mardi 19 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2407929 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème chambre |
| Avocat requérant | GREPINET |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 6 août 2024, M. D B, représenté par Me Grépinet, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 10 juillet 2024 par laquelle la préfète du Rhône a refusé de l'admettre au séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de vingt-quatre mois ;
2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à exercer un emploi, dans le délai de quinze jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard passé ce délai, et de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à lui verser au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne l'ensemble des décisions :
- il n'est pas justifié de la compétence de leur signataire ;
- elles sont dépourvues de motivation suffisante ;
- elles sont entachées d'un défaut d'examen particulier de sa situation individuelle ;
- elles sont entachées d'une erreur de fait sur la réalité de sa situation personnelle et professionnelle.
En ce qui concerne les décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français :
- elles méconnaissent les stipulations des articles 7 quater et 11 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- elle méconnaît les dispositions des articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est manifestement disproportionnée.
La requête a été régulièrement communiquée à la préfète du Rhône, qui n'a pas produit d'observations avant la clôture de l'instruction.
Par une ordonnance du 7 octobre 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 22 octobre 2024.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-tunisien en matière de séjour et de travail du 17 mars 1988 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Bour, présidente ;
- et les observations de Me Grépinet, représentant M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. D B, ressortissant tunisien né le 3 septembre 1989, est entré sur le territoire français le 17 octobre 2019 sous couvert d'un passeport revêtu d'un visa de court séjour valant titre de séjour " vie privée et familiale ", valable du 2 octobre 2019 au 2 octobre 2020, en qualité de conjoint de français, et en a demandé le renouvellement le 3 mars 2021, un récépissé lui étant remis à cette occasion et régulièrement renouvelé depuis lors. Il a modifié le fondement de sa demande le 18 janvier 2024, souhaitant un titre de séjour portant la mention " salarié " ou, à titre subsidiaire, la mention " vie privée et familiale ". Par l'arrêté contesté du 10 juillet 2024, la préfète du Rhône a refusé de l'admettre au séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de vingt-quatre mois.
Sur les conclusions en annulation et injonction :
En ce qui concerne l'ensemble des décisions :
2. En premier lieu, l'arrêté contesté a été signé par Mme A C, directrice des migrations et de l'intégration, qui a reçu délégation à cet effet par un arrêté de la préfète du Rhône en date du 15 mai 2024, publié le lendemain au recueil des actes administratifs, accessible au juge et aux parties. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire doit être écarté.
3. En deuxième lieu, l'arrêté contesté vise les textes utiles sur lesquels il se fonde, notamment les dispositions des articles L. 423-23, L. 432-1, L. 611-1 3° et L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des articles 3 et 10-1 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988. Par ailleurs, elle mentionne les éléments déterminants relatifs à la situation personnelle de M. B qui ont conduit la préfète à lui refuser la délivrance du titre de séjour, à l'obliger à quitter le territoire français et à lui faire interdiction d'y retourner sur une durée de vingt-quatre mois, notamment le fait qu'il est divorcé de son épouse française, qu'il a été condamné pour violences conjugales à son égard et qu'il ne justifie pas d'une intégration professionnelle particulière, ni de liens familiaux d'une intensité particulière en France. La préfète n'étant pas tenue de mentionner dans sa décision tous les éléments caractérisant la vie privée et familiale de l'intéressé, la circonstance que la décision ne mentionne pas la présence en France de sa sœur et de ses neveux n'est pas de nature à l'entacher d'un défaut de motivation et ne révèle aucun défaut d'examen particulier. Par suite, l'arrêté contesté comporte l'énoncé des éléments de droit et de fait qui constituent le fondement de chacune des décisions qu'il comporte et les moyens tirés du défaut de motivation et du défaut d'examen doivent être écartés.
4. En troisième lieu, si M. B soutient que la préfète du Rhône a entaché sa décision d'une erreur de fait sur la réalité de sa situation personnelle et professionnelle, en ce qu'elle a estimé qu'il est entré récemment en France et ne démontre pas son insertion sociale et économique à travers la production de ses bulletins de salaire et promesses d'embauche, de telles considérations ont trait à l'appréciation des faits par l'autorité administrative, et non à leur réalité, et ne sont pas de nature à caractériser une erreur de fait. Par suite, ce moyen doit être écarté.
En ce qui concerne les décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français :
5. Aux termes de l'article 7 quater de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 : " Sans préjudice des dispositions du b et du d de l'article 7 ter, les ressortissants tunisiens bénéficient, dans les conditions prévues par la législation française, de la carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" ", et aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ". Par ailleurs, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".
6. Il ressort des pièces du dossier que M. B est entré en France le 17 octobre 2019, à l'âge de trente ans, sous couvert d'un passeport revêtu d'un visa de long séjour valant titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", en sa qualité de conjoint d'une ressortissante française épousée en Tunisie le 11 janvier 2019. Séparés de fait depuis 2020, le divorce a été prononcé le 14 juin 2022, alors qu'il avait été condamné par le tribunal correctionnel de Lyon le 15 janvier 2021 à six mois d'emprisonnement avec sursis probatoire de deux ans pour des faits de violences conjugales commis entre octobre 2019 et juin 2020, soit immédiatement après son entrée en France. Sans enfant à charge sur le territoire français, M. B se borne à se prévaloir de la présence régulière en France de sa sœur et de ses neveux, cette seule présence ne suffisant pas à démontrer qu'il y aurait déplacé le centre de ses intérêts privés et familiaux, dès lors qu'il ne démontre pas être dépourvu d'attaches familiales et culturelles en Tunisie, où il a vécu jusqu'à l'âge de trente ans. S'il fait valoir son intégration professionnelle, à travers l'exercice d'un emploi d'intérimaire, ainsi que sa maîtrise de la langue française, ces seuls éléments ne suffisent pas à démontrer qu'il y aurait développé des liens sociaux d'une intensité telle que les décisions contestées, lui refusant la délivrance d'un titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire français, porteraient atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que les décisions attaquées auraient porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elles ont été prises. Les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de l'article 7 quater de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent, par conséquent, être écartés, tant en ce qui concerne le refus de titre de séjour que l'obligation de quitter le territoire français.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
7. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ", et aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 (). ".
8. Le requérant soutient que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de vingt-quatre mois est disproportionnée tant dans son principe que dans sa durée. Toutefois, ainsi qu'il a été précisé au point 6, l'intéressé était présent depuis moins de cinq ans sur le territoire national à la date de la décision attaquée, n'y justifie pas d'une vie privée et familiale ancienne, intense et stable et a été condamné en janvier 2021, par le tribunal correctionnel de Lyon, à une peine de six mois d'emprisonnement avec sursis probatoire de deux ans pour des faits de violence suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours commis sur son épouse. Par suite, et alors même que M. B n'a jamais fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement, la préfète du Rhône n'a pas commis d'erreur d'appréciation et n'a pas méconnu les dispositions précitées en édictant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire pour une durée de vingt-quatre mois.
9. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte.
Sur les frais liés au litige :
10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, la somme que M. B demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D B et à la préfète du Rhône.
Délibéré après l'audience du 5 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Bour, présidente,
Mme Jorda, conseillère,
Mme Le Roux, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 novembre 2024.
La présidente-rapporteure,
A-S. BourL'assesseure la plus ancienne,
V. Jorda
La greffière,
S. Rivoire
La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026