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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2408564

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2408564

jeudi 19 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2408564
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantSELARL PHILIPPE PETIT & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 28 août 2024, et un mémoire complémentaire, enregistré le 17 septembre 2024, M. A B, représenté par Me Bracq, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de l'arrêté du 4 juillet 2024 par lequel le président de Saint-Etienne Métropole a prononcé à son encontre la sanction disciplinaire de l'exclusion temporaire de fonctions pour une durée d'un an ;

2°) de mettre à la charge de Saint-Etienne Métropole le versement d'une somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il existe une situation d'urgence à suspendre l'exécution de la décision prononçant son exclusion temporaire dès lors qu'elle le prive de sa rémunération et qu'il ne peut prétendre au bénéfice de l'allocation d'aide au retour à l'emploi ni d'aucune autre rémunération ; les ressources de son épouse ne permettront pas d'assumer les charges fixes qui s'élèvent à environ 2 400 euros par mois ;

- il existe un doute sérieux sur la légalité de la décision du 4 juillet 2024 prononçant son exclusion temporaire dès lors que :

* elle est entachée d'incompétence ;

* elle est intervenue à l'issue d'une procédure irrégulière dès lors qu'il n'a pas été informé du droit qu'il avait de se taire ; qu'il n'a pas eu accès à l'intégralité de son dossier notamment aux procès-verbaux d'audition des agents ayant témoigné dans le cadre de l'enquête administrative ; les droits de la défense ont été méconnus dès lors qu'il n'a pas eu accès à sa messagerie et à son téléphone portable professionnels durant la procédure disciplinaire malgré sa demande en ce sens ; qu'il n'a pas pu se défendre des accusations portées contre lui ; que son dossier disciplinaire comportait des pièces qui n'auraient pas dû y figurer et qui ont eu une influence sur le sens de la décision ; que l'enquête administrative a été menée de façon déloyale ;

- les faits de vols et d'appropriation à des fins privées des téléphones qui lui sont reprochés ne sont pas établis ;

- les faits d'affectation d'un téléphone portable à son épouse, sans autorisation de sa hiérarchie en contradiction avec la politique de la collectivité ne sont pas fautifs ;

- la sanction disciplinaire est disproportionnée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 septembre 2024, Saint-Etienne Métropole, représentée par Me Petit, conclut au rejet de la requête, et à ce qu'une somme de 2 500 euros soit mise à la charge de M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- il n'y a pas d'urgence à suspendre la décision en litige dès lors que la durée d'exclusion est d'un an ; que les ressources de l'épouse du requérant permettent de couvrir les charges du foyer dont il convient de déduire les charges relatives au crédit et à l'assurance d'une résidence secondaire ; que le requérant pourra travailler dans le secteur privé durant son exclusion ;

- aucun des moyens soulevés par le requérant n'est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 27 août 2024 sous le n° 2408562 par laquelle M. B demande l'annulation de la décision en litige.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- le code de justice administrative.

Vu la décision par laquelle la présidente du tribunal a désigné Mme Rizzato, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Bon-Mardion, greffière d'audience, Mme Rizzato a lu son rapport et entendu les observations de :

- Me Hakes, représentant M. B, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens. S'agissant de l'urgence à suspendre compte-tenu des conséquences financières de la décision, il fait également valoir que le foyer de M. B ne perçoit plus d'allocations familiales depuis les 19 ans de leur fils. S'agissant du doute sérieux sur la légalité de la décision, il développe oralement ses écritures en insistant sur le fait que M. B n'a pas été informé de son droit de se taire et s'est auto-incriminé au cours des entretiens et que les accusations portées sont infondées ;

- Me Garaudet, représentant Saint-Etienne Métropole qui maintient ses écritures qu'elle développe oralement et fait valoir que le requérant ne démontre pas les conséquences de la décision sur sa situation financière, que les charges relatives à la résidence secondaire du couple n'ont pas à être prises en compte, que le salaire de Mme B suffit à couvrir les charges du foyer. Elle fait valoir que la décision du Conseil Constitutionnel sur le droit de se taire est postérieure à la réunion du conseil de discipline, que l'entrée en vigueur de la déclaration d'inconstitutionnalité a été décalée, que la procédure disciplinaire des agents de la fonction publique territoriale relève du décret et non de la loi, que l'absence d'information sur le droit de se taire est sans incidence en l'espèce dès lors que M. B a nié tous les faits sauf l'appropriation d'un téléphone au bénéfice de son épouse à l'encontre des règles de la collectivité, que tous ses droits ont été mis en œuvre et qu'il a été assisté par un conseil ;

- les explications de M. B.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. "

2. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension de l'exécution d'un acte administratif lorsque celle-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte contesté sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire.

3. M. B qui est privé de son emploi et de toute rémunération depuis le 1er août 2024, date de prise d'effet de la sanction attaquée, doit être regardé, alors qu'il contribue à plus de 50 % aux ressources de son foyer et aux charges de celui-ci, comme justifiant de l'urgence à suspendre l'exécution la décision litigieuse.

4. En l'état de l'instruction, le moyen invoqué par M. B tiré de la méconnaissance du droit de se taire est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté du 4 juillet 2024.

5. Il résulte de ce qui précède que les deux conditions prévues par l'article L. 521-1 du code de justice administrative sont remplies. Dès lors, il y a lieu de prononcer la suspension de l'exécution de l'arrêté du 4 juillet 2024 jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité.

6. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de M. B, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par Saint-Etienne Métropole en application de ces dispositions.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de l'arrêté du 4 juillet 2024 du président de Saint-Etienne Métropole est suspendue jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité.

Article 2 : Les conclusions de Saint-Etienne Métropole présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des dépens sont rejetées.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et à Saint-Etienne Métropole.

Fait à Lyon le 19 septembre 2024.

La juge des référés,

C. Rizzato

La greffière,

L. Bon-Mardion

La République mande et ordonne au préfet de la Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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