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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2408344

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2408344

mardi 3 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2408344
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationELOIGNEMENT
Avocat requérantSCP ROBIN VERNET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 21 août 2024, Mme C demande au Tribunal d'annuler la décision du 19 août 2024 par laquelle le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

Elle soutient qu'elle a dû rester en France après être tombée malade.

Par un mémoire enregistré le 30 août 2024, l'OFII conclut au rejet de la requête en soutenant qu'elle est irrecevable, dès lors qu'elle ne contient l'énoncé d'aucun moyen.

La présidente du tribunal a désigné M. Reymond-Kellal, premier conseiller, pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions qui refusent, totalement ou partiellement, au demandeur d'asile le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

Vu :

- la désignation d'office de Me Vernet,

- la prestation de serment de Mme A, interprète en langue lingala,

- la décision attaquée et les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive n° 2013/33/UE du 26 juin 2013 du Parlement européen et du Conseil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir, au cours de l'audience publique, présenté son rapport et entendu :

- les observations de Me Vernet, représentant la requérante, qui conclut aux mêmes fins que la requête en soutenant le même moyen, et en soulevant deux moyens nouveaux tirés de l'insuffisance de motivation et de l'absence d'examen particulier de sa situation ;

- et les observations de Mme C assistée de Mme A qui précise que son état de santé l'empêche de repartir en Grèce où elle a déposé une demande d'asile.

L'OFFI n'étant pas représentée.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante de la République démocratique du Congo née en 1992, est entrée en France le 28 février 2024. Le 19 août 2024, elle s'est présentée au guichet unique des demandeurs d'asile de la préfecture du Rhône pour solliciter son admission au séjour au titre de l'asile. Lors de l'instruction de cette demande, il a été révélé qu'elle a formulé une demande de protection internationale en Grèce. Après s'être vue remettre une attestation de demande d'asile en " procédure accélérée ", le directeur territorial de l'OFII, par une décision du 19 août 2024, lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil au motif qu'elle n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai de 90 jours suivants son entrée en France.

Sur la fin de non-recevoir :

2. Aux termes de l'article R. 411-1 du code de justice administrative : " La juridiction est saisie par requête. () Elle contient l'exposé des faits et moyens, ainsi que l'énoncé des conclusions soumises au juge. () ". Aux termes de l'article R. 922-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicable à la procédure à juge unique prévue pour la contestation des décisions qui refusent totalement ou partiellement le bénéfice des conditions matérielles d'accueil au demandeur d'asile en vertu de l'article L. 555-1 du même code : " Le second alinéa de l'article R. 411-1 du code de justice administrative n'est pas applicable et l'expiration du délai de recours n'interdit pas au requérant de soulever des moyens nouveaux, quelle que soit la cause juridique à laquelle ils se rattachent. () ". Aux termes de l'article R. 922-19 du même code : " Après le rapport fait par () le magistrat désigné, les parties peuvent présenter en personne ou par un avocat des observations orales. Elles peuvent également produire des documents à l'appui de leurs conclusions. Si ces documents apportent des éléments nouveaux, le magistrat demande à l'autre partie de les examiner et de lui faire part à l'audience de ses observations ".

3. Si l'OFII fait valoir que la requête est irrecevable au motif qu'aucun moyen n'est soulevé, il ressort de ses termes que Mme C soutient que la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation de vulnérabilité. Au demeurant, les dispositions précitées permettent la régularisation de la requête par tous nouveaux moyens soulevés à l'audience ainsi que cela fût fait. Dès lors, la fin de non-recevoir soulevée par l'OFII doit être écartée.

Sur le fond :

4. Selon les termes de l'article L. 551-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile, au sens de la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil, du 26 juin 2013, établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, comprennent les prestations et l'allocation prévues aux chapitres II et III. ". Toutefois, aux termes de l'article L. 551-15 du même code : " Les conditions matérielles d'accueil sont refusées, totalement ou partiellement, au demandeur, dans le respect de l'article 20 de la directive 2013/33/ UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, dans les cas suivants : / 4° Il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° de l'article L. 531-27. () ". À cet égard, l'article L. 531-27 de ce même code prévoit que : " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides statue en procédure accélérée à la demande de l'autorité administrative chargée de l'enregistrement de la demande d'asile dans les cas suivants : / () 3° Sans motif légitime, le demandeur qui est entré irrégulièrement en France ou s'y est maintenu irrégulièrement n'a pas présenté sa demande d'asile dans le délai de quatre-vingt-dix jours à compter de son entrée en France ; () ". Par ailleurs, selon les termes de l'article D. 551-17 dudit code : " La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application de l'article L. 551-15 est écrite et motivée. Elle prend en compte la situation particulière et la vulnérabilité de la personne concernée. Elle prend effet à compter de sa signature. ". À cet égard, l'article L. 522-3 de ce même code prévoit que : " L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines. ".

5. Il résulte des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que les conditions matérielles d'accueil sont proposées au demandeur d'asile par l'OFII après l'enregistrement de la demande d'asile. Dans le cas où l'autorité compétente envisage de refuser les conditions matérielles d'accueil sur le fondement de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il lui appartient d'apprécier la situation particulière du demandeur au regard notamment de sa vulnérabilité, de ses besoins en matière d'accueil ainsi que, le cas échéant, des raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il devait déférer pour bénéficier des conditions matérielles d'accueil.

6. Il ressort des pièces du dossier que Mme C, initialement demandeuse d'asile en Grèce selon ses déclarations formulées à l'audience, n'avait pas l'intention de séjourner en France pendant plus de trois mois comme en témoigne les billets d'avion réservés mais qu'en raison d'une grave décompensation cardiaque, elle a été admise aux urgences du CHU d'Orléans puis a été hospitalisée dans l'unité de soins critiques de l'hôpital Louis Pradel des HCL pendant une dizaine de jours. Son état de santé et les soins qu'elle reçoit, y compris ceux pouvant être nécessités à la suite de l'échographie mammaire programmée, l'empêchent de quitter le territoire et la placent manifestement dans une situation particulière de vulnérabilité. Dès lors, eu égard aux raisons pour lesquelles elle n'a pu respecter le délai de dépôt de sa demande d'asile en France, Mme C est fondée à soutenir que la décision lui refusant le bénéfice des conditions matérielles d'accueil est manifestement entachée d'une erreur d'appréciation. Par suite, Mme C est fondée à demander l'annulation de la décision contestée sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 19 août 2024 par laquelle le directeur territorial de l'OFII a refusé à Mme C le bénéfice des conditions matérielles d'accueil est annulée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Copie en sera adressée à Me Vernet.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 septembre 2024.

Le magistrat désigné,

R. Reymond-Kellal

Le greffier,

T. Clément

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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