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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2408035

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2408035

mardi 13 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2408035
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationELOIGNEMENT
Avocat requérantTOMASI

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Lyon a rejeté la requête de M. B, ressortissant algérien, contestant les décisions du préfet de l'Isère du 7 août 2024 lui faisant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination et prononçant une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a écarté les moyens d'incompétence du signataire et d'insuffisance de motivation, jugeant les décisions légalement fondées. Il a estimé que la mesure d'éloignement ne portait pas une atteinte disproportionnée au droit à la vie privée et familiale de l'intéressé au regard de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme. La solution s'appuie notamment sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA).

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 8 août 2024, M. A B, retenu au centre de rétention administrative de Lyon Saint-Exupéry (69125), demande au tribunal :

1°) de prononcer son admission à l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler les décisions du 7 août 2024 par lesquelles le préfet de l'Isère lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être renvoyé et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1000 euros à verser à son conseil sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour celui-ci de renoncer à percevoir la part contributive versée par l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- les décisions sont entachées d'incompétence de leur signataire ;

- elles sont insuffisamment motivées et entachées d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision refusant tout délai de départ volontaire méconnaît les dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision d'interdiction de retour sur le territoire français méconnaît les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et présente un caractère disproportionné au regard de sa situation personnelle ; l'inscription dans le système d'information a pour conséquence l'impossibilité d'obtenir un visa ou un autre titre.

Des pièces produites par le préfet de l'Isère ont été enregistrées le 12 août 2024.

Vu les décisions attaquées et les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Collomb pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement ou remise des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties, dûment convoquées, ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Collomb, magistrate désignée ;

- les observations de Me Saidi, représentant M. B, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens ;

- et les observations de Me Morisson-Cardinaud, substituant Me Tomasi, représentant le préfet de l'Isère, qui conclut au rejet de la requête.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience conformément aux dispositions de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien né le 23 février 1999, demande l'annulation des décisions du 7 août 2024 par lesquelles le préfet de l'Isère l'a obligé à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée de deux ans.

Sur l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

2. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.

Sur l'ensemble des décisions :

3. En premier lieu, M. Laurent Simplicien, secrétaire général de la préfecture de l'Isère, signataire des décisions attaquées, a reçu délégation à cet effet par un arrêté du 8 avril 2024, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial n°38-2024-103. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte doit être écarté.

4. En second lieu, les décisions attaquées comportent les considérations de droit et de fait qui les fondent et sont, par suite, suffisamment motivées. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de l'Isère, qui n'était pas tenu de mentionner l'ensemble des éléments relatifs à la situation personnelle de M. B, n'aurait pas procédé à un examen particulier de sa situation préalablement à leur édiction.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

5. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

6. M. B se prévaut de la durée de sa présence en France où il a rencontré sa compagne, une ressortissante française, qu'il a épousé religieusement et avec laquelle il vit à Grenoble. Il ne produit toutefois aucune pièce probante à l'appui de ses allégations alors qu'il ressort des pièces du dossier qu'il n'a pas exécuté les décisions d'éloignement prises à son encontre les 7 mars 2019, 18 février 2020 et 13 avril 2021. Il ne justifie pas davantage avoir noué des liens personnels d'une particulière densité sur le territoire national et ne fait état d'aucune intégration professionnelle particulière. Par ailleurs, le requérant ne soutient ni même n'allègue être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où il a vécu l'essentiel de son existence et où il dispose nécessairement d'un ancrage social et culture. De surcroît, M. B est très défavorablement connu des services de police dès lors qu'il a été interpellé le 12 septembre 2016 pour des faits de recel de bien provenant d'un vol et violences avec usage d'une arme, le 1er novembre 2016 pour des faits de violences avec usage d'une arme et vol, le 16 septembre 2017 pour des faits de vol en réunion, le 31 octobre 2017 pour des faits de recel de bien provenant d'un vol, le 21 novembre 2017 pour des faits de vol aggravé par deux circonstances, le 30 novembre 2017 pour des faits de violences avec arme, le 22 mai 2018 pour des faits de violences, outrages et menaces de mort sur personne dépositaire de l'autorité publique, le 22 septembre 2019 pour des faits de vol à l'arraché, le 20 janvier 2020 pour des faits de violences ayant entraîné une interruption temporaire de travail inférieure à huit jours, le 17 février 2020 pour des faits de recel de bien provenant d'un vol, le 12 avril 2020 pour des faits d'usage illicite de stupéfiants, le 10 mai 2020 pour des faits de vol par escalade dans un local d'habitation, le 13 mai 2020 pour des faits de dégradation du bien d'autrui, le 28 septembre 2020 pour des faits de recel de bien provenant d'un vol et port d'arme de catégorie D, le 14 novembre 2020 pour des faits de vol aggravé par deux circonstances et vol en réunion, le 8 mars 2021 pour des faits de recel de bien provenant d'un vol, le 6 octobre 2021 pour des faits de refus d'obtempérer et le 12 octobre 2021 pour des faits vol à la roulotte et enfin, le 6 juin 2024 pour des faits de vol à la roulotte. Par ailleurs, M. B a fait l'objet, le 1er décembre 2017, d'un mandat de dépôt du tribunal de grande instance de Grenoble pour des faits de vol avec arme, le 6 mars 2019 il été condamné par le tribunal correctionnel de Grenoble pour des faits de vol aggravé par trois circonstances et transport d'une arme et le 12 décembre 2020, il a été condamné par le tribunal correctionnel de Grenoble à huit mois d'emprisonnement pour des faits de vol aggravé par deux circonstances et recel de bien provenant d'un vol. Compte tenu du nombre et de la gravité de ces infractions, le comportement personnel de l'intéressé constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique une menace réelle actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société. Dans ces conditions, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision litigieuse aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise. Le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit, par suite, être écarté.

Sur l'absence de délai de départ volontaire :

7. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. () ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivant : / (.) 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5 ".

8. Il résulte des termes de la décision litigieuse que celle-ci est motivée par la circonstance qu'il existe un risque que M. B se soustrait à la mesure d'éloignement dès lors que ce dernier ne présente pas de garanties de représentation suffisantes. En se bornant à rappeler qu'il réside au domicile de sa compagne à Grenoble et que cette adresse, comme son identité, sont connues de l'administration, le requérant, qui n'apporte aucun élément de preuve à l'appui de ses allégations, ne conteste pas sérieusement ce motif et ne fait état d'aucune circonstance particulière au sens du premier alinéa de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, n'est pas fondé à soutenir que le préfet de l'Isère a fait une inexacte application des dispositions précitées en lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions précitées doivent être écartés.

Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :

9. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. ".

10. Eu égard à ce qui a été dit précédemment sur la situation personnelle de M. B, ainsi que sur son comportement sur le territoire français et de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet de plusieurs mesures d'éloignement, le préfet de l'Isère, qui a pris en considération l'ensemble des critères mentionnés à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, n'a pas fait une inexacte application des dispositions précitées en lui interdisant de retourner sur le territoire français pour une durée de deux ans, la durée maximale d'une telle mesure étant fixée à cinq ans. Pour les mêmes motifs, l'intéressé n'est pas plus fondé à soutenir que cette mesure présenterait un caractère disproportionné au regard de sa situation personnelle. Si le requérant soutient enfin que l'interdiction de retour sur le territoire français conduit à une expulsion automatique de l'ensemble de l'espace Schengen pour cette même durée, du fait de son inscription dans le système d'information Schengen, cette inscription, qui n'est qu'une conséquence de l'interdiction de retour en litige, n'a pas d'incidence sur la légalité de cette mesure.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions présentées sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E:

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de l'Isère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 août 2023.

La magistrate désignée,

C. COLLOMB

La greffière,

L. BON-MARDION

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour exécution conforme,

Un greffier

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