mercredi 4 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2408258 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Avocat requérant | DUCA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 15 août 2024, et un mémoire complémentaire enregistré le 2 septembre 2024, Mme B A, représentée par Me Duca, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 4 juillet 2024 par lequel le directeur général du centre hospitalier universitaire de Saint-Étienne a suspendu sa rémunération à compter du 1er juillet 2024, a mis fin à compter de cette date à son congé d'invalidité temporaire imputable au service et considéré qu'elle se trouvait en absence injustifiée ;
2°) d'enjoindre au centre hospitalier universitaire de Saint-Étienne de la placer rétroactivement en congé pour invalidité temporaire imputable au service à compter du 1er juillet 2024, en rétablissant par voie de conséquence son traitement, et ce dans un délai de cinq jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;
3°) de mettre à la charge du centre hospitalier universitaire de Saint-Étienne la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la condition d'urgence est remplie, dès lors que la décision la prive de tout traitement, alors qu'elle doit faire face à différentes charges, notamment des charges fixes de près de 700 euros par mois (loyer, mutuelle, assurance automobile contrat de fourniture d'électricité) ; la décision est également susceptible d'affecter son état de santé et ses troubles anxio-dépressifs ; elle n'a pas contribué à cette situation, n'ayant fait que suivre l'avis de son conseil et de son médecin-conseil et n'ayant jamais eu communication, dans des délais raisonnables, d'ordres de mission lui permettant de réunir les pièces médicales que son état de santé requiert et d'être accompagnée par un médecin-conseil ;
- sont propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée, les moyens suivants :
* l'arrêté, qui prend effet le 1er juillet 2024, antérieurement à sa notification, est entaché d'une rétroactivité irrégulière ;
* elle n'a jamais manifesté son intention de ne pas honorer l'expertise diligentée à son encontre, notamment s'agissant de la contre-visite du 13 mai 2024, dès lors qu'elle n'a pu prendre contact avec son médecin-conseil que le 9 mai 2024, compte tenu du délai mis par son employeur pour lui remettre l'ordre de missions de l'expert, et que, compte tenu de la fermeture des services concernés, elle n'a pu informer à temps le centre hospitalier de son impossibilité d'être présente à la consultation ;
* elle n'a pas été informée que l'expertise médicale du 13 mai 2024 avait pour objet de se prononcer sur le bénéfice du congé pour invalidité temporaire imputable au service, sa convocation évoquant seulement la réévaluation de son taux d'incapacité ; il ne lui a pas été laissé le temps matériel de reprendre son travail suite à la mise en demeure qui lui a été adressée le 27 juin 2024, alors en outre qu'elle est dans l'incapacité de reprendre son poste ; le centre hospitalier n'a en outre jamais répondu à sa proposition de fixer un nouveau rendez-vous.
Par un mémoire en défense enregistré le 25 août 2024, le centre hospitalier universitaire de Saint-Étienne, représenté par la Selarl BLT Droit public, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 4 000 euros soit mise à la charge de la requérante au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la requête est irrecevable, n'étant pas accompagnée d'une copie de la requête à fin d'annulation ;
- la condition d'urgence n'est pas remplie, dès lors qu'il n'est pas justifié que d'autres occupants de son foyer ne pourraient prendre en charge les dépenses dont elle se prévaut ; l'aggravation de son état de santé n'est aucunement justifiée ; Mme A a refusé, sans motif légitime, de se présenter à de nombreuses opérations d'expertise, depuis 2019, et notamment le 13 mai 2024, de sorte que son comportement est à l'origine de la situation qu'elle déplore ;
- aucun des moyens soulevés n'est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige
Vu les autres pièces du dossier et la requête enregistrée sous le n° 2408257 par laquelle Mme A demande l'annulation de la décision du 4 juillet 2024 en litige.
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- le décret n° 88-386 du 19 avril 1988 relatif aux conditions d'aptitude physique et aux congés de maladie des agents de la fonction publique hospitalière ;
- le code de justice administrative.
Vu la décision par laquelle la présidente du tribunal a désigné M. Besse, président, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Bon-Mardion, greffière d'audience, M. Besse a lu son rapport et entendu les observations de :
- Me Duca, représentant Mme A, qui a repris ses conclusions et moyens en faisant valoir en outre que, faute pour le centre hospitalier de fixer une nouvelle date d'expertise, comme elle l'avait demandé, elle se trouve illégalement et pour une durée indéterminée privée de rémunération ;
- Me Freger, substituant Me Bonnet, représentant le centre hospitalier universitaire de Saint-Étienne, qui a repris ses conclusions et moyens, en précisant que l'établissement n'avait pas entendu mettre en œuvre une procédure d'abandon de poste.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. "
2. Mme A, infirmière au centre hospitalier universitaire de Saint-Étienne, a été victime d'un accident de service le 14 mars 2016 puis placée en congé maladie imputable au service. L'intéressée ne s'étant pas présentée à l'expertise prévue le 13 mai 2024, puis n'ayant pas repris son service suite à une mise en demeure en date du 27 juin 2024, le directeur général du centre hospitalier universitaire de Saint-Étienne, par une décision du 4 juillet 2024, a considéré que Mme A était en situation d'absence injustifiée depuis cette date, de sorte qu'elle n'avait droit à aucune rémunération, et, d'autre part, que le congé d'invalidité temporaire imputable au service n'était plus " justifié ". Mme A demande au juge des référés de suspendre l'exécution de cette décision.
Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :
3. Mme A ayant produit copie de sa requête au fond à l'appui de son mémoire en défense enregistré le 2 septembre 2024, la fin de non-recevoir opposée par le centre hospitalier universitaire de Saint-Étienne doit être écarté.
Sur la suspension de la décision du 4 juillet 2024 :
En ce qui concerne l'urgence :
4. La condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue, ainsi que d'apprécier la nécessité de mettre en balance l'éventuelle atteinte grave et immédiate à la situation du requérant avec l'intérêt public qui s'attache à la préservation d'un intérêt public.
5. Pour justifier de l'urgence à suspendre la décision en litige, Mme A fait valoir qu'alors qu'elle est célibataire et subvient seule à ses charges, elle se trouve privée de rémunération depuis le 1er juillet 2024. Si le comportement de l'intéressée n'est pas totalement étranger à la décision qui a été prise, laquelle trouve son origine notamment dans son refus de se soumettre à la contre-visite du 13 mai 2024, sans qu'il apparaisse, en l'état de l'instruction, qu'elle ait fait valoir un motif légitime, cette situation ne lui est pas pour autant exclusivement imputable. Alors qu'aucun terme prévisible ne peut être fixé à la situation de Mme A telle qu'elle ressort de la décision en litige, dès lors que le centre hospitalier universitaire de Saint-Étienne n'a pris aucune initiative pour fixer une nouvelle contre-visite ou une nouvelle expertise, comme l'a pourtant sollicité Mme A, celle-ci justifie dans ces conditions d'une atteinte grave et immédiate à sa situation. Par suite, la condition d'urgence à laquelle les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice subordonnent le prononcé d'une mesure de suspension est remplie.
En ce qui concerne le doute sérieux quant à la légalité de la décision :
6. Aux termes de l'article 35-10 du décret du 19 avril 1988 susvisé : " Lorsqu'un fonctionnaire est en congé pour invalidité temporaire imputable au service, l'autorité investie du pouvoir de nomination peut faire procéder à tout moment à sa contre-visite par un médecin agréé. Elle procède obligatoirement à cette contre-visite au moins une fois par an au-delà de six mois de prolongation du congé initialement accordé. " Selon l'article 35-12 du même décret : " Lorsque l'autorité investie du pouvoir de nomination ou le conseil médical fait procéder à une expertise médicale ou à un examen de l'agent, celui-ci doit se soumettre à la visite du médecin agréé sous peine d'interruption du versement de sa rémunération jusqu'à ce que cette visite soit effectuée. "
7. Il résulte de ces dispositions que le refus d'un agent de se soumettre à une visite médicale peut entraîner automatiquement, et sans nécessité d'une mise en demeure préalable, la suspension de la rémunération, jusqu'à la date à laquelle cette visite est effectuée.
8. En l'état de l'instruction, le moyen selon lequel le directeur général du entre hospitalier, qui doit être regardé, ainsi qu'il l'a d'ailleurs été indiqué en défense, comme ayant entendu suspendre la rémunération de Mme A en constatant son absence non justifiée à une contre-visite médicale, ne pouvait prendre une telle mesure, un mois et demi après l'expertise envisagée en mai 2024, sans qu'aucune nouvelle date de contre-visite n'ait été fixée ni, à tout le moins, qu'il ait été envisagé d'en fixer une, est de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la mesure en litige.
9. Les deux conditions requises par les dispositions précitées de l'article L. 521-1 du code de justice administrative étant remplies en l'espèce, il y a lieu d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision du 4 juillet 2024 en litige, jusqu'à ce qu'il soit statué sur les conclusions de la requête au fond présentées par Mme A.
Sur l'injonction :
10. Il ressort des termes mêmes des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative que la suspension de l'exécution d'une décision administrative présente le caractère d'une mesure provisoire. Ainsi, elle n'emporte pas les mêmes conséquences qu'une annulation prononcée par le juge administratif, laquelle a une portée rétroactive. En particulier, elle ne prend effet qu'à la date à laquelle la décision juridictionnelle ordonnant la suspension est notifiée à l'auteur de la décision administrative contestée.
11. Il résulte de ce qui précède que la suspension de la décision du 4 juillet 2024 implique seulement que le centre hospitalier universitaire de Saint-Étienne, qui garde par ailleurs la possibilité de fixer une nouvelle date de contre-visite médicale, rétablisse le traitement de Mme A à compter de la notification de la présente ordonnance, en prenant une décision en ce sens dans un délai de dix jours à compter de la notification de l'ordonnance. En revanche, il n'y a pas lieu de prononcer à l'encontre de l'établissement une injonction tendant au rétablissement rétroactif de son salaire à compter du 1er juillet 2024.
Sur les frais d'instance :
12. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions que présente Mme A tendant à la mise à la charge du centre hospitalier universitaire de Saint-Étienne d'une somme au titre des frais non compris dans les dépens qu'elle a exposés. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font par ailleurs obstacle à ce qu'il soit fait droit aux conclusions que présente sur leur fondement le centre hospitalier universitaire de Saint-Étienne.
ORDONNE :
Article 1er : L'exécution de la décision du 4 juillet 2024 par laquelle le directeur général du centre hospitalier universitaire de Saint-Étienne, a suspendu depuis le 1er juillet 2024 la rémunération de Mme A, considérant qu'elle se trouvait en situation d'absence injustifiée, est suspendue jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision.
Article 2 : Il est fait injonction au centre hospitalier universitaire de Saint-Étienne de rétablir le traitement de Mme A à compter de la notification de l'ordonnance.
Article 3 : Les conclusions des parties sont rejetées pour le surplus.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A et au centre hospitalier universitaire de Saint-Étienne.
Fait à Lyon, le 4 septembre 2024.
Le juge des référés,
T. Besse
La greffière,
L. Bon-Mardion
La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026