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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2408381

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2408381

jeudi 19 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2408381
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8ème chambre
Avocat requérantPELISSIER-BOUAZZA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 13 août et 13 septembre 2024, M. A C, représenté par Me Pelissier-Bouazza, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 19 juin 2024, par lesquelles le préfet de la Loire a refusé de lui délivrer titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire de lui délivrer un certificat de résident d'un an, sous astreinte de 90 euros par jour de retard, à compter du délai de huit jours suivant la notification du jugement à intervenir, ou subsidiairement, de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer, durant cet examen, une autorisation provisoire de séjour, sous huit jours, sous astreinte de 90 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil, à charge pour ce dernier de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- les décisions attaquées sont insuffisamment motivées ;

- le préfet devait vérifier son droit au séjour au regard des stipulations du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien et des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- en rejetant purement et simplement sa demande sans même envisager l'éventualité d'un droit de visa de régularisation, le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation ;

- le préfet a méconnu les stipulations du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien et les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le préfet a également méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 novembre 2024, le préfet de la Loire conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

La demande d'aide juridictionnelle présentée par M. B a été rejetée par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 18 octobre 2024.

Vu les décisions attaquées et les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Dèche, présidente-rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien né le 15 décembre 1991, est entré en France, selon ses déclarations, le 10 octobre 2020, sans titre de séjour, ni visa. Il a sollicité, le 19 juillet 2023, un certificat de résidence algérien en qualité de conjoint de français, sur le fondement des stipulations du 2) de l'article 6 de l'accord franco-algérien. Par des décisions du 19 juin 2024, le préfet de la Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixé le pays de renvoi. M. B demande au tribunal l'annulation de ces décisions.

2. En premier lieu, les décisions attaquées visent les textes utiles sur lesquels elles se fondent, notamment le 2) de l'article 6 de l'accord franco-algérien et l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, précisent les éléments pertinents relatifs à la situation personnelle de l'intéressé, notamment qu'il s'est marié avec une ressortissante française, mais qu'il ne justifie pas d'une entrée régulière en France. Comportant l'énoncé des éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement, elles satisfont ainsi aux exigences de motivation résultant des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des articles L. 211-2 et suivants du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

3. En deuxième lieu, lorsqu'il est saisi d'une demande de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement d'une stipulation de l'accord franco-algérien, l'autorité préfectorale n'est pas tenue, en l'absence de stipulations expresses en ce sens, d'examiner d'office si l'intéressé peut prétendre à une autorisation de séjour sur un autre fondement, même s'il lui est toujours loisible de le faire à titre gracieux. Le requérant ne peut ainsi utilement invoquer la méconnaissance du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien susvisé, sur laquelle sa demande de séjour ne se fondait pas et dont le préfet de la Loire n'a pas examiné l'application.

4. En troisième lieu, l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne s'applique pas aux ressortissants algériens, dont la situation est régie de manière exclusive par l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Par suite, M. B ne peut utilement se prévaloir des dispositions de cet article.

5. En quatrième lieu, d'une part, aux termes du 2) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention "vie privée et familiale" est délivré de plein droit : () 2) Au ressortissant algérien, marié avec un ressortissant de nationalité française, à condition que son entrée sur le territoire français ait été régulière, que le conjoint ait conservé la nationalité française et, lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, qu'il ait été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français () ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 436-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile :" Sans préjudice des dispositions de l'article L. 412-1, préalablement à la délivrance d'un premier titre de séjour, l'étranger qui est entré en France sans être muni des documents et visas exigés par les conventions internationales et les règlements en vigueur ou qui, âgé de plus de dix-huit ans, n'a pas, après l'expiration depuis son entrée en France d'un délai de trois mois ou d'un délai supérieur fixé par décret en Conseil d'État, été muni d'une carte de séjour, acquitte un droit de visa de régularisation d'un montant égal à 200 euros, dont 50 euros, non remboursables, sont perçus lors de la demande de titre. / Cette disposition n'est pas applicable aux réfugiés, apatrides et bénéficiaires de la protection subsidiaire et aux étrangers mentionnés aux articles L. 423-22, L. 426-1, L. 426-2 et L. 426-3. / Le visa mentionné au premier alinéa tient lieu du visa de long séjour prévu au dernier alinéa de l'article L. 312-2 si les conditions pour le demander sont réunies ".

6. Il ressort des décisions attaquées que pour refuser de délivrer à M. B, ressortissant algérien, un certificat de résidence, le préfet s'est fondé sur la circonstance que l'intéressé n'était pas entré régulièrement sur le territoire français. Les dispositions de l'article L. 436-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, selon lesquelles l'étranger entré en France sans être muni des documents et visas exigés par les conventions internationales et les règlements en vigueur, acquitte un droit de visa de régularisation, perçu lors de la demande de titre, n'ouvrent pas au préfet, contrairement à ce que soutient le requérant, une alternative à un refus de titre de séjour et ne font pas obstacle, en tout état de cause, à ce que le préfet refuse un tel titre à un étranger ne justifiant pas de son entrée régulière en France exigée par les dispositions ou stipulations qui lui sont applicables. Alors que le préfet n'était nullement tenu de proposer à M. B le versement d'un droit de visa de régularisation pour déposer sa demande de titre de séjour et que l'intéressé n'établit pas ni même n'allègue avoir demandé à s'en acquitter, il résulte des dispositions précitées que ce droit de régularisation ne fait pas obstacle à l'application des stipulations du 2) de l'article 6 de l'accord franco-algérien. Par suite, c'est sans commettre d'erreur de droit, ni d'erreur manifeste d'appréciation que le préfet a rejeté la demande de titre de séjour présentée par l'intéressé.

7. En dernier lieu, M. B se prévaut de son mariage avec une ressortissante française ainsi que de la présence, en France, de membres de sa famille. Toutefois, il ressort des pièces du dossier qu'il a déclaré être entré en France en octobre 2020, et qu'il n'était donc présent que depuis moins de quatre ans à la date des décisions attaquées. Par ailleurs, s'il se prévaut de son mariage avec une ressortissante française, celui-ci, contracté le 24 juin 2023, présentait un caractère récent à la date des décisions attaquées. En outre, il n'établit pas avoir tissé en France des liens d'une intensité et d'une stabilité particulières, ni être dépourvu d'attaches privées et familiales en Algérie, son pays d'origine, où il a vécu jusqu'à l'âge de 29 ans. Dans ces conditions, le préfet de la Loire ne peut être regardé comme ayant porté au droit de M. B au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels les décisions attaquées ont été prises. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions dirigées contre les décisions du préfet de la Loire du 19 juin 2024 doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

9. Le présent jugement, qui rejette les conclusions de la requête de M. B à fin d'annulation, n'appelle aucune mesure d'exécution.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, la somme que M. B demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet de la Loire.

Délibéré après l'audience du 6 décembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Dèche, présidente,

Mme Journoud, conseillère,

Mme Pouyet, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 décembre 2024.

La présidente-rapporteure,

P. Dèche

L'assesseure la plus ancienne,

L. Journoud

La greffière,

N. Boumedienne

La République mande et ordonne au préfet de la Loire, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Une greffière.

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