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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2407946

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2407946

mardi 20 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2407946
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationELOIGNEMENT
Avocat requérantHMAIDA

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lyon a examiné la requête de M. A, ressortissant guinéen, demandant l'annulation de la décision du 1er août 2024 par laquelle l'OFII lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Le tribunal a rejeté la fin de non-recevoir soulevée par l'OFII, estimant que M. A justifiait de l'enregistrement de sa demande de réexamen d'asile. Sur le fond, le tribunal a appliqué l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui prévoit le refus des conditions matérielles d'accueil en cas de demande de réexamen, et a jugé que la décision de l'OFII était légale. La solution retenue est le rejet de la requête de M. A.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 6 août 2024, M. B A, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 1er août 2024 par laquelle le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil et lui fournir un hébergement.

Il soutient que :

- la décision est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa demande ;

- la décision est entachée d'erreurs manifestes d'appréciation de sa situation de vulnérabilité.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 août 2024, l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- à titre principal, la requête de M. A est irrecevable, dès lors qu'il ne justifie pas avoir enregistré sa demande d'asile auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ;

- à titre subsidiaire, les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 du Parlement européen et du Conseil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le décret n° 2024-799 du 2 juillet 2024 ;

- le décret n° 2024-809 du 5 juillet 2024 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Boulay, première conseillère, pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions qui refusent, totalement ou partiellement, au demandeur d'asile le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

Les parties, dûment convoquées, ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Boulay ;

- les observations de Me Hmaida, avocate de M. A, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens ; elle précise, d'une part, que l'OFII n'a pas procédé à un examen de la vulnérabilité de M. A en tenant compte des éléments postérieurs à sa précédente demande d'asile, au vu notamment de l'accident de voie publique dont il a été victime et à l'absence de saisine du médecin coordonnateur de zone et, d'autre part, que l'intéressé présente une situation de vulnérabilité dès lors qu'il doit prochainement subir une intervention chirurgicale incompatible avec une absence d'hébergement et qu'il craint d'être exposé à des mauvais traitements compte tenu des menaces de mort dont il a fait l'objet en raison de son orientation sexuelle et, enfin, que l'OFII aurait a minima dû lui accorder le bénéfice d'un hébergement ;

- et les observations de M. A, qui déclare qu'il dort à la rue, qu'il s'inquiète pour les suites de son opération s'il n'a pas d'hébergement et indique être exposé à des risques de violence de la part d'autres personnes sans domicile fixes.

L'Office français de l'immigration et de l'intégration n'était ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant guinéen né le 5 février 1998 est entré irrégulièrement en France le 3 janvier 2021, selon ses déclarations. Sa demande d'asile a été enregistrée le 14 janvier 2021 et il a bénéficié de l'allocation pour demandeurs d'asile du mois de janvier 2021 au mois de mai 2021, celle-ci ayant été suspendue après que l'intéressé, placé en procédure Dublin, a été déclaré en fuite. M. A a été placé en procédure normale pour l'examen de sa demande d'asile à compter du 3 janvier 2023. Sa demande d'asile a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 21 novembre 2023, confirmée par la cour nationale du droit d'asile par une décision du 10 mai 2024. Le 1er août 2024, M. A ayant présenté une nouvelle demande d'asile, il a été mis en possession d'une attestation de demande d'asile en procédure accélérée pour motif de réexamen d'une demande d'asile antérieurement déposée en France et définitivement rejetée. Par une décision du même jour dont M. A demande l'annulation, le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer l'admission provisoire de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur la fin de non-recevoir :

3. Contrairement à ce que soutient l'Office français de l'immigration et de l'intégration, M. A justifie de l'enregistrement de sa demande de réexamen d'une demande d'asile, adressée par courrier à l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 6 août 2024 et enregistrée le 14 août 2024. Par suite, la fin de non recevoir tirée de l'irrecevabilité de la requête doit être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Aux termes de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil sont refusées, totalement ou partiellement, au demandeur, dans le respect de l'article 20 de la directive 2013/33/ UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, dans les cas suivants : () / 3° Il présente une demande de réexamen de sa demande d'asile () / La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur ". Les conditions matérielles d'accueil sont proposées au demandeur d'asile par l'Office français de l'immigration et de l'intégration après l'enregistrement de la demande d'asile. Dans le cas où elle envisage de refuser les conditions matérielles d'accueil sur le fondement de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il appartient à l'autorité compétente de l'Office français de l'immigration et de l'intégration d'apprécier la situation particulière du demandeur au regard notamment de sa vulnérabilité, de ses besoins en matière d'accueil ainsi que, le cas échéant, des raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il devait déférer pour bénéficier des conditions matérielles d'accueil.

5. Pour refuser à M. A le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, l'Office français de l'immigration et de l'intégration s'est fondé sur le motif tiré de ce qu'il avait sollicité le réexamen de sa demande d'asile.

6. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. A a bénéficié le 30 juillet 2024 d'un entretien en langue française, qu'il comprend, tendant à apprécier sa vulnérabilité. Il ressort de la fiche d'évaluation établie à cette occasion que celui-ci vit seul, qu'il n'est pas hébergé, ne dispose d'aucune ressource, et qu'il souffre d'un problème de santé résidant dans les séquelles d'un accident récent à la jambe droite. Si le certificat du médecin coordonnateur de la zone Sud-Est du 23 janvier 2023 mentionne que le requérant ne semble pas relever d'une propriété pour un hébergement pour raisons de santé, cet avis est relatif à la précédente demande d'asile du requérant, alors que M. A a été postérieurement victime d'un accident de la voie publique, et a désormais besoin d'une béquille pour marcher, et doit faire l'objet d'une intervention chirurgicale au niveau de la jambe droite le 22 août 2024 au centre hospitalier Edouard Herriot de Lyon, laquelle nécessitera qu'il accède à des conditions d'hygiène suffisantes en période post-opératoire. En outre, M. A justifie être exposé à un risque d'actes malveillants eu égard aux menaces de mort reçues du fait de son activité associative en faveur de la lutte contre les discriminations, pour lesquelles il a déposé plainte le 22 mai 2024. Au vu de l'ensemble de ces éléments, l'Office français de l'immigration et de l'intégration a commis une erreur manifeste d'appréciation en considérant que M. A ne présentait pas de vulnérabilité particulière et en refusant, par suite, de lui octroyer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

7. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision du 1er août 2024 par laquelle le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. Eu égard au motif d'annulation retenu, il y a lieu d'enjoindre au directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration d'accorder rétroactivement le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à M. A, à compter du 1er août 2024, et de procéder à son hébergement dans une structure adaptée.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 1er août 2024 est annulée.

Article 3 : Il est enjoint à l'Office français de l'immigration et de l'intégration d'admettre rétroactivement M. A au bénéfice des conditions matérielles d'accueil à compter du 1er août 2024, et de procéder à son hébergement dans une structure adaptée.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 août 2024.

La magistrate désignée,

P. Boulay

La greffière,

A. Senoussi

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Un greffier,

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