LogoMeilleurAvocats.fr
AvocatsAssistant IABlogPrix
ConnexionDéposer ma demande

Vous avez un problème juridique ?

Décrivez votre situation en 2 minutes — un avocat spécialisé vous répond sous 24h.

Déposer ma demandeJe suis avocat
Logo MeilleurAvocats.frMeilleurAvocats.fr

Mise en relation avocat–client par l'IA. Gratuit pour les particuliers.

Particuliers

  • Déposer une demande
  • Trouver un avocat
  • Assistant IA gratuit
  • Bibliothèque juridique
  • Guides pratiques
  • Jurisprudence

Avocats

  • Pour les avocats
  • Espace avocat
  • Tarifs et formules
  • Recevoir des leads
  • Programme d'affiliation
  • Contact commercial

Spécialités

  • Droit général
  • Droit du travail
  • Droit de la sécurité sociale et de la protection sociale
  • Droit fiscal et droit douanier
  • Droit de la famille, des personnes et de leur patrimoine
  • Droit immobilier

Légal

  • Mentions légales
  • Confidentialité
  • CGU
  • Cookies
  • Contact

Newsletter juridique hebdomadaire

Décisions clés, évolutions législatives, conseils pratiques — chaque semaine.

© 2026 MeilleurAvocats.fr— KONSEIL SAS. Tous droits réservés.

Mentions légales|Confidentialité|Cookies

BOB★La messagerie française & cryptée pour des échanges confidentiels entre avocats et clients.

En savoir +TéléchargerBOB
AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2408244

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2408244

mardi 20 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2408244
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationELOIGNEMENT
Avocat requérantTOMASI

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lyon a rejeté la requête de M. Di, qui contestait les décisions du préfet de la Haute-Vienne l'obligeant à quitter le territoire français, refusant un délai de départ volontaire, fixant le pays de destination et prononçant une interdiction de retour de trois ans. Le tribunal a écarté l'ensemble des moyens soulevés, notamment ceux tirés de l'incompétence du signataire, du défaut de motivation, de la méconnaissance du droit d'être entendu et de l'erreur de droit concernant le maintien de la protection subsidiaire. Il a considéré que la perte du bénéfice de la protection subsidiaire, confirmée par la CNDA, permettait légalement l'éloignement et que la menace pour l'ordre public justifiait les mesures contestées, sans méconnaître les articles 3 et 8 de la Convention européenne des droits de l'homme. La décision s'appuie sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA) et les stipulations conventionnelles invoquées.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 16 août 2024 et un mémoire enregistré le 17 août 2024, M.Di, actuellement retenu au centre de rétention administrative de Lyon Saint-Exupéry (Rhône), représenté par Me Muscillo, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler les décisions en date du 14 août 2024 par lesquelles le préfet de la Haute-Vienne l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui octroyer un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être renvoyé, et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans ;

3°) de mettre à la charge de l'État le versement à son avocat d'une somme de 1 000 euros sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- les décisions sont entachées d'incompétence de leur signataire ;

- les décisions sont insuffisamment motivées ;

- il n'a pas reçu notification des décisions contestées dans une langue qu'il comprend ;

en ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la préfète ne s'est pas livrée à un examen particulier de sa situation personnelle, alors qu'il s'est vu accorder le bénéfice de la protection subsidiaire et qu'il craint toujours pour sa vie en cas de retour dans son pays d'origine ;

- cette décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- en vertu du principe de non refoulement, il ne peut légalement être éloigné du territoire français, dès lors que la perte du statut de personne protégée par l'OFPRA n'emporte pas perte du bénéfice de la protection contre l'éloignement de la protection subsidiaire ;

- elle méconnaît son droit d'être entendu, principe général du droit de l'Union européenne rappelé à l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- elle est entachée d'erreur de droit en ce qu'il bénéficie toujours de la qualité de personne protégée et ne peut donc pas faire l'objet d'un éloignement du territoire français ;

en ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- la décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- en tant qu'elle fixe son pays de nationalité comme pays de destination, elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

en ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- cette décision est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- eu égard aux circonstances humanitaires dont il justifie, la décision est entachée d'une erreur d'appréciation et d'une méconnaissance des dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de cette décision sur sa situation personnelle, le signalement dans le système d'information Schengen qui découle de cette décision constituant de fait une mesure d'expulsion de tout l'espace Schengen ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation quant à sa durée, alors qu'il dispose de la qualité de personne protégée au titre de la protection subsidiaire et que les faits qui lui sont reprochés ne sont pas suffisants pour caractériser une menace pour l'ordre public.

Des pièces ont été produites le 19 août 2024 par le préfet de la Haute-Vienne.

Par des mémoires en défense enregistrés le 19 et le 20 août 2024, le préfet de la Haute-Vienne, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête.

Le préfet fait valoir que :

- les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés ;

- l'intéressé été condamné pénalement pour plusieurs faits caractérisant une menace à l'ordre public : violence avec usage ou menace d'une arme suivie d'une incapacité supérieure à huit jours le 27 juin 2020, recel de bien provenant d'un vol le 15 octobre 2020, violence suivie d'une incapacité supérieure à huit jours le 18 octobre 2020 ; il a été incarcéré du 19 novembre 2020 au 6 octobre 2021 ; l'OFPRA a mis fin au bénéfice de la protection subsidiaire qui lui avait été accordée par une décision du 23 janvier 2023 confirmée par la CNDA ; il a été interpellé et placé en garde à vue le 14 août 2024 pour des faits de dégradation ou détérioration de bien privé ;

- M. A ne s'est pas vu reconnaître la qualité de réfugié mais simplement accorder temporairement le bénéfice de la protection subsidiaire ;

- il n'est pas porté une atteinte excessive au droit au respect de la vie privée et familiale de M. A, qui ne justifie d'aucune intégration particulière en France, où il représente une menace pour l'ordre public.

La présidente du tribunal administratif de Lyon a désigné Mme Maubon pour statuer sur les requêtes relatives à des mesures d'éloignement adoptées à l'encontre de ressortissants étrangers placés en rétention administrative et sur les requêtes relatives aux décisions accompagnant ces mesures.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention relative au statut des réfugiés, signée à Genève le 28 juillet 1951, et le protocole relatif au statut des réfugiés, conclu à New-York le 31 janvier 1967 ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la directive n° 2011/95/UE du Parlement européen et du Conseil du 13 décembre 2011 concernant les normes relatives aux conditions que doivent remplir les ressortissants des pays tiers ou les apatrides pour pouvoir bénéficier d'une protection internationale, à un statut uniforme pour les réfugiés ou les personnes pouvant bénéficier de la protection subsidiaire, et au contenu de cette protection ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 20 août 2024, Mme Maubon, magistrate désignée, a présenté son rapport, et entendu :

- les observations orales de Me Muscillo, représentant M. A, qui reprend les conclusions et les moyens de sa requête, en abandonnant les moyens tirés de l'incompétence du signataire de l'acte, de la méconnaissance du droit d'être entendu rappelé à l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et celui tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dirigé contre la décision fixant le pays de destination ; il soutient que la situation administrative de M. A est claire, en ce qu'il continue à bénéficier de la protection subsidiaire et ne peut faire l'objet d'une mesure d'éloignement ; que le seul motif de la décision d'éloignement, comme de la décision mettant fin à la protection de l'OFPRA, est la menace à l'ordre public qu'il représenterait, sans considération pour la situation en Afghanistan qui demeure dangereuse ; qu'il n'a pas pu faire valoir ses observations devant la CNDA dans le cadre du recours formé contre la décision mettant fin à la protection de l'OFPRA ; que la protection subsidiaire dont il bénéficie constitue une circonstance humanitaire faisant obstacle à ce qu'il soit interdit de retour sur le territoire français et par suite de l'ensemble de l'espace Schengen ;

- les observations orales de M. A, requérant, s'exprimant en français, assisté par M. C, interprète en langue pachto ; il expose qu'il a quitté son pays en 2016, à la suite de graves problèmes familiaux, son amoureuse ayant été assassinée par le frère de celle-ci à son domicile et qu'il demeure menacé, qu'il est entré mineur en France, qu'il s'est rendu coupable de faits qu'il regrette, qu'il n'a plus commis de faits délictuels depuis 2021, qu'il n'a commis aucune violence en août 2024, qu'il a le droit de rester en France ;

- en l'absence du préfet de la Haute-Vienne ou de son représentant.

La clôture de l'instruction est intervenue le 20 août 2024 à 12 heures 10.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant afghan né en 1993, déclare être entré sur le territoire français en juin 2018. Il a sollicité l'asile le 4 septembre 2018 et a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire par une décision du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 28 septembre 2020. Par une décision du 23 janvier 2023, l'OFPRA a mis fin au bénéfice de la protection subsidiaire accordée à M. A, sur le fondement du 3° de l'article L. 512-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La Cour nationale du droit d'asile (CNDA) a confirmé cette décision par une ordonnance du 8 septembre 2023 notifiée le 9 octobre 2023. Par arrêté du 14 août 2024, le préfet de la Haute-Vienne a obligé M. A à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel M. A sera susceptible d'être renvoyé, et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans. Par un arrêté du même jour, la même autorité a décidé de le placer dans un centre de rétention administrative pour une durée de quatre jours, prolongée pour une durée de vingt-six jours par le juge des libertés et de la détention du tribunal judiciaire de Lyon. Ces deux arrêtés lui ont été notifiés le 14 août 2024. M. A demande l'annulation des décisions du 14 août 2024 portant obligation de quitter le territoire français, refus de délai de départ volontaire, fixation du pays de destination et interdiction de retour sur le territoire français.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 921-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, auquel renvoie l'article L. 614-2 de ce code, il y a lieu de faire droit à la demande de M. A tendant à son admission provisoire à l'aide juridictionnelle, sur le fondement du premier alinéa de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. La circonstance que M. A n'aurait pas reçu notification des décisions contestées dans une langue qu'il comprend est sans incidence sur la légalité de ces décisions. Ce moyen ne peut donc qu'être écarté comme inopérant.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () / 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; / 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; / 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ; / (). "

5. En premier lieu, l'arrêté du 14 août 2024 par lequel le préfet de la Haute-Vienne a obligé M. A à quitter le territoire français mentionne les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il est fait application, indique que l'intéressé ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français dès lors que l'OFPRA a mis fin au bénéfice de la protection subsidiaire qui lui avait été accordée, et que sa présence sur le territoire constitue une menace pour l'ordre public. Ainsi, il comporte l'énoncé des éléments de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision d'éloignement. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit donc être écarté.

6. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée ni d'aucune autre pièce du dossier que le préfet de la Haute-Vienne n'aurait pas procédé à un examen particulier et complet de la situation personnelle de M. A au regard des informations portées à sa connaissance, en particulier la décision de l'OFPRA confirmée par la CNDA mettant fin au bénéfice de la protection subsidiaire, avant de prendre à son encontre une obligation de quitter le territoire français. Dès lors, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

7. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que le bénéfice de la protection subsidiaire a été accordé à M. A par une décision du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 28 septembre 2020 en raison de son exposition à une menace grave du fait de la situation de violence généralisée dans sa province d'origine, et que la qualité de réfugié lui a été refusée par cette même décision. Si M. A soutient que la décision de retrait de la protection subsidiaire n'implique pas le retrait de sa qualité de personne protégée et qu'il demeure protégé contre l'éloignement, il ne se prévaut d'aucune disposition, d'aucune stipulation ni d'aucun principe au soutien de cette affirmation, et se borne à se référer à une décision du Conseil d'État relative à la fin du statut de réfugié, régie par des dispositions distinctes de celles régissant la fin du bénéfice de la protection subsidiaire. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

8. À supposer que M. A entende se prévaloir du principe de non refoulement de l'article 21 de la directive n° 2011/95/UE du 13 décembre 20211 ou de l'article 33 de la convention de Genève du 28 juillet 1951, il appartient à l'étranger qui conteste son éloignement de démontrer qu'il y a des raisons sérieuses de penser que, si la mesure incriminée était mise à exécution, il serait exposé à un risque réel de se voir infliger des traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ou aux articles 4 et 19 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne. Le fait que la personne ait la qualité de réfugié est un élément qui doit être particulièrement pris en compte par les autorités. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A ait la qualité de réfugié. En se bornant à rappeler qu'il s'est vu accorder le bénéfice de la protection subsidiaire en septembre 2020, sans apporter d'éléments susceptible de démontrer qu'il serait exposé à un risque réel de se voir infliger des traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, le requérant n'établit pas l'erreur de droit qu'il allègue.

9. En dernier lieu, la circonstance dont fait état M. A, tirée de ce que le bénéfice de la protection subsidiaire lui a été accordé par une décision de l'OFPRA du 28 septembre 2020 et que sa qualité de personne protégée n'a pas disparu du seul fait de l'adoption d'une décision de fin de la protection subsidiaire par l'OFPRA le 23 janvier 2023, n'est pas suffisante, en l'absence d'éléments circonstanciés et actualisés relatifs à sa situation personnelle, pour constituer une circonstance particulière de nature à entacher la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de cette décision sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

10. Aux termes de l'article L. 612-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français mentionne le pays, fixé en application de l'article L. 721-3, à destination duquel l'étranger est renvoyé en cas d'exécution d'office. " Aux termes de l'article L. 721-4 du même code : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. " Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. "

11. En premier lieu, l'arrêté du 14 août 2024 par lequel le préfet de la Haute-Vienne a fixé le pays à destination duquel M. A pourra être éloigné d'office mentionne les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il est fait application, rappelle sa nationalité afghane et relève qu'il n'établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision doit donc être écarté.

12. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que le bénéfice de la protection subsidiaire a été accordé à M. A par une décision du directeur général de l'OFPRA du 28 septembre 2020 en raison de son exposition à une menace grave du fait de la situation de violence généralisée dans sa province d'origine, et que la qualité de réfugié lui a été refusée par la même décision. Il a ensuite été mis fin au bénéfice de la protection subsidiaire qui lui avait été accordée, par une décision de l'OFPRA du 23 janvier 2023, aux motifs qu'il existe un faisceau d'indices significatifs et concordants permettant d'avoir des raisons sérieuses de penser que la responsabilité individuelle de l'intéressé est engagée dans la commission d'un crime grave au sens du 2° de l'article L.512-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et qu'il existe un faisceau d'indice suffisamment sérieux et concordants permettant d'avoir des raisons sérieuses de penser que l'activité de l'intéressé sur le territoire français constitue une menace grave et actuelle pour l'ordre public et la sécurité publique au sens du 4° de l'article L. 512-2 du même code, cette décision ayant été confirmée par une ordonnance de la CNDA du 8 septembre 2023.

13. D'après les indications du rapport " Country Guidance : Afghanistan " établi par l'Agence de l'Union européenne pour l'asile (EUAA) en mai 2024 sur le fondement d'informations recueillies jusqu'au mois de janvier 2024, le conflit armé qui sévit dans les provinces de Badakhshan, Baghlan, Kaboul, Panchir, et Takhar entraîne une situation de violence aveugle à l'égard des civils, dont l'intensité n'est toutefois pas exceptionnelle. M. A se borne à se prévaloir de la décision lui accordant la protection subsidiaire en septembre 2020, alors qu'il ressort du rapport précité que la situation en Afghanistan a évolué à partir de l'été 2021. Il ne se prévaut d'aucune circonstance particulière susceptible de permettre de penser qu'il serait spécialement exposé à un risque réel de mort ou de traitements prohibés par l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans la province de Kaboul. Si M. A relate les évènements qui l'ont conduit à quitter son pays en 2016, il ressort des pièces du dossier que ce récit n'a pas été jugé suffisamment crédible par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides en 2020 pour lui accorder la qualité de réfugié. Il n'apporte dans le cadre de la présente instance aucun élément actualisé quant à la menace personnelle dont il ferait l'objet en Afghanistan, où résident encore sa mère et ses frères et sœurs. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dirigé contre la décision fixant le pays de destination en tant qu'elle prévoit son éloignement à destination de son pays de nationalité, doit donc être écarté.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans :

14. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. " Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / () ".

15. En premier lieu, en l'absence d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai, le moyen tiré de l'illégalité de cette décision et soulevé par voie d'exception à l'encontre de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français ne peut qu'être écarté.

16. En deuxième lieu, la décision du 14 août 2024 cite les dispositions de l'article L. 612-6 dont il est fait application, mentionne la date d'arrivée en France de M. A et la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, en particulier les circonstances qu'il s'est vu accorder le bénéfice de la protection subsidiaire en 2020 avant qu'il y soit mis fin en 2023, qu'il n'entretient pas de liens avec les membres de sa famille en France, qu'il n'est pas dépourvu de liens dans son pays d'origine où ses parents et sa fratrie résident, rappelle que M. A a été condamné pénalement pour violences et incarcéré plusieurs mois, et relève qu'il a été interpellé le 14 août 2024 pour des faits de dégradation de bien d'autrui. Ainsi, l'arrêté comporte l'énoncé des éléments de droit et de fait qui constituent le fondement tant du principe que de la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit donc être écarté.

17. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que le préfet de la Haute-Vienne s'est livré à un examen complet de la situation de l'intéressé, en particulier au regard des critères mentionnés à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

18. En quatrième lieu, la circonstance que M. A ait obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire par une décision de l'OFPRA du 28 septembre 2020 n'est pas suffisante, alors en particulier qu'il a été mis fin à ce bénéfice par une décision de l'OFPRA du 23 janvier 2023 confirmée par une ordonnance de la CNDA du 8 septembre 2023, pour caractériser l'existence de circonstances humanitaires qui feraient obstacle à ce que soit prononcée à son encontre une décision d'interdiction de retour sur le territoire français sur le fondement de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

19. En cinquième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. A est entré sur le territoire français en 2018, soit depuis six années à la date de la décision attaquée. Sa demande d'asile a abouti à ce que le bénéfice de la protection subsidiaire lui soit accordé par une décision de l'OFPRA du 28 septembre 2020. Postérieurement à cette décision, il a fait l'objet d'une condamnation, par un jugement du 17 décembre 2020 du tribunal correctionnel de Limoges puis un arrêt de la cour d'appel de Limoges du 14 avril 2021, à une peine d'emprisonnement de douze mois dont deux mois avec sursis pour des faits de violences, les faits principaux ayant entraîné une incapacité totale de travail de quarante-cinq jours, commis le 18 octobre 2020. Il a également été condamné, par des jugements du 8 avril 2021, à une peine d'emprisonnement de six mois pour des faits de violence avec usage ou menace d'une arme suivie d'une incapacité supérieure à huit jours commis le 27 juin 2020 et à une peine d'emprisonnement de deux mois pour des faits de recel de bien provenant d'un vol commis le 15 octobre 2020. Il a été incarcéré du 19 novembre 2020 au 6 octobre 2021. À la suite de ces condamnations et en raison du comportement révélé par ces faits délictuels, l'OFPRA a décidé le 23 janvier 2023 de mettre fin au bénéfice de la protection subsidiaire qui lui avait été accordée, décision confirmée par une ordonnance de la CNDA du 8 septembre 2023. Le 14 août 2024, il a été interpellé à la suite d'une plainte pour dégradation et détérioration de biens, déposée par la personne qui l'hébergeait, et a été convoqué le jour même pour ces faits à une comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité le 2 décembre 2024 par le procureur de la République de Limoges. Il résulte de ces éléments que la présence sur le territoire français de M. A, qui a adopté à plusieurs reprises un comportement violent, représente une menace pour l'ordre public. Il n'a pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement. En ce qui concerne la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, si M. A y a résidé régulièrement au bénéfice d'une autorisation provisoire de séjour renouvelée jusqu'en août 2023, il ne dispose plus du droit de s'y maintenir depuis la décision de fin de protection subsidiaire. Il ne justifie pas d'une intégration particulière en France, ne disposant ni d'un emploi ni d'un logement propre. Célibataire et sans charge de famille, il n'entretient aucun lien avec les membres de sa famille qui résideraient en France, tandis que sa famille proche réside en Afghanistan, pays dans lequel il a vécu jusqu'en 2016 d'après ses déclarations soit jusqu'à l'âge de vingt-trois ans. Dans ces conditions, au regard des critères listés à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, eu égard notamment à la menace pour l'ordre public que la présence de M. A sur le territoire français représente, le préfet de la Haute-Vienne n'a pas fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans, inférieure à la durée maximale de cinq ans pouvant être prononcée dans cette hypothèse, portée à dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. Le moyen tiré de l'erreur d'appréciation doit donc être écarté.

20. En sixième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision emporte des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur la situation de M. A, qui dispose en tout état de cause de la possibilité de demander l'abrogation de l'interdiction de retour prononcée. Le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit donc également être écarté.

Sur les frais liés au litige :

21. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que l'avocat de M. A demande sur le fondement de ces dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de M. A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M.Di, à Me Muscillo et au préfet de la Haute-Vienne.

Copie en sera adressée à l'association Forum Réfugiés - Cosi.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 août 2024.

La magistrate désignée,

G. MAUBON

La greffière,

F. GAILLARD

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Vienne en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Une greffière,

Décisions similaires

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

← Retour aux décisions