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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2408671

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2408671

mardi 3 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2408671
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation5ème chambre
Avocat requérantSCP COUDERC ZOUINE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 26 août 2024, M. D A, représenté par la SCP Couderc-Zouine (Me Zouine), demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 2 avril 2024 par lequel la préfète de l'Ain a refusé de l'admettre au séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Ain :

- à titre principal, de lui délivrer, dans le délai de deux mois suivant la notification du jugement à intervenir, un certificat de résidence algérien mention " vie privée et familiale ", et de le munir, dans le délai de cinq jours suivant la notification du même jugement, d'un récépissé valant autorisation de travail ;

- à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande, dans le délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros, au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à Me Zouine, à charge pour celui-ci de renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat.

Il soutient que :

- l'arrêté contesté est entaché d'incompétence ;

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- elle méconnaît les stipulations de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire :

- elle est illégale en conséquence de l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale en conséquence de l'illégalité des précédentes décisions.

Par un mémoire en défense, enregistré le 31 octobre 2024, la préfète de l'Ain conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 22 octobre 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 6 novembre 2024.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 12 juillet 2024.

Vu la décision attaquée et les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique, le rapport de Mme Bour, présidente.

Considérant ce qui suit :

1. M. D A, ressortissant algérien né le 29 mars 2006, est entré sur le territoire français le 21 août 2022 sous couvert d'un passeport revêtu d'un visa C Schengen à entrées multiples et valable du 05 décembre 2021 au 05 décembre 2024 pour un séjour autorisé de 90 jours. Le 16 février 2024, il a déposé une demande de certificat de résident algérien sur le fondement des dispositions de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Par l'arrêté contesté du 2 avril 2024, la préfète de l'Ain a refusé de lui délivrer le certificat de résidence sollicité, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office.

Sur les conclusions en annulation :

2. L'arrêté attaqué a été signé par M. C, chef du bureau de l'accueil et du séjour des étrangers de la préfecture de l'Ain, en vertu d'une délégation de signature en cas d'absence ou d'empêchement de M. B, consentie par un arrêté de la préfète de l'Ain du 15 février 2024, publié le 19 février suivant au recueil des actes administratifs de la préfecture, accessible tant au juge qu'aux parties. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté pris dans son ensemble doit être écarté.

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

3. D'une part, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Les dispositions du présent article () fixent les conditions de délivrance et de renouvellement du certificat de résidence aux ressortissants algériens établis en France ainsi qu'à ceux qui s'y établissent (). Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : 5° au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus () ". D'autre part, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. (). " Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

4. Il ressort des pièces du dossier que M. A est entré régulièrement en France le 21 août 2022, à l'âge de 16 ans, sous couvert d'un visa de court séjour, accompagné de sa mère et de son frère mineur, et y a poursuivi sa scolarité jusqu'au baccalauréat. Eu égard à la très courte durée de sa présence en France, la seule présence régulière en France de son oncle ne suffit pas à considérer qu'il y aurait désormais établi le centre de ses intérêts personnels et familiaux, dès lors qu'il a vécu l'essentiel de son existence en Algérie, où réside son père, que sa mère s'est également vue refuser la délivrance d'un titre de séjour et que la situation de son frère mineur n'est pas différente de la sienne et de celle de sa mère. La circonstance qu'il a obtenue, postérieurement à la décision attaquée, un baccalauréat technologique STI2D en juin 2024, n'est pas plus de nature à démontrer que la décision en litige aurait des conséquences disproportionnées sur sa vie privée et familiale dès lors qu'il n'est pas établi qu'il ne pourrait pas poursuivre ses études ou débuter sa vie professionnelle dans son pays d'origine. Dans ces circonstances, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise et aurait ainsi méconnu les stipulations de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

5. En premier lieu, M. A n'ayant pas démontré l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour prise à son encontre, le moyen tiré de cette illégalité et soutenu, par la voie de l'exception, à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français, doit être écarté.

6. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux développés au point 4, la mesure d'éloignement contestée n'ayant ni pour objet, ni pour effet de faire obstacle à sa scolarisation dans son pays d'origine, les moyens tirés de la violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire :

7. En premier lieu, M. A n'ayant pas démontré l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français prise à son encontre, le moyen tiré de leur illégalité et soutenu, par la voie de l'exception, à l'encontre de la décision fixant le délai de départ volontaire doit être écarté.

8. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux développés aux points 4 et 6, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

9. M. A n'ayant pas démontré l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français et fixant un délai de départ de trente jours prises à son encontre, le moyen tiré de leur illégalité et soutenu, par la voie de l'exception, à l'encontre de la décision fixant le pays de destination doit être écarté.

10. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction.

Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1971 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, la somme que M. A demande, au bénéfice de son conseil, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D A, à Me Zouine et à la préfète de l'Ain.

Délibéré après l'audience du 19 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Bour, présidente ;

Mme Jorda, conseillère ;

Mme Le Roux, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 décembre 2024.

La présidente-rapporteure,

A-S. BourL'assesseure la plus ancienne,

V. Jorda

La greffière,

C. Delmas

La République mande et ordonne à la préfète de l'Ain en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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