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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2408453

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2408453

jeudi 23 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2408453
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantPAQUET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 23 août 2024, M. A, représenté par Me Paquet, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 23 mai 2024 par lequel la préfète du Rhône a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français avant le 15 juillet 2024 et a fixé le pays vers lequel il pourrait être éloigné d'office ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône de lui délivrer dans le délai d'un mois un certificat de résidence et de le munir dans le délai de huit jours d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé et résulte d'un défaut d'examen de sa situation ;

- les décisions en litige méconnaissent l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que l'article 6 (5°) de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et résultent d'une erreur manifeste d'appréciation et de la méconnaissance par l'autorité préfectorale de l'étendue de sa compétence ;

- l'obligation qui lui est faite de quitter le territoire est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'il ne pouvait légalement être éloigné.

La requête a été adressée à la préfète du Rhône, qui a produit des pièces enregistrées le 3 janvier 2025.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 26 juillet 2024.

Vu l'arrêté attaqué et les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord du 27 décembre 1968 entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République algérienne démocratique et populaire relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu le rapport de M. Gille au cours de l'audience publique, à laquelle les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Ressortissant algérien né en 2006, M. A conteste l'arrêté du 23 mai 2024 par lequel la préfète du Rhône a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français avant le 15 juillet 2024 et a fixé le pays vers lequel il pourrait être éloigné d'office.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes du titre III du protocole annexé à l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 visé ci-dessus : " Les ressortissants algériens qui suivent un enseignement, un stage ou font des études en France et justifient de moyens d'existence suffisants (reçoivent) un certificat de résidence valable un an, renouvelable et portant la mention " étudiant " ou " stagiaire " () ". Aux termes du 2ème alinéa de l'article 9 de cet accord : " Pour être admis à entrer et séjourner plus de trois mois sur le territoire français au titre () du titre III du protocole, les ressortissants algériens doivent présenter un passeport en cours de validité muni d'un visa de long séjour délivré par les autorités françaises ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

3. Traduisant un examen de la situation particulière de M. A, qui ne justifie pas par ses productions avoir sollicité un titre de séjour sur un autre fondement que celui sur lequel la préfète du Rhône s'est déterminée, l'arrêté critiqué fait état de façon circonstanciée des éléments de fait relatifs à la situation scolaire, personnelle et familiale du requérant ainsi que des éléments de droit qui donnent leur fondement aux décisions qu'il contient. Par suite et alors que, contrairement à ce que soutient le requérant, il ressort des termes mêmes de l'arrêté en litige que la préfète du Rhône n'a pas omis d'envisager une régularisation de sa situation, les moyens tirés par M. A du défaut de motivation de l'arrêté du 23 mai 2024 et du défaut d'examen de sa situation doivent être écartés.

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

4. Pour rejeter la demande de titre de séjour portant la mention " étudiant " présentée par M. A, la préfète du Rhône s'est fondée sur la circonstance que celui-ci ne justifiait pas du visa de long séjour requis et de moyens d'existence suffisants.

5. Au soutien de sa contestation, M. A fait valoir que, compte tenu de l'état de santé de sa mère, ses parents l'ont invité à quitter l'Algérie pour rejoindre sa sœur aînée et sa famille en France, qu'il est inscrit en 1ère année d'études en vue de l'obtention d'un certificat d'aptitude professionnelle (CAP) de carreleur-mosaïste et qu'il donne entière satisfaction à ses enseignants qui attestent de son sérieux. Toutefois, M. A ne critique pas les motifs du refus de titre de séjour qui lui a été opposé, n'était présent en France que depuis un an à la date de la décision en litige, n'y justifie pas d'une insertion particulière et ne conteste pas l'importance des attaches que la décision attaquée lui prête en Algérie. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'atteinte excessive que le refus critiqué porterait à la vie privée et familiale du requérant en violation des stipulations du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et de celles de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit, en tout état de cause, être écarté. Les circonstances dont le requérant fait état et relatives en particulier à l'intervention de la décision en litige quelques jours seulement après ses 18 ans ainsi qu'à l'interruption du parcours de formation dans lequel il s'est engagé ne suffisent pas davantage pour considérer que la préfète du Rhône a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'exercice de son pouvoir de régularisation ou au regard des conséquences du refus en litige sur la situation personnelle de M. A.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

6. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de justice administrative : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () / 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ". Aux termes de l'article L. 612-1 du même code : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas () ".

7. Contrairement à ce que soutient le requérant, la circonstance qu'un délai de deux mois lui aurait été ouvert après avoir atteint l'âge de 18 ans afin de déposer une demande de titre de séjour ne faisait pas en elle-même obstacle à ce que la préfète du Rhône, après avoir rejeté la demande de titre de séjour présentée par celui-ci, lui fasse obligation dès le 23 mai 2024 de quitter le territoire français sur le fondement des dispositions précitées du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

8. Si M. A, qui fait notamment valoir son souhait de poursuivre sa scolarité en vue de l'obtention du CAP, soutient que la mesure d'éloignement dont il fait l'objet et le délai de départ volontaire qui lui est laissé méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et résultent d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de leurs conséquences sur sa situation, ces moyens doivent être écartés pour les motifs de fait relatifs à la situation personnelle et familiale du requérant exposés au point 5.

9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions dirigées contre l'arrêté de la préfète du Rhône du 23 mai 2024 doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

10. Le présent jugement, qui rejette les conclusions de la requête de M. A à fin d'annulation, n'appelle aucune mesure d'exécution.

Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit fait droit aux conclusions du requérant présentées sur leur fondement et dirigées contre l'Etat, qui n'est pas partie perdante.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète du Rhône.

Délibéré après l'audience du 9 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

M. Gille, président,

Mme Lacroix, première conseillère,

Mme Reniez, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe du tribunal le 23 janvier 2025.

Le président, rapporteur,

A. Gille L'assesseure la plus ancienne,

A. Lacroix

La greffière,

M. C

La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier

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