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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2407939

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2407939

mercredi 9 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2407939
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJU 4ème chambre
Avocat requérantKADRI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 30 juillet 2024, au greffe du tribunal administratif de Nice et transmise au tribunal administratif de Lyon par ordonnance du 5 août 2024, M. B A, représenté par Me Kadri, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 9 juillet 2024 par lequel le préfet des Alpes Maritimes lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office à l'issue de ce délai ;

2°) d'enjoindre au préfet des Alpes Maritimes de réexaminer sa situation dans un délai de 7 jours à compter du jugement à intervenir sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 800 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté a été pris par une autorité incompétente ;

S'agissant de l'obligation de quitter le territoire :

- elle est insuffisamment motivée et entachée de défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation compte tenu du contexte socio-politique turc ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de sa vie privée et familiale ;

S'agissant de la décision fixant le délai de départ à trente jours :

- elle est illégale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire ;

S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est illégale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

La présidente du tribunal a désigné M. Clément pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement ou remise des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Clément, magistrat désigné,

- et les observations pour Me Kadri pour le requérant qui maintient ses moyens et conclusions.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant turc, est entré en France juillet 2022. Par un arrêté du 9 juillet 2024, le préfet des Alpes Maritimes lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office à l'issue de ce délai. M. B A demande au tribunal l'annulation de ces décisions.

Sur le moyen commun à l'ensemble des décisions attaquées :

2. L'arrêté attaqué a été signé par Mme C D, adjointe à la cheffe du bureau des examens spécialisés de la préfecture des Alpes-Maritimes. Par un arrêté n° 2024-405 du 26 mars 2024, publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial n° 77-2024 de la préfecture des Alpes-Maritimes, accessible tant au juge qu'aux parties, Mme D a reçu délégation de signature à l'effet de signer, au nom du préfet des Alpes-Maritimes, les décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français au titre de l'asile ainsi que celles fixant le pays de destination de ces mesures d'éloignement. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté litigieux doit être écarté comme manquant en fait.

S'agissant de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire :

3. En premier lieu l'arrêté attaqué vise les textes dont il est fait application et fait état des circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. A dont les éléments sur lesquels le préfet des Alpes-Maritimes s'est fondé pour l'obliger à quitter le territoire français ainsi que pour établir le pays de destination de cette mesure d'éloignement. Dès lors, cet arrêté comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision et a permis au requérant d'en contester utilement leur bien-fondé. Par suite, le préfet des Alpes-Maritimes a suffisamment motivé l'arrêté litigieux. Le moyen invoqué en ce sens doit alors être écarté.

4. En deuxième lieu, il ne ressort pas des termes de la décision en litige, pas plus que des pièces des dossiers, que le préfet n'aurait pas procédé à un examen complet de la situation du requérant.

5. En troisième lieu si M. A invoque les risques encourus dans son pays d'origine, il ne produit à l'appui de cette affirmation aucune pièce et n'assortit pas cette affirmation de précisions suffisantes. Par suite, le moyen tiré d'une erreur manifeste d'appréciation commise par le préfet doit être écarté.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".

7. M. A, de nationalité turque, est entré récemment en France le 29 juillet 2022. M. A ne démontre pas avoir constitué des attaches particulièrement intenses sur le territoire national et s'il invoque des liens amicaux noués en France, en tout état de cause, il ne produit à l'appui de cette affirmation aucun élément. Il s'ensuit que le moyen tiré de la violation de l'article 8 de la convention européenne précitée doit être écarté, de même que le moyen tiré d'une erreur manifeste d'appréciation.

8. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français.

S'agissant de la décision fixant le délai de départ à trente jours :

9. Le requérant n'ayant pas démontré l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français, il n'est pas fondé à s'en prévaloir pour soutenir que la décision fixant le délai de départ serait elle-même illégale.

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

10. Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

11. En premier lieu, le requérant n'ayant pas démontré l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français, il n'est pas fondé à s'en prévaloir pour soutenir que la décision désignant le pays de renvoi serait elle-même illégale.

12. En second lieu, pour soutenir qu'il est exposé à des risques de traitements inhumains ou dégradants en cas de retour en Turquie, M. A se borne à soutenir qu'il est kurde et qu'il est menacé par les autorités. Toutefois, son récit n'est assorti d'aucune pièce qui en accréditerait le bien-fondé, et a d'ailleurs été jugé peu convaincant par les autorités en charge de l'asile. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de destination méconnaîtrait l'article 3 de la convention européenne précitée pas plus que l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

13. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision désignant le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloignée d'office.

14. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B A doit être rejetée en toute ces conclusions y compris celles à fin d'injonction et celles présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet des Alpes Maritimes.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 octobre 2024.

Le magistrat désigné,

M. ClémentLe greffier,

J. Billot

La République mande et ordonne au préfet des Alpes Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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