Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2408669

mardi 10 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2408669
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationELOIGNEMENT
Avocat requérantNAILI

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lyon a rejeté la requête de M. B D, ressortissant algérien, qui contestait un arrêté préfectoral du 26 juillet 2024 l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours, ainsi que son assignation à résidence du 26 août 2024. Le tribunal a écarté les moyens d'incompétence du signataire, la délégation de signature étant régulière, et a jugé que la décision d'éloignement ne méconnaissait pas l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme, faute pour le requérant de justifier d'une intégration professionnelle ou familiale suffisante en France. En l'absence d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français, les exceptions d'illégalité soulevées contre les décisions subséquentes ont également été rejetées.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 31 août 2024, M. B D, représenté par Me Naili, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté de la préfète du Rhône du 26 juillet 2024 portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours, fixant le pays de destination et l'arrêté du 26 août 2024 portant assignant à résidence ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour le temps de ce réexamen ;

3°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. D soutient que :

en ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision est entachée d'incompétence de son signataire ;

- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

en ce qui concerne la décision de délai de départ volontaire :

- la décision est entachée d'incompétence de son signataire ;

- elle est illégale, par voie d'exception, du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

en ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- la décision est entachée d'incompétence de son signataire ;

- elle est illégale, par voie d'exception, du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

en ce qui concerne la décision d'assignation à résidence :

- la décision est entachée d'incompétence de son signataire ;

- elle est illégale, par voie d'exception, du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est disproportionnée.

La présidente du tribunal a délégué les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à M. Bodin-Hullin.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 9 septembre 2024, M. Bodin-Hullin, magistrat désigné, a présenté son rapport.

Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B D, ressortissant algérien né le 7 juin 1981, a fait l'objet le 26 juillet 2024 d'un arrêté portant obligation de quitter le territoire français avec un délai de 30 jours, fixant le pays de destination et a fait l'objet le 26 août 2024 d'un arrêté l'assignant à résidence.

Sur les conclusions à fin d'annulation et d'injonction :

En ce qui concerne les moyens communs :

2. En premier lieu en ce qui concerne l'arrêté du 26 juillet 2024, par arrêté du 15 mai 2024 régulièrement publié au recueil spécial des actes administratifs le lendemain, la préfète du Rhône a donné délégation à Mme C, chargée de mission, pour signer les mesures d'éloignement et décisions subséquentes en l'absence ou l'empêchement d'autres personnes dont il n'est pas établi qu'elles ne le fussent pas. Le moyen tiré de l'incompétence dont serait entaché l'arrêté contesté doit donc être écarté.

3. En second lieu, en ce qui concerne l'arrêté d'assignation du 26 août 2024, par un arrêté du 15 mai 2024, publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture du Rhône du 16 mai 2024, la préfète du Rhône a donné délégation de signature à Mme G F, attachée, cheffe du bureau de l'éloignement, en cas d'absence ou d'empêchement de Mme A E, directrice des migrations et de l'intégration, à l'effet de signer les actes administratifs, établis par cette direction, à l'exception d'actes au sein desquels ne figurent pas les décisions portant assignation à résidence. Le moyen tiré de l'incompétence dont serait entaché l'arrêté contesté doit donc être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".

5. M. D, de nationalité algérienne et né le 7 juin 1981, déclare travailler en France " depuis de nombreuses années ". La décision attaquée précise que le requérant déclare être entré irrégulièrement en 2012. Il fait valoir qu'il est bien intégré au niveau professionnel. Toutefois, il n'est pas contesté qu'il se maintient irrégulièrement sur le territoire national. M. D ne justifie pas d'une intégration professionnelle particulière sur le territoire national. Il dispose d'attaches privées et familiales dans son pays d'origine où il a vécu la majeure partie de sa vie. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentale doit être écarté. La décision n'est pas davantage entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

6. En l'absence d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de l'illégalité de cette décision et soulevé par voie d'exception à l'encontre de la décision fixant le pays de destination ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne la décision de délai de départ volontaire :

7. En l'absence d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de l'illégalité de cette décision et soulevé par voie d'exception à l'encontre de la décision portant délai de départ volontaire ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne la décision d'assignation à résidence :

8. En l'absence d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de l'illégalité de cette décision et soulevé par voie d'exception à l'encontre de la décision d'assignation à résidence ne peut qu'être écarté.

9. En l'espèce, si le requérant, qui ne conteste pas le principe même de son assignation à résidence, soutient que les modalités de cette mesure sont inappropriées et excessives dès lors qu'il exerce une activité professionnelle, cet élément à lui seul n'est pas de nature à établir que l'autorité préfectorale aurait fait une inexacte application des dispositions des articles L. 730-1 et L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni qu'elle aurait porté une atteinte disproportionnée à ses droits et libertés en l'assignant à résidence et en assortissant notamment cette mesure d'une obligation de présentation auprès des services de police à raison de deux fois par semaine. À cet égard, alors qu'une assignation à résidence ordonnée pour assurer l'exécution d'office d'une mesure d'éloignement, présente, par nature, un caractère contraignant affectant significativement la vie quotidienne de la personne intéressée, le requérant ne fait état d'aucune circonstance de nature à faire obstacle à ce qu'il puisse se présenter deux fois par semaine auprès de ces services entre 9 heures et 18 heures. Par suite, c'est sans faire une inexacte application des dispositions de l'articles L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni, en tout état de cause, entacher sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation que la préfète du Rhône a prononcé, dans son principe et ses modalités, l'assignation à résidence du requérant pour une durée de quarante-cinq jours, laquelle ne présente pas, s'agissant de ses modalités, un caractère disproportionné.

10. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation et d'injonction présentées par M. D doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'État, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B D et à la préfète du Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 septembre 2024.

Le magistrat délégué,

F. Bodin-Hullin

La greffière,

L. Bon-Mardion

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,