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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2408592

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2408592

lundi 2 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2408592
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationELOIGNEMENT
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 29 août 2024, M. B demande au Tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler les décisions du 27 août 2024 par lesquelles le préfet du Puy-de-Dôme lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, en fixant le pays de destination, et l'a interdit de retour pendant 3 ans ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, à verser à son conseil sous réserve qu'il renonce à la part contributive de l'Etat en application de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- les décisions sont entachées d'incompétence, insuffisamment motivées et illégales en l'absence d'examen particulier de sa situation ;

- la décision de refus de titre de séjour méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre ;

- la décision lui refusant un délai de départ volontaire méconnait l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision lui interdisant le retour en France méconnait les article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

La présidente du tribunal a désigné M. Reymond-Kellal, premier conseiller, pour statuer sur les requêtes relatives à des mesures d'éloignement adoptées à l'encontre de ressortissants étrangers faisant l'objet d'un placement en rétention et aux décisions accompagnant ces mesures.

Vu :

- la désignation d'office de Me Naili,

- la prestation de serment de M. D, interprète en langue arabe,

- les décisions attaquées et les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant,

- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir, au cours de l'audience publique, présenté son rapport et entendu :

- les observations de Me Naili, pour le requérant, qui conclut aux mêmes fins que la requête en soutenant les mêmes moyens, et soulève trois moyens nouveaux tirés de son droit au séjour en qualité de parent d'enfant français, d'un vice de procédure en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour et de l'atteinte à l'intérêt supérieur de son enfant ;

- les observations de M. B assisté de M. D, qui précise que sa situation de précarité l'empêche de garder les preuves de sa contribution à l'entretien et l'éducation de son enfant ;

- et les observations de Me Tomasi pour le préfet du Puy-de-Dôme, qui conclut au rejet de la requête en soutenant que les moyens ne sont pas fondés.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant marocain né en 1976, déclare être entré en France en 2003. Il a fait l'objet, le 3 octobre 2017, d'une décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour assortie d'une obligation de quitter le territoire dans un délai de 30 jours prononcées par le préfet du Puy-de-Dôme. Son recours a été rejeté par un jugement rendu le 22 février 2018 par le Tribunal administratif de Clermont-Ferrand. Le 17 mai 2021, la même autorité préfectorale lui a de nouveau refusé la délivrance d'un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire sans délai. Par jugements rendus le 20 mai 2021 par la magistrate désignée du Tribunal administratif de Lyon puis le 28 juin 2022 par une formation collégiale du même Tribunal, ses recours contre ces décisions ont été rejetés. Par décisions du 27 août 2024 dont il demande l'annulation alors qu'il est placé en rétention, la même autorité préfectorale l'a de nouveau obligé à quitter le territoire sans délai, en fixant le pays de destination, et l'a interdit de retour en France pendant 3 ans.

Sur l'aide juridictionnelle :

2. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 921-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire sur le fondement des dispositions de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.

Sur le surplus des conclusions :

En ce qui concerne les moyens communs :

3. En premier lieu, par arrêté du 30 mai 2024 régulièrement publié au recueil spécial des actes administratifs le même jour, le préfet du Puy-de-Dôme a donné délégation à Mme A, directrice de la légalité et de la citoyenneté, pour signer tous les actes dans la limite des attributions de sa direction, au nombre desquelles figure la police des étrangers.

4. En deuxième lieu, les décisions attaquées indiquent les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Celles-ci permettent d'en comprendre le sens et d'en contester utilement le bien fondé. Elles sont ainsi suffisamment motivées.

5. En dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'autorité préfectorale se soit abstenue de procéder à un examen particulier de la situation personnelle du requérant.

En ce qui concerne le refus de séjour :

6. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que M. B a été condamné, le 1er août 2000 et le 23 octobre 2003 à des peines d'emprisonnement de 4 ans et 1 an pour des faits d'agression sexuelle. Il a en outre été condamné, le 31 août 2021 et le 23 novembre 2021, à des peines de 6 mois d'emprisonnement et 4 mois d'emprisonnement avec sursis pour dégradation ou détérioration d'un bien appartenant à autrui, violence par une personne en état d'ivresse manifeste, outrage à une personne dépositaire de l'autorité publique et usage illicite de stupéfiant. Compte tenu de la gravité des faits commis par M. B et de la réitération relativement récentes de son comportement délictueux, le préfet du Puy-de-Dôme n'a pas méconnu l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en estimant qu'il constitue encore une menace à l'ordre public faisant obstacle à la délivrance de la carte de séjour temporaire prévue par l'article L. 423-7 du même code.

7. En deuxième lieu, si la circonstance que la présence de l'étranger constitue une menace à l'ordre public ne dispense par l'autorité administrative de son obligation de saisine de la commission du titre de séjour prévue par le 1° de l'article L. 432-13 du code précité, elle n'est tenue de la saisir que du cas des seuls étrangers qui remplissent effectivement les conditions prévues par l'article L. 423-7 auxquels elle envisage de refuser le titre de séjour sollicité sur ce fondement. En l'espèce, si M. B soutient qu'il contribue à l'entretien et l'éducation de son fils, de nationalité française, né le 2 décembre 2016, les pièces qu'il produit sont insuffisantes pour établir l'effectivité de cette contribution depuis au moins deux ans comme le requièrent les dispositions de l'article L. 423-7 du code précité. Par suite, le préfet du Puy-de-Dôme n'avait pas à saisir la commission du titre de séjour préalablement au refus de lui délivrer le titre sollicité sur ce fondement.

8. En dernier lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire () à la sûreté publique, () à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales () ".

9. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le refus de séjour en litige porte une atteinte disproportionnée au droit de M. B de mener une vie privée et familiale normale dès lors que celui-ci n'établit ni résider en France depuis plus de 20 ans, ni être dépourvu d'attaches au Maroc, ni contribuer effectivement à l'entretien et l'éducation de son fils. En outre, il se maintient irrégulièrement en France depuis 2017 alors qu'il a fait l'objet de deux mesures d'éloignement auxquelles il n'a pas déféré malgré le rejet de ses recours et sa présence caractérisée par de multiples délits constitue une menace à l'ordre public. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées, ainsi que celui tiré d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de cette décision sur sa situation personnelle, ne sont pas fondés.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

10. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que l'exception d'illégalité du refus de séjour soulevé à l'encontre de la mesure d'éloignement doit être écartée.

11. En deuxième lieu, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celui d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la mesure d'éloignement sur sa situation personnelle doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 9 précédent.

12. En dernier lieu, il n'apparait pas, pour les mêmes motifs, que la mesure d'éloignement en litige porte atteinte à l'intérêt supérieur de l'enfant de M. B.

En ce qui concerne le délai de départ volontaire :

13. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'illégalité de la mesure d'éloignement, soulevé par voie d'exception à l'encontre de la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire, n'est pas fondé.

14. En second lieu, les 1° et 3° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile disposent que l'autorité administrative peut refuser l'octroi d'un délai de départ volontaire lorsque le comportement de l'étranger constitue une menace à l'ordre public ou qu'il présente un risque de soustraire à la mesure d'éloignement dont il fait l'objet. Selon les dispositions du 5° de l'article L. 612-3 du même code, une telle situation peut résulter, sauf circonstance particulière, de la soustraction à une précédente mesure d'éloignement.

15. Compte tenu des délits commis par M. B et de sa soustraction aux deux précédentes mesures d'éloignement, l'autorité préfectorale a pu légalement estimer que son comportement constitue une menace à l'ordre public et qu'il présente un risque de soustraction faisant obstacle à l'octroi d'un départ de départ volontaire.

En ce qui concerne l'interdiction de retour :

16. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. () ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour () l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".

17. Il résulte des dispositions précitées qu'en l'absence de circonstances humanitaires et compte tenu du refus d'accorder un délai de départ volontaire à M. B, le préfet du Puy-de-Dôme devait assortir la mesure d'éloignement d'une interdiction de retour en France. Il n'apparait pas, eu égard à la situation personnelle et familiale décrite aux points 6, 7 et 9 précédents, que la durée de cette interdiction, fixée à 3 ans, est disproportionnée, ni qu'elle porte atteinte à l'intérêt supérieur de son enfant.

18. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions du 27 août 2024. Ses conclusions en ce sens, ainsi que celles accessoires, doivent, par conséquent, être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est provisoirement admis à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B et au préfet du Puy-de-Dôme.

Copie en sera adressée à Me Naili et Me Tomasi.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 septembre 2024.

Le magistrat désigné,

R. Reymond-Kellal

Le greffier,

T. Clément

La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme en ce qui le concerne ou à tous commissaire de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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