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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2408532

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2408532

lundi 9 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2408532
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationELOIGNEMENT
Avocat requérantANDERSON CHERFA AVOCAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 3 août 2024 au tribunal administratif de Cergy-Pontoise sous le numéro 2411314 et renvoyée au tribunal par une ordonnance du président de la 11e chambre du tribunal administratif de Cergy-Pontoise du 8 août 2024, et enregistrée au greffe du tribunal le 24 août 2024 sous le numéro 2408532, M. A C, actuellement détenu à la maison d'arrêt de Lyon Corbas, représenté par Me Cherfa, avocate, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 25 juillet 2024 par lequel le préfet du Val-d'Oise lui a refusé le renouvellement de son certificat de résidence, lui a fait obligation de quitter le territoire français, sans délai, a fixé le pays de destination duquel il sera reconduit et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans ;

2°) d'enjoindre audit préfet de lui délivrer un certificat de résidence algérien ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative

Il soutient que :

- Les décisions sont entachées d'incompétence ;

- Elles sont insuffisamment motivées et procèdent d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- La décision portant refus de titre de séjour méconnait les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- Cette décision ainsi que l'obligation de quitter le territoire portent une atteinte disproportionnée au respect à son droit à une vie privée et familiale et elles sont entachées d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- L'interdiction de retour sur le territoire français est illégale en raison de l'illégalité, par voie d'exception, de la mesure d'éloignement et elle est entachée d'une erreur de droit ou à tout le moins d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 septembre 2024, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens ne sont pas fondés.

La présidente du tribunal a désigné M. Borges-Pinto pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord du 27 décembre 1968 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République algérienne démocratique et populaire relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leur famille,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 5 septembre 2024, M. Borges-Pinto, magistrat désigné, a présenté son rapport et entendu :

- les observations de Me Hamrouni, avocate substituant Me Cherfa, pour M. C, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens ;

- les observations de M. C ;

- le préfet du Val-d'Oise n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, ressortissant algérien né le 19 septembre 1993 à Bordj Menaïel (Algérie), demande au tribunal de prononcer l'annulation de l'arrêté du 25 juillet 2024, par lequel le préfet du Val-d'Oise lui a refusé le renouvellement de son certificat de résidence, lui a fait obligation de quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination duquel il sera reconduit et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs à l'arrêté du 25 juillet 2024 :

2. En premier lieu, par arrêté n° 24-045 du 23 juillet 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du Val-d'Oise du même jour, le préfet du Val-d'Oise a donné délégation à Mme D, adjointe au directeur des migrations et de l'intégration de la préfecture, à l'effet de signer, en cas d'absence ou d'empêchement du directeur M. B, toutes décisions portant, notamment, refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français avec fixation ou non d'un délai de départ volontaire, fixation du pays de destination ou encore interdiction de retour sur le territoire français. Le moyen tiré de ce que les décisions attaquées sont entachées d'un vice d'incompétence doit donc être écarté comme manquant en fait.

3. En second lieu, les décisions attaquées comportent les considérations de droit et de faits sur lesquelles elles sont fondées. Par suite, ces décisions, qui ne devaient pas nécessairement faire état de tous les éléments relatifs à la situation personnelle de l'intéressé, sont ainsi suffisamment motivées au regard des exigences qu'imposent les articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration susvisé. Le moyen tiré du défaut de motivation doit, dès lors, être écarté comme manquant en fait.

En ce qui concerne le refus de séjour :

4. En premier lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 susvisé : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ; () ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. (.) ".

5. M. C invoque dans ses écritures les dispositions de l'article L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en faisant état de sa situation personnelle et familiale, notamment en se prévalant des liens noués en France. Toutefois, l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 régit de manière pleine et entière les conditions dans lesquelles les ressortissants algériens peuvent être admis à séjourner en France ainsi que les règles concernant la nature des titres de séjour qui peuvent leur être délivrés. Il en résulte que les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont le préfet n'a pas fait application, ne sont pas applicables aux ressortissants algériens. Par suite, le moyen tiré de leur méconnaissance ne peut donc qu'être écarté.

6. En second lieu, aux termes de l'article 5 de l'accord franco-algérien : " Les ressortissants algériens s'établissant en France pour exercer une activité professionnelle autre que salariée reçoivent, après le contrôle médical d'usage et sur justification, selon le cas, qu'ils sont inscrits au registre du commerce ou au registre des métiers ou à un ordre professionnel, un certificat de résidence dans les conditions fixées aux articles 7 et 7 bis ". Aux termes de l'article 7 du même accord : " () c) Les ressortissants algériens désireux d'exercer une activité professionnelle soumise à autorisation reçoivent, s'ils justifient l'avoir obtenue, un certificat de résidence valable un an renouvelable et portant la mention de cette activité () ".

7. D'une part, les stipulations de l'article 5 de l'accord franco-algérien ne privent pas l'autorité compétente du pouvoir qui lui appartient de refuser à un ressortissant algérien la délivrance d'un certificat de résidence lorsque sa présence en France constitue une menace pour l'ordre public.

8. Pour refuser la délivrance d'un certificat de résidence à M. C, le préfet du Val-d'Oise a notamment relevé que son comportement constitue une menace grave, actuelle et réelle pour l'ordre public dès lors que l'intéressé a été condamné à six reprises à des peines d'emprisonnement ou détention à domicile sous surveillance électronique pour des faits de vol en réunion et de vol aggravé en récidive, commis en 2016, 2017, 2018 et 2021. En outre, il ne conteste pas avoir été interpellé et placé en garde à vue le 2 mai 2024 pour des faits de menace avec arme et être connu de la base du fichier automatisé des empreintes digitales (FAED) sous la même et une autre identité pour avoir été signalisé à 15 reprises, pour des faits de vol simple, en réunion, ou dans un local d'habitation ou un entrepôt, des faits de violences, avec arme ou aggravées, de port sans motif d'arme blanche, et de détention de produits. Il soutient, sans le justifier, qu'un comportement inconscient résultant d'une maladie psychiatrique l'a conduit à commettre ces infractions. En conséquence, le préfet du Val-d'Oise n'a pas commis d'erreur d'appréciation en estimant au regard de la gravité des faits précédemment rappelés ayant conduit aux condamnations pénales de l'intéressé que son comportement sur le territoire français était constitutif d'une menace à l'ordre public.

9. D'autre part, lorsqu'il est saisi d'une demande de délivrance d'un certificat de résidence sur le fondement de l'une des stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, il est loisible au préfet d'examiner d'office si l'intéressé peut prétendre à un certificat de résidence sur le fondement d'une autre stipulation de cet accord. Il peut, en outre, exercer le pouvoir discrétionnaire qui lui appartient de régulariser la situation d'un étranger en délivrant, à un ressortissant algérien, le certificat de résidence qu'il demande ou un autre certificat de résidence, compte tenu de l'ensemble des éléments de sa situation personnelle, dont il justifierait. Toutefois, dans le cas où le préfet se borne à rejeter une demande de certificat de résidence présentée uniquement au titre de certaines stipulations de l'accord franco-algérien, sans examiner d'office d'autres motifs d'accorder un certificat de résidence à l'intéressé, ce dernier ne peut utilement soulever, devant le juge de l'excès de pouvoir saisi de conclusions tendant à l'annulation de la décision de refus du préfet, des moyens de légalité interne sans rapport avec la teneur de la décision contestée.

10. Il ressort des pièces des dossiers qu'après avoir été titulaire d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " en qualité de conjoint d'une ressortissante de nationalité française, M. C a sollicité le renouvellement de son titre de séjour et un changement de statut en vue d'obtenir un certificat de résidence en qualité de commerçant. Il ne ressort pas des termes de la décision attaquée que le refus de séjour ait été pris au visa du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien. Le requérant ne peut, par suite, utilement faire valoir que la décision de refus d'un tel titre de séjour a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée, en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ou que cette décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard des circonstances de sa vie privée et familiale.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

11. D'une part, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ; () ". D'autre part, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentale : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".

12. M. C, qui ne conteste pas le motif de la menace qu'il représente pour l'ordre public, soutient que la décision litigieuse porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Toutefois, il est constant que M. C est séparé de son épouse depuis le mois de mai 2021 et qu'il réside avec sa sœur, célibataire et sans enfants. Par les pièces qu'il produit, il ne justifie pas contribuer à l'entretien et à l'éducation de l'enfant né de l'union avec son épouse. S'il ressort, par ailleurs, des pièces du dossier que des injections sont prescrites à M. C pour le traitement de sa pathologie psychiatrique, il ne ressort pas de ces pièces que le défaut d'un tel suivi entraîne des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qu'il ne pourrait effectivement bénéficier en Algérie d'un traitement approprié à sa pathologie. En outre, si le requérant se prévaut d'avoir exercé une activité salariée avant de créer, en 2023, une activité de coursier sous le statut d'auto-entrepreneur, il ne justifie pas que celle-ci lui a procuré des revenus. Enfin, l'intéressé n'établit ni même n'allègue être dépourvu de toute attache dans son pays d'origine où il a vécu l'essentiel de son existence. Le moyen doit donc être écarté.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans :

13. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction issue de la loi du 26 janvier 2024 pour contrôler l'immigration, améliorer l'intégration : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français () ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ". Selon l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".

14. M. C a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sans délai. Il entre ainsi dans le cas prévu à l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour lequel le préfet assortit l'obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour, sauf s'il existe des circonstances humanitaires de nature à justifier qu'une telle interdiction de retour ne soit pas édictée. En l'espèce, le requérant ne justifie pas, au regard de sa situation personnelle et compte tenu de ce qui a été dit aux points 10 et 12, de circonstances humanitaires au sens des dispositions précitées. Le requérant n'est donc pas fondé à contester l'interdiction de retour dans son principe.

15. Par ailleurs, ainsi qu'il a été dit aux points précédents, le requérant ne justifie pas entretenir des liens avec son enfant français alors qu'il a été condamné à plusieurs peines d'emprisonnement pour des faits de vol entre 2016 et 2021. Si le requérant soutient que le tribunal correctionnel n'a pas pris en compte sa pathologie et ses souffrances psychologiques, il n'établit pas qu'une expertise psychiatrique avait été sollicitée par lui aux fins d'être déclaré irresponsable pénalement. Dans ces conditions, le préfet du Val-d'Oise pouvait, sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation lui interdire le retour sur le territoire français. La durée de 3 ans ne présente pas, dans les circonstances de l'espèce, un caractère disproportionné.

16. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, de ses conclusions aux fins d'injonction et relatives aux frais d'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet du Val-d'Oise.

Copie en sera adressée à Me Cherfa

Rendu public par la mise à disposition au greffe le 9 septembre 2023.

Le magistrat délégué,

P. Borges-Pinto

La greffière,

S. Lecas

La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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