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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2408672

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2408672

mardi 3 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2408672
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation5ème chambre
Avocat requérantSCP COUDERC ZOUINE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 26 août 2024, Mme D E, épouse A, représentée par la SCP Couderc-Zouine (Me Zouine), demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 2 avril 2024 par lequel la préfète de l'Ain a refusé de l'admettre au séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Ain :

- à titre principal, de lui délivrer, dans le délai de deux mois suivant la notification du jugement à intervenir, un certificat de résidence algérien mention " vie privée et familiale ", et de la munir, dans le délai de cinq jours suivant la notification du même jugement, d'un récépissé valant autorisation de travail ;

- à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande, dans le délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros, au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à Me Zouine, à charge pour celui-ci de renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat.

Elle soutient que :

- l'arrêté contesté est entaché d'incompétence ;

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- elle méconnaît les stipulations de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire :

- elle est illégale en conséquence de l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale en conséquence de l'illégalité des précédentes décisions.

Par un mémoire en défense, enregistré le 31 octobre 2024, la préfète de l'Ain conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 22 octobre 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 6 novembre 2024.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 12 juillet 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique, le rapport de Mme Bour, présidente.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D E, épouse A, ressortissante algérienne née le 30 juin 1979, est entrée sur le territoire français le 21 août 2022 sous couvert d'un passeport revêtu d'un visa C Schengen à entrées multiples et valable du 05 décembre 2021 au 05 décembre 2024, pour un séjour autorisé de 90 jours. Le 16 février 2024, elle a déposé une demande de certificat de résident algérien sur le fondement des dispositions de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Par l'arrêté contesté du 2 avril 2024, la préfète de l'Ain a refusé de lui délivrer le certificat de résidence sollicité, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être reconduite d'office.

Sur les conclusions en annulation :

2. L'arrêté attaqué a été signé par M. C, chef du bureau de l'accueil et du séjour des étrangers de la préfecture de l'Ain, en vertu d'une délégation de signature en cas d'absence ou d'empêchement de M. B, consentie par un arrêté de la préfète de l'Ain du 15 février 2024, publié le 19 février suivant au recueil des actes administratifs de la préfecture, accessible tant au juge qu'aux parties. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté pris dans son ensemble doit être écarté.

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

3. D'une part, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Les dispositions du présent article () fixent les conditions de délivrance et de renouvellement du certificat de résidence aux ressortissants algériens établis en France ainsi qu'à ceux qui s'y établissent (). Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : 5° au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus () ". D'autre part, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. (). " Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine. Enfin, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ".

4. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que Mme A, âgée de 44 ans, est entrée régulièrement en France le 21 août 2022, sous couvert d'un visa de court séjour. La seule présence régulière en France de son frère ne suffit pas à considérer qu'elle y aurait désormais établi le centre de ses intérêts personnels et familiaux, dès lors qu'elle a vécu l'essentiel de sa vie en Algérie, où réside toujours son mari, que son fils majeur fait également l'objet d'une mesure d'éloignement et que la situation de son fils mineur n'est pas distincte de la sienne. A cet égard, si la requérante se prévaut de la présence de la scolarisation en France de son fils mineur, né en 2017, le refus de titre de séjour n'a ni pour objet, ni pour effet de la séparer de cet enfant, et elle n'apporte aucun élément de nature à démontrer l'impossibilité de reconstituer sa vie privée et familiale en Algérie, où réside son mari et où cet enfant a vocation à poursuivre son parcours scolaire. Dans ces circonstances, Mme A n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise et aurait ainsi méconnu les stipulations de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

5. En second lieu, si la requérante fait état de la scolarisation de son fils mineur sur le territoire français pour soutenir que le refus de titre de séjour porte atteinte à l'intérêt supérieur de cet enfant, il résulte de ce qui a été indiqué au point précédent que la scolarisation de cet enfant pourra être poursuivie dans son pays d'origine, où réside notamment son père. Alors que la décision en cause n'a ni pour objet, ni pour effet, de séparer cet enfant mineur de ses parents, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

6. En premier lieu, Mme A n'ayant pas démontré l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour prise à son encontre, le moyen tiré de cette illégalité et soutenu, par la voie de l'exception, à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français, doit être écarté.

7. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux développés aux points 4 et 5, la mesure d'éloignement contestée n'ayant ni pour objet, ni pour effet de séparer Mme A de ses fils et ne portant pas une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale, les moyens tirés de la violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire :

8. En premier lieu, Mme A n'ayant pas démontré l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français prises à son encontre, le moyen tiré de leur illégalité et soutenu, par la voie de l'exception, à l'encontre de la décision fixant le délai de départ volontaire doit être écarté.

9. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux développés aux points 4, 5 et 7, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

10. Mme A n'ayant pas démontré l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français et fixant un délai de départ de trente jours prises à son encontre, le moyen tiré de leur illégalité et soutenu, par la voie de l'exception, à l'encontre de la décision fixant le pays de destination doit être écarté.

11. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1971 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, la somme que Mme A demande, au bénéfice de son conseil, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D E épouse A, à Me Zouine et à la préfète de l'Ain.

Délibéré après l'audience du 19 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Bour, présidente ;

Mme Jorda, conseillère ;

Mme Le Roux, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 décembre 2024.

La présidente-rapporteure,

A-S. BourL'assesseure la plus ancienne,

V. Jorda

La greffière,

C. Delmas

La République mande et ordonne à la préfète de l'Ain en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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