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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2408238

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2408238

lundi 19 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2408238
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationELOIGNEMENT
Avocat requérantTOMASI

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lyon a rejeté la requête de M. A, ressortissant algérien, qui contestait l'arrêté du préfet de la Haute-Savoie du 13 août 2024 prolongeant de deux ans l'interdiction de retour sur le territoire français prise à son encontre. Le tribunal a jugé que la décision était suffisamment motivée et avait été prise après un examen sérieux de sa situation. Il a estimé que la prolongation n'était pas disproportionnée, compte tenu du maintien irrégulier de l'intéressé en France, de sa soustraction à deux mesures d'éloignement antérieures et de la menace pour l'ordre public que constituait sa présence, en raison de faits de vol. La décision a été rendue sur le fondement des articles L. 612-10 et L. 612-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 14 août 2024, M. B A demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 13 août 2024 par lequel le préfet de la Haute-Savoie a prolongé de deux ans l'interdiction de retour sur le territoire français prise à son encontre par un arrêté du préfet du Bouches-du-Rhône du 29 septembre 2023 ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle a été prise sans examen préalable sérieux de sa situation personnelle ;

- cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et est disproportionnée.

Le préfet de la Haute-Savoie a transmis des pièces, enregistrées le 19 août 2024, mais n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Boulay, première conseillère, pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant obligation de quitter le territoire français, ainsi qu'aux décisions relatives au séjour, aux décisions relatives au délai de départ volontaire et aux interdictions de retour sur le territoire français qui les accompagnent, le cas échéant, et aux décisions portant prolongation d'interdiction de retour sur le territoire français, lorsque l'étranger est placé en rétention administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 19 août 2024, Mme Boulay a présenté son rapport et entendu :

- les observations de Me Hmaida, avocate de M. A, qui a repris les moyens soulevés dans la requête et insisté sur la disproportion de la mesure en litige et sur l'erreur manifeste d'appréciation, eu égard aux liens familiaux de M. A en France, à l'absence de menace démontrée à l'ordre public ;

- les observations de M. A, requérant ;

- les observations de Me Coquel, substituant Me Tomasi, avocat du préfet de la Haute-Savoie.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant algérien né en 1998, entré irrégulièrement en France au mois de juillet 2021 d'après ses déclarations, a fait l'objet d'un arrêté portant obligation de quitter le territoire français, assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans, par un arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône du 29 septembre 2023. Par l'arrêté attaqué du 13 août 2024, le préfet de la Haute-Savoie a prolongé d'une durée de deux ans l'interdiction de retour prononcée le 29 septembre 2023. Le même jour, M. A a été placé au centre de rétention administrative de Lyon.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, l'arrêté attaqué, qui vise les dispositions applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mentionne la décision portant de quitter le territoire français sans délai et la décision portant interdiction de retour prise à l'encontre du requérant le 29 septembre 2023 ainsi que les éléments pris en compte par le préfet pour considérer que sa présence en France constitue une menace pour l'ordre public, fait ainsi mention des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il est, par suite, suffisamment motivé.

4. En deuxième lieu, il ne ressort pas de la décision attaquée, qui n'avait pas à faire figurer l'ensemble des éléments ayant trait à la situation personnelle du requérant ou ceux qu'il aurait invoqués notamment durant son audition, aurait été prise sans examen préalable sérieux.

5. En troisième et dernier lieu, selon le 1° de l'article L. 612-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sur le fondement duquel l'arrêté attaqué a été pris : " L'autorité administrative peut prolonger l'interdiction de retour pour une durée maximale de deux ans dans les cas suivants : / 1° L'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français alors qu'il était obligé de le quitter sans délai ". Et aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".

6. D'une part, M. A, se maintient irrégulièrement sur le territoire français depuis son arrivée et s'est soustrait à l'exécution de deux mesures d'éloignement prises à son encontre en 2022 et 2023. D'autre part, la présence en France de M. A constitue une menace à l'ordre public eu égard tant au caractère répété des mises en cause dont il a fait l'objet qu'à leur caractère récent, dès lors qu'il est défavorablement connu des services de police pour des faits de vol par ruse, effraction ou escalade dans un local d'habitation aggravé par une autre circonstance, de refus d'obtempérer à une sommation de s'arrêter, de circulation avec un véhicule terrestre à moteur sans assurance et sans permis, d'usage de faux document administratif et d'usage illicite de stupéfiants, intervenus entre les mois de septembre et avril 2023 et de septembre 2022, ainsi qu'à la circonstance qu'il est connu sous différentes identités. En outre, si les parents du requérant sont présents en France, M. A, entré récemment en France à l'âge de 22 ans, ne démontre pas que sa présence à leurs cotés serait indispensable. Ainsi, le préfet de la Haute-Savoie n'a pas, en prolongeant d'une durée de deux ans l'interdiction de retour visant le requérant pour la porter à une durée totale de quatre ans, entaché sa décision d'erreur d'appréciation ou de disproportion.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, celles relatives aux frais de l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Haute-Savoie.

Jugement rendu en audience publique, le 19 août 2024.

La magistrate désignée,

P. Boulay

La greffière,

A. Senoussi

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière,

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