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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2408448

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2408448

jeudi 23 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2408448
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantCADOUX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 22 août 2024, M. D B, représenté par la Selarl Lozen Avocats, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 9 avril 2024 par lequel la préfète du Rhône a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays vers lequel il pourrait être éloigné d'office ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône de lui délivrer dans le délai d'un mois un titre de séjour ou, à défaut, de le munir dans un délai de sept jours d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler et de procéder au réexamen de sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- il n'est pas justifié de la compétence du signataire de l'arrêté critiqué, qui est insuffisamment motivé ;

- la décision portant rejet de sa demande de titre de séjour est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

- le rejet de sa demande de titre de séjour méconnaît les stipulations du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et résulte d'une erreur manifeste d'appréciation et d'une erreur de droit dans l'exercice par l'autorité préfectorale de son pouvoir discrétionnaire de régularisation ;

- l'illégalité du refus de titre de séjour qui lui est opposé entache d'illégalité la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français, qui porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale en violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'illégalité de l'obligation qui lui est faite de quitter le territoire français entache d'illégalité la décision fixant son pays de renvoi.

La requête a été communiquée à la préfète du Rhône qui a produit des pièces enregistrées le 30 décembre 2024.

La préfète du Rhône a produit un mémoire enregistré, le 6 janvier 2025, après clôture de l'instruction.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 12 juillet 2024.

Vu l'arrêté attaqué et les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord du 27 décembre 1968 entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République algérienne démocratique et populaire relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles ;

- l'arrêté du 1er avril 2021 relatif à la délivrance, sans opposition de la situation de l'emploi, des autorisations de travail aux étrangers non ressortissants d'un Etat membre de l'Union européenne, d'un autre Etat partie à l'Espace économique européen ou de la Confédération suisse ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu le rapport de M. Gille au cours de l'audience publique, à laquelle les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Ressortissant algérien né en 1990, M. B conteste l'arrêté du 9 avril 2024 par lequel la préfète du Rhône a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays vers lequel il pourrait être éloigné d'office.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. L'arrêté du 9 avril 2024 a été signé par Mme C, directrice des migrations et de l'intégration, en vertu de la délégation que la préfète du Rhône lui a donnée par un arrêté du 21 mars 2024 publié le lendemain au recueil des actes administratifs de la préfecture. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté en litige doit être écarté.

3. Traduisant un examen de la situation particulière du requérant, l'arrêté critiqué fait état de façon circonstanciée de la situation administrative, personnelle et familiale de M. B et comporte les éléments de droit qui, au regard notamment des stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 visé ci-dessus relatives au titre de séjour sollicité, donnent leur fondement aux décisions qu'il contient. Si M. B fait valoir que la préfète du Rhône a relevé à tort que l'emploi de chef de rang dont il faisait état ne figurait pas dans la liste des emplois figurant dans l'arrêté du 1er avril 2021 visé ci-dessus, l'erreur alléguée, compte tenu de la nature du titre de séjour sollicité et de l'appréciation globale que l'autorité préfectorale a portée sur la situation professionnelle du requérant, ne saurait en tout état de cause être regardée comme affectant la légalité du refus de titre de séjour qui est critiqué. Par suite, les moyens tirés par M. B de cette erreur, du défaut de motivation de l'arrêté du 9 avril 2024 et du défaut d'examen de sa situation doivent être écartés.

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

4. Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 visé ci-dessus : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () / 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ; / () ".

5. Pour soutenir que le refus de titre de séjour qu'il conteste porte une atteinte excessive à sa vie privée et familiale, M. B fait valoir l'ancienneté de sa présence et sa bonne intégration en France, où il se trouve depuis le mois de juillet 2015, où il s'est investi dans le monde associatif et où il bénéficie de promesses d'embauche. Toutefois, M. B est célibataire et sans charge de famille, ne justifie pas d'une insertion particulière en France, s'est maintenu en France en dépit de l'obligation de quitter le territoire français qui lui a été faite par un arrêté du 23 novembre 2023 dont il a vainement contesté la légalité devant le tribunal, ne fait pas état d'attaches particulières en France et ne conteste pas les attaches familiales que la décision en litige lui prête en Algérie. Dans ces conditions, le moyen tiré de de la méconnaissance des stipulations précitées du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien de 1968 doit être écarté.

6. Alors que M. B, dont les conditions d'admission au séjour sont entièrement régies par l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, ne saurait utilement invoquer la méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou des orientations générales de la circulaire du 28 novembre 2012 du ministre de l'intérieur dont il se prévaut, les circonstances dont il fait état, tirées en particulier de l'ancienneté de sa présence en France ou des perspectives d'insertion professionnelle que lui offrent sa qualification et son expérience dans le secteur de la restauration et que confirment les promesses d'embauche qui lui ont été faites au cours de l'année 2023, ne suffisent pas pour considérer que le refus critiqué résulte d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'exercice par l'autorité préfectorale de son pouvoir de régularisation ou au regard des conséquences de la décision attaquée sur la situation personnelle de M. B.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

7. Il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que M. B n'est pas fondé à soutenir que l'illégalité du refus de titre de séjour qui lui a été opposé entache d'illégalité la mesure d'éloignement prise sur son fondement.

8. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". Si M. B soutient que la mesure d'éloignement dont il fait l'objet porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale protégé par ces stipulations, ce moyen doit être écarté pour les motifs de fait relatifs à la situation personnelle du requérant exposés au point 5.

En ce qui concerne la fixation du pays de destination :

9. Eu égard à ce qui précède, M. B n'est pas fondé à soutenir que l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire qui lui a été opposée entache d'illégalité la décision prise sur son fondement et fixant son pays de destination.

10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions dirigées contre l'arrêté de la préfète du Rhône du 9 avril 2024 doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

11. Le présent jugement, qui rejette les conclusions de la requête de M. B à fin d'annulation, n'appelle aucune mesure d'exécution.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit fait droit aux conclusions du requérant présentées sur leur fondement et dirigées contre l'Etat, qui n'est pas partie perdante.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D B et à la préfète du Rhône.

Délibéré après l'audience du 9 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

M. Gille, président,

Mme Lacroix, première conseillère,

Mme Reniez, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe du tribunal le 23 janvier 2025.

Le président, rapporteur,

A. Gille

L'assesseure la plus ancienne,

A. Lacroix

La greffière,

M. A

La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier

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