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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2408552

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2408552

lundi 9 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2408552
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationELOIGNEMENT
Avocat requérantGREPINET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 28 août 2024, M. A B demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 28 août 2024 par lequel la préfète du Rhône a décidé son transfert aux autorités suisses, responsables de l'examen de sa demande d'asile.

Il soutient que cette décision méconnaît les stipulations de l'article 17 du règlement UE n° 604/2013 et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa situation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 septembre 2024, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le règlement (UE) n° 603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme D pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions de transfert.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 6 septembre 2024, Mme D a présenté son rapport et entendu :

- les observations de Me Zouine, avocat de M. B, qui a repris les moyens soulevés dans la requête ;

- les observations de M. B, requérant, assisté de Mme C, interprète en langue turque ; il a indiqué être menacé en cas de retour en Turquie ;

- la préfète du Rhône n'était, ni présente, ni représentée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant turc né le 31 octobre 2002, entré en France le 16 juillet 2024, d'après ses déclarations, a sollicité l'enregistrement de sa demande d'asile auprès des autorités françaises et s'est vu délivrer une attestation de demande d'asile le 29 juillet 2024. La consultation des données de l'unité centrale Eurodac lors de l'instruction de cette demande a révélé que le requérant avait été identifié par les autorités suisses suite au dépôt d'une demande d'asile le 9 avril 2024. Les autorités suisses, saisies le 13 août 2024 d'une demande de reprise en charge de l'intéressé, en application de l'article 18 du règlement (UE) n° 604/2013, ont donné leur accord explicite le 13 août 2024 pour la réadmission de M. B. Par un arrêté du 28 août 2024 dont le requérant demande l'annulation, la préfète du Rhône a décidé de remettre M. B aux autorités suisses. Par une décision du même jour, la préfète du Rhône l'a assigné à résidence dans le département du Rhône pour une durée de quarante-cinq jours.

2. Aux termes de l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sous réserve du troisième alinéa de l'article L. 571-1, l'étranger dont l'examen de la demande d'asile relève de la responsabilité d'un autre Etat peut faire l'objet d'un transfert vers l'Etat responsable de cet examen. Toute décision de transfert fait l'objet d'une décision écrite motivée prise par l'autorité administrative. () ". Aux termes de l'article 3 du règlement (UE) n° 604-2013 du 26 juin 2013 : " 1. Les États membres examinent toute demande de protection internationale présentée par un ressortissant de pays tiers ou par un apatride sur le territoire de l'un quelconque d'entre eux, y compris à la frontière ou dans une zone de transit. La demande est examinée par un seul État membre, qui est celui que les critères énoncés au chapitre III désignent comme responsable. () / 2. () Lorsqu'il est impossible de transférer un demandeur vers l'État membre initialement désigné comme responsable parce qu'il y a de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet État membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, l'État membre procédant à la détermination de l'État membre responsable poursuit l'examen des critères énoncés au chapitre III afin d'établir si un autre État membre peut être désigné comme responsable ". Par ailleurs, son article 17 prévoit que : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. () ".

3. Il résulte de ces dispositions que la faculté laissée à chaque État membre de décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement, est discrétionnaire et ne constitue nullement un droit pour les demandeurs d'asile. Cette possibilité doit en particulier être mise en œuvre lorsqu'il y a des motifs sérieux et avérés de croire que l'intéressé courra, dans le pays de destination, un risque réel d'être soumis à la torture ou à des peines ou traitements inhumains ou dégradants contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

4. Il ressort des pièces du dossier que M. B est entré très récemment en France, où il n'a pas d'attaches familiales ou personnelles. La seule circonstance qu'il ne pourrait faire appel de la décision par laquelle sa demande d'asile a été rejetée en Suisse, eu égard au cout d'une telle démarche, ne justifie pas que la France devienne responsable de sa demande d'asile à titre dérogatoire. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 17 du règlement UE n° 604-213 et de l'erreur manifeste d'appréciation dans l'application de la clause discrétionnaire doivent être écartés.

5. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 28 août 2024 ordonnant sa remise aux autorités suisses. Sa requête doit, dès lors, être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète du Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 septembre 2024.

La magistrate désignée,

P. D

Le greffier,

T. Clément

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Le greffier,

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