Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2408540

mercredi 11 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2408540
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantACHOUR

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lyon, statuant en référé sur une demande de suspension d’un arrêté d’expulsion pris par la préfète du Rhône le 30 mai 2024, a rejeté la requête de M. C. Le juge a estimé qu’aucun des moyens soulevés (incompétence, absence de menace grave pour l’ordre public, violation de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme et du droit européen des résidents de longue durée) n’était de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision. La solution retenue repose sur l’application de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, sans qu’il soit nécessaire de statuer sur l’urgence.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 27 août 2024, M. A C, représenté par Me Achour, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 30 mai 2024 par laquelle la préfète du Rhône a prononcé son expulsion du territoire français et fixé le pays à destination duquel il sera renvoyé ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 5 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il existe une situation d'urgence à suspendre l'exécution de la décision prononçant son expulsion ;

- il existe un doute sérieux sur la légalité de la décision prononçant son expulsion du territoire français dès lors que :

* elle est entachée d'incompétence ;

* elle méconnaît les dispositions de l'article L. 631-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; il ne représente pas une menace pour l'ordre public ; les faits pour lesquels il a été condamné sont très anciens ; il n'a commis aucun fait pouvant être qualifié de menace grave pour l'ordre public depuis 1999 ; il s'est réinséré ; la commission d'expulsion du Rhône a émis un avis défavorable à son expulsion ; la décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article 12 § 3 de la directive n° 2003/109/CE ; il réside en France depuis l'âge de trois ans soit depuis plus de 42 ans ; sa famille réside en France ; il entretient une relation avec une ressortissante française ; il a un fils de nationalité française ; son expulsion le séparera de son enfant ; son état de santé fait obstacle à son expulsion.

La préfète du Rhône a produit des pièces, enregistrées le 6 septembre 2024.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 26 juillet 2024 sous le n° 2407561 par laquelle M. C demande l'annulation de la décision en litige.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la directive 2003/109/CE du Conseil du 25 novembre 2003 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Vu la décision par laquelle la présidente du tribunal a désigné Mme Rizzato, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue en présence de M. Clément, greffier d'audience, Mme Rizzato a lu son rapport et entendu les observations de :

- Me Achour, représentant M. C, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens et insiste sur le fait que la menace grave à l'ordre publique n'est pas constituée dès lors que les faits, graves, pour lesquels il a été condamné remontent à 1997, qu'il était alors mineur, que les autres faits pris en compte par la préfète du Rhône ne sont pas constitutifs d'une menace grave, que la commission d'expulsion a émis un avis défavorable à son expulsion en considérant qu'il n'existait pas de menace à l'ordre public, que la décision porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale, qu'il a ses attaches familiales en France où il réside depuis 42 ans, qu'il est père d'un enfant dont on peut penser qu'il est français et que sa compagne est française, que son maintien en situation irrégulière l'empêche de travailler et de passer le permis de conduire, qu'il doit bénéficier de la protection spécifique due aux résidents de longue durée et que le droit européen doit prévaloir sur le droit national ;

- M. B, représentant la préfète du Rhône, qui conclut au rejet de la requête et soutient que :

* il ne conteste pas l'urgence ;

* les moyens soulevés ne sont pas propres à faire naitre un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée, que le comportement de M. C constitue une menace grave et actuelle pour l'ordre public compte tenu de la gravité des faits de 1997, des faits ultérieurs qui lui ont été reprochés et des conditions dans lesquelles sa détention s'est déroulée, que l'enquête administrative mentionne qu'il est connu pour des faits de conduites d'un véhicule en ayant fait l'usage de stupéfiants en janvier 2023, qu'il ne présente que peu de garanties de réinsertion, que la décision ne méconnaît pas l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, qu'il peut bénéficier d'un traitement adapté à son état de santé dans son pays d'origine et que le droit européen ne fait pas obstacle à des expulsions de résidents de longue durée au cas par cas.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ".

2. En l'état de l'instruction, aucun des moyens susvisés invoqués par M. C à l'encontre de l'arrêté attaqué n'apparaît de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de cet arrêté.

3. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'urgence, que les conclusions de la requête présentées par M. C sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, y compris ses conclusions présentées en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, doivent être rejetées.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A C et à la préfète du Rhône.

Fait à Lyon le 11 septembre 2024.

La juge des référés,

C. Rizzato

Le greffier,

T. Clément

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,