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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2408468

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2408468

mercredi 11 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2408468
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationELOIGNEMENT
Avocat requérantVIBOUREL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées le 26 août et le 4 septembre 2024, M. B C, représenté par Me Vibourel, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 26 août 2024 par lequel la préfète du Rhône a ordonné son transfert aux autorités croates.

Il doit être regardé comme soutenant que l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 septembre 2024, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que le moyen soulevé par M. C n'est pas fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits et libertés fondamentales ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Leravat pour statuer au titre de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Au cours de l'audience publique du 4 septembre 2024, Mme Leravat, magistrate désignée, a présenté son rapport et entendu :

- les observations de Me Messaoud, substituant Me Vibourel, avocate commis d'office de M. C, qui conclut aux mêmes fins que la requête et qu'il soit, en outre, enjoint à la préfète du Rhône d'enregistrer la demande d'asile de son client, et soutient que l'arrêté en litige méconnaît l'article 2 du règlement européen n° 604/2013 du 26 juin 2013, qu'il méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits et libertés fondamentales et qu'il est entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences sur la vie privée et familiale de son client au regard des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits et libertés fondamentales ;

- les observations de M. C, requérant, assisté de M. A, interprète en langue dari ;

- la préfète du Rhône n'étant ni présente, ni représentée.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant afghan né le 28 août 2001, est entré en France le 22 juin 2024, selon ses déclarations. Le 26 juin 2024, M. C a sollicité l'enregistrement de sa demande d'asile auprès de la préfecture de police de Paris et s'est vu délivrer une attestation de demande d'asile le même jour. Par un arrêté du 26 août 2024, la préfète du Rhône a ordonné son transfert aux autorités croates, responsables de l'examen de sa demande d'asile. Par la présente requête, M. C demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

2. En premier lieu, aux termes de l'article 2 du règlement européen n° 604/2013 susvisé : " Lorsqu'il est impossible de transférer un demandeur vers l'État membre initialement désigné comme responsable parce qu'il y a de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet État membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, l'État membre procédant à la détermination de l'État membre responsable poursuit l'examen des critères énoncés au chapitre III afin d'établir si un autre État membre peut être désigné comme responsable. / Lorsqu'il est impossible de transférer le demandeur en vertu du présent paragraphe () l'État membre procédant à la détermination de l'État membre responsable devient l'État membre responsable ". Par ailleurs, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des traitements inhumains ou dégradants ".

3. Eu égard au niveau de protection des libertés et des droits fondamentaux dans les États membres de l'Union européenne, lorsque la demande de protection internationale a été introduite dans un État autre que la France, que cet État a accepté de prendre ou de reprendre en charge le demandeur et en l'absence de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet État membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, les craintes dont le demandeur fait état quant au défaut de protection dans cet État membre doivent en principe être présumées non fondées, sauf à ce que l'intéressé apporte, par tout moyen, la preuve contraire.

4. Pour justifier de l'existence d'une défaillance systémique des autorités croates dans l'examen des demandes d'asile, le requérant se prévaut de l'emprisonnement dont il a fait l'objet en arrivant en Croatie, des violences qu'il y a subies et du fait qu'il a accepté que ses empreintes soient prises uniquement pour pouvoir être libéré. Toutefois, M. C ne produit aucun élément pour établir les mauvais traitements dont il a été victime, ni aucun document permettant de caractériser une défaillance systémique des autorités croates dans l'examen des demandes d'asile. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté méconnaît l'article 2 du règlement européen du 26 juin 2013, ni les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

5. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits et libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

6. Il ressort des pièces du dossier que le frère de M. C réside régulièrement en France, où il a obtenu la protection subsidiaire en 2021. Toutefois, cette seule circonstance ne permet pas de considérer que la France devrait, à titre dérogatoire, prendre en charge l'examen de sa demande d'asile, dès lors notamment que la présence en France du requérant est très récente et qu'il ne justifie pas avoir entretenu de liens particuliers avec son frère. Dans ces circonstances, M. C n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté en litige méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits et libertés fondamentales, ni qu'il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

7. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. C doit être rejetée, y compris, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et à la préfète du Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 septembre 2024.

La magistrate désignée,

C. LERAVAT

Le greffier,

T. CLEMENT

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Le greffier

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