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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2408332

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2408332

mercredi 18 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2408332
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantLANTHEAUME

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 20 août 2024, M. B A, représenté par Me C, demande au juge des référés :

1°) de suspendre, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution des décisions implicites de rejet nées du silence gardé par la préfète du Rhône sur ses demandes, déposées le 9 novembre 2022, de renouvellement de sa carte de séjour pluriannuelle portant la mention " salarié " et de délivrance d'une carte de résident de dix ans ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône de réexaminer sa situation dans le délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à lui verser en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est présumée remplie s'agissant d'un refus de renouvellement de titre de séjour ; il se trouve en situation irrégulière sur le territoire français depuis l'expiration du titre de séjour pluriannuelle dont il était muni, valable jusqu'au 19 août 2024 ; les décisions en litige le placent en situation de précarité ;

- il existe un doute sérieux concernant la légalité des décisions dès lors que :

* les décisions en litige ne sont pas motivées en méconnaissance des dispositions du code des relations entre le public et l'administration alors qu'il a formulé une demande de communication de motifs, demeurée sans réponse à ce jour ;

* il remplit les conditions de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour se voir délivrer à minima une carte de séjour pluriannuelle ;

* la décision portant refus de délivrance d'une carte de résident méconnaît les stipulations de l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 dès lors qu'il en remplit les conditions.

La requête a été communiquée à la préfète du Rhône qui n'a pas produit d'observations en défense.

Vu :

- la requête, enregistrée le 13 août 2024 sous le n° 2408203, par laquelle M. A demande l'annulation des décisions en litige. ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Rizzato, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référés.

Au cours de l'audience publique tenue en présence de M. Clément, greffier d'audience, Mme Rizzato a lu son rapport et entendu les observations de M. C, représentant M. A, qui a conclu aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens.

La préfète du Rhône n'étant ni présente ni représentée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant marocain né 2 janvier 1990, est entré en France en 2013 muni d'un visa de long séjour et s'est vu délivrer, en dernier lieu, une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " salarié " valable du 20 août 2020 au 19 août 2024. Il a demandé, le 9 novembre 2022, la délivrance d'une carte de résident de dix ans sur le fondement des dispositions de l'article 3 de l'accord franco-marocain susvisé. M. A demande au juge des référés de suspendre l'exécution des décisions par lesquelles la préfète du Rhône a implicitement refusé de lui délivrer une carte de résident et refusé de renouveler sa carte de séjour pluriannuelle.

Sur les conclusions à fin de suspension :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".

En ce qui concerne la condition d'urgence :

3. Pour l'application des dispositions citées au point précédent, l'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence est en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.

4. Alors que la carte de séjour pluriannuelle dont bénéficiait le requérant jusqu'au 19 août 2024 n'a pas été renouvelée et que la préfète du Rhône, qui n'a pas produit à l'instance, ne fait état d'aucune circonstance particulière de nature à faire échec à la présomption d'urgence applicable en l'espèce, la condition d'urgence requise par les dispositions précitées de l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit être regardée comme remplie.

En ce qui concerne le doute sérieux sur la légalité des décisions :

5. En l'état de l'instruction, les moyens tirés du défaut de motivation des décisions, dès lors que la préfète n'a pas répondu dans le délai d'un mois qui lui était imparti à la demande de M. A de communication des motifs et, s'agissant de la décision de refus de délivrance d'une carte de résident, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987, sont de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de ces décisions.

6. Il résulte de ce qui précède que M. A est fondé à demander la suspension de l'exécution des décisions implicites de rejet contestées.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

7. Il y a lieu, sur le fondement des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, d'enjoindre à la préfète du Rhône de délivrer à M. A une autorisation provisoire de séjour avec droit au travail dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance et de réexaminer la situation de M. A dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir ces injonctions de l'astreinte demandée par le requérant.

Sur les frais liés au litige :

8. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État la somme que M. A demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution des décisions implicites de rejet nées du silence gardé par la préfète du Rhône sur la demande de M. A présentée le 9 novembre 2022 de renouvellement de sa carte de séjour pluriannuelle portant la mention " salarié " et de délivrance d'une carte de résident est suspendue, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur leur légalité.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète du Rhône de délivrer à M. A une autorisation provisoire de séjour avec droit au travail dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance et de réexaminer la demande de M. A en prenant une décision expresse dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à la préfète du Rhône.

Fait à Lyon, le 18 septembre 2024.

La juge des référés,

C. Rizzato

Le greffier,

T. Clément

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

N°2408332

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