recherches. " En vertu du point 26 de l'annexe 10 à ce code, doit être présenté, à l'appui d'une demande de délivrance d'un titre de séjour portant la mention " recherche d'emploi ou création d'entreprise ", un diplôme de grade au moins équivalent au master, un diplôme de niveau I labellisé par la Conférence des grandes écoles, un diplôme de licence professionnelle obtenu dans l'année dans un établissement d'enseignement supérieur habilité au plan national ou une attestation de réussite définitive au diplôme. Par ailleurs, les diplômes de niveau I correspondent désormais aux diplômes de niveau 7. Enfin, aux termes de l'article D. 6113-19 du code du travail : " I. - Le cadre national des certifications professionnelles comprend huit niveaux de qualification. Il précise la gradation des compétences associées à chacun de ces niveaux. / () III. / () / 5° Le niveau 6 atteste la capacité à analyser et résoudre des problèmes complexes imprévus dans un domaine spécifique, à formaliser des savoir-faire et des méthodes et à les capitaliser. Les diplômes conférant le grade de licence sont classés à ce niveau du cadre national ; / 6° Le niveau 7 atteste la capacité à élaborer et mettre en œuvre des stratégies alternatives pour le développement de l'activité professionnelle dans des contextes professionnels complexes, ainsi qu'à évaluer les risques et les conséquences de son activité. Les diplômes conférant le grade de master sont classés à ce niveau du cadre national ; / (). "

5. Il ressort des pièces du dossier que, après avoir obtenu un master, Mme A a décidé de reprendre ses études et a obtenu un diplôme de mastère 2 in Green, Social et Digital Management au titre de l'année universitaire 2022 / 2023 auprès de l'établissement d'enseignement supérieur privé ESI Business School. Il est constant que, pour cette dernière année d'étude, elle n'était pas titulaire d'un titre de séjour en qualité d'étudiante. Il ne ressort en outre pas des pièces du dossier, et n'est d'ailleurs pas même allégué, que le mastère obtenu au titre de l'année 2022 / 2023, dont il est constant qu'il ne constitue pas un diplôme de licence professionnelle obtenu dans un établissement d'enseignement supérieur habilité au plan national, relèverait des diplômes de niveau I labellisé par la Conférence des grandes écoles. Ainsi, la requérante n'est pas fondée à soutenir que, ayant repris ses études et obtenu ce mastère, elle pouvait à nouveau prétendre à la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " recherche d'emploi ou création d'entreprise ". Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 422-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit, par suite, être écarté.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "

7. Mme A se prévaut de la durée de sa présence en France, de son intégration professionnelle et sociale ainsi que de la résidence sur le territoire de plusieurs de ses oncles, tantes et cousins. Toutefois, si la requérante était entrée sur le territoire français depuis plus de sept ans à la date de la décision attaquée, elle y a résidé les premières années en qualité d'étudiante et les pièces qu'elle verse au débat ne permettent pas de justifier, à cette date, de sérieuses perspectives d'intégration professionnelle. Elle ne se prévaut en outre en France d'aucun autre lien que ses oncles, tantes et cousins. Dans ces conditions, Mme A n'est pas fondée à soutenir que le refus de titre de séjour qui lui a été opposé porte au droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels cette décision a été prise. Cette dernière n'est donc pas contraire à l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, la décision en litige n'est pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences qu'elle emporte sur sa situation personnelle.

8. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / (). "

9. Pour les motifs indiqués au point 7 ci-dessus, Mme A ne démontre l'existence d'aucune considération humanitaire ou motif exceptionnel, au sens de l'article L. 435-1 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, susceptible de justifier la délivrance d'un titre de séjour en application des dispositions de cet article. Le moyen tiré de l'erreur manifeste commise par la préfète du Rhône dans la mise en œuvre de ces dispositions ne peut, dès lors, être accueilli.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

10. Il résulte de ce qui précède que la décision de refus de titre de séjour n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, le moyen tiré de cette illégalité et soulevé, par voie d'exception, à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français, doit être écarté.

11. En second lieu, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales par la décision portant obligation de quitter le territoire français et de l'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences qu'emporte cette décision sur la situation de Mme A doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 7.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

12. Il résulte de ce qui précède que les décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français ne sont pas entachées d'illégalité. Par suite, le moyen tiré de ces illégalités et soulevé, par voie d'exception, à l'encontre de la décision fixant le pays de destination, doit être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation des décisions attaquées. Par suite, ses conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction sous astreinte.

Sur les frais liés au litige :

14. Les conclusions présentées par la requérante, partie perdante, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la préfète du Rhône.

Délibéré après l'audience du 30 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

M. Jean-Pascal Chenevey, président,

Mme Marine Flechet, première conseillère,

Mme Flore-Marie Jeannot, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 février 2025.

La rapporteure,

M. Flechet

Le président,

J.-P. Chenevey

La greffière,

S. Saadallah

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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