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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2408678

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2408678

vendredi 24 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2408678
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation7ème chambre
Avocat requérantLAWSON BODY

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lyon a rejeté la requête de Mme D, ressortissante arménienne, qui contestait le refus de renouvellement de son titre de séjour pour raisons de santé, l'obligation de quitter le territoire français et la décision fixant le pays de renvoi. Le tribunal a écarté les moyens d'incompétence du signataire et d'insuffisance de motivation, jugeant que les décisions étaient légalement fondées. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions de la requérante, sur la base des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment l'article L. 425-9, et de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 28 août et 20 novembre 2024, Mme B D, représentée par Me Lawson Body, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 19 juin 2024 par lesquelles le préfet de la Loire lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", " salarié " ou " travailleur temporaire " ou de réexaminer sa situation dans le délai de deux mois et, dans l'attente, de lui remettre une autorisation provisoire de séjour avec droit au travail dans un délai de huit jours, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement, à son conseil, d'une somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- les décisions attaquées sont signées par une autorité incompétente ;

- le refus de titre de séjour et la décision fixant le pays de destination sont insuffisamment motivés ;

- il n'est pas justifié qu'un avis a été rendu par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, que ce collège était composé de trois médecins, dûment et préalablement habilités et que le médecin ayant établi le rapport médical transmis au collège n'est pas intervenu au cours de la délibération ;

- la décision portant refus de titre de séjour méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision portant refus de titre de séjour et celle portant obligation de quitter le territoire français sont entachées d'une erreur de droit dès lors que le préfet s'est estimé lié par l'avis de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire et celle fixant le pays de destination sont illégales du fait de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;

- elle méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation de leurs conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 décembre 2024, le préfet de la Loire conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 25 juillet 2024.

Vu les autres pièces du dossier. ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 425-11 à R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Vaccaro-Planchet, présidente, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D, ressortissante arménienne née le 22 juin 1992, entrée régulièrement en France le 21 août 2018, demande l'annulation des décisions du 19 juin 2024 par lesquelles le préfet de la Loire lui a refusé le renouvellement de son titre de séjour en raison de son état de santé, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Les décisions attaquées sont signées par M. C E, sous-préfet de Saint-Étienne, secrétaire général de la préfecture de la Loire, qui avait reçu délégation du préfet de la Loire, par un arrêté du 13 juillet 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de la Loire le 24 juillet suivant, accessible tant au juge qu'aux parties, afin de signer tous actes, arrêtés, décisions, documents et correspondances administratives dans le cadre de la procédure relevant du droit des étrangers. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions contestées doit être écarté.

3. Les décisions attaquées portant refus de titre de séjour et fixant le pays de renvoi visent les textes dont elles font application notamment la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions utiles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par ailleurs, elles précisent les éléments déterminants qui ont conduit le préfet de la Loire à refuser le renouvellement du titre de séjour sollicité par la requérante. Ainsi, les décisions en litige comportent les circonstances de fait et de droit qui en constituent le fondement. Dès lors, le moyen tiré de ce que les décisions ne seraient pas suffisamment motivées doit être écarté.

4. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer la carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat (). / Si le collège des médecins estime dans son avis que les conditions précitées sont réunies, l'autorité administrative ne peut refuser la délivrance du titre de séjour que par une décision spécialement motivée ". Aux termes de l'article R. 425-11 de ce code : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre le titre de séjour " portant la mention vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé () ". Aux termes de l'article R. 425-12 du même code : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre, dans les conditions prévues par l'arrêté mentionné au deuxième alinéa du même article. () Il transmet son rapport médical au collège de médecins. / Sous couvert du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le service de l'office informe le préfet qu'il a transmis au collège de médecins le rapport médical. (). Aux termes de l'article R. 425-13 dudit code : " Le collège de médecins à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. / Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. / () ".

5. Le préfet de la Loire a produit l'avis du 6 février 2024 rendu par le collège de médecins de l'Office français de l'intégration et l'immigration selon lequel, si l'état de santé de Mme D nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, eu égard aux caractéristiques du système de santé dans son pays d'origine vers lequel elle peut voyager sans risque, elle peut y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. Il ressort des mentions de cet avis que le collège de médecins s'est prononcé sur la base d'un rapport établi le 15 janvier 2024 par le docteur A, également médecin de l'Office français de l'intégration et l'immigration, qui n'a pas siégé en son sein. En outre, l'avis précité a été rendu par un collège de médecins composé de trois autres médecins, régulièrement désignés et qui ont tous signé l'avis. Dès lors, le moyen tiré de ce que la décision attaquée portant refus de titre de séjour serait entachée d'un vice de procédure doit être écarté en toutes ses branches.

6. La partie qui justifie de l'avis d'un collège de médecins de l'Office français de l'intégration et l'immigration qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié et effectivement accessible dans le pays de renvoi.

7. En l'espèce, pour refuser la délivrance du titre de séjour sollicité par la requérante, le préfet de la Loire s'est approprié l'avis précité du collège de médecins de l'Office français de l'intégration et l'immigration. Il ressort des pièces du dossier que Mme D est atteinte d'une myasthénie généralisée avec anticorps anti-récepteurs à l'acétylcholine. Si la requérante soutient qu'il ressort de deux attestations du ministère de la santé arménien datées du 13 juin 2023 et du 28 juin 2024 que le Mestinon/Pyridostigmine, qui lui est prescrit, n'est pas commercialisé dans son pays d'origine, elle ne produit cependant aucun document établissant le caractère essentiel de ce traitement pour son état de santé, ni qu'il n'existerait pas de traitement de substitution pouvant lui être prescrit. Si elle se prévaut de plusieurs certificats médicaux des 23 février 2023, 31 août 2023 et 25 juillet 2024, ces documents, peu circonstanciés, se bornent à décrire les pathologies dont souffre l'intéressée sans se prononcer sur la disponibilité des soins dans son pays d'origine. De même, si les certificats de prise en charge et comptes-rendus d'hospitalisation produits dressent un historique de ses maladies, et si le certificat médical établi le 20 novembre 2024 fait état du caractère indispensable d'un suivi spécialisé et rapproché de sa grossesse en cours eu égard à ses pathologies, ils ne démontrent pas l'indisponibilité ou le caractère non substituable du traitement suivi. Si l'intéressée fait également état d'un rapport du Conseil des droits de l'homme des Nations unies rendu en 2017, relatant les insuffisances du système de santé arménien, notamment au regard des difficultés de prise en charge médicale et d'accès aux soins, ce document peu circonstancié sur les conditions possibles de prise en charge médicale de la requérante dans son pays d'origine, ne suffisent pas à contredire l'avis médical du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration selon lequel la requérante pourra bénéficier d'un traitement adapté dans son pays d'origine, vers lequel elle peut voyager sans risque. Par suite, Mme D n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée portant refus de titre de séjour méconnaîtrait les dispositions précitées de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

8. Il ne ressort pas des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français qu'en rappelant les termes de l'avis rendu par le collège des médecins de l'Office français de l'intégration et l'immigration, le préfet se serait cru en situation de compétence liée pour refuser de délivrer un titre de séjour à Mme D et l'obliger à quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet aurait méconnu l'étendue de sa compétence et, ainsi, entaché les décisions attaquées d'une erreur de droit, doit être écarté.

9. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".

10. Il ressort des pièces du dossier que si Mme D déclare qu'elle résidait en France, où elle serait entrée en août 2018, depuis six ans à la date de la décision attaquée, elle ne justifie pas de liens personnels et familiaux anciens, stables et intenses sur le territoire français, son époux se trouvant en situation irrégulière sur le territoire et leur jeune fils, né le 13 septembre 2022, n'étant pas encore scolarisé, alors qu'elle est arrivée en France à l'âge de vingt-six ans après avoir toujours vécu en Arménie, où elle conserve nécessairement des attaches. Si elle soutient qu'en raison du refus de titre de séjour qui lui a été opposé elle ne peut plus travailler ni subvenir correctement aux besoins de son foyer et particulièrement de son fils mineur et fait valoir qu'elle dispose d'un contrat de travail en cours depuis septembre 2021, il ressort toutefois des pièces du dossier et, notamment du courrier du médecin du travail du 8 janvier 2024, que l'intéressée se trouve en arrêt de travail, qu'il lui est impossible de reprendre son activité professionnelle et qu'une demande d'invalidité est recommandée. Dans ces conditions, bien que la requérante justifie d'un niveau DELF A2 en langue française et n'ait jamais fait l'objet de poursuite ou de condamnation pénale, Mme D n'est pas fondée à soutenir que le préfet de la Loire aurait, en refusant de renouveler le titre de séjour dont elle était titulaire, porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, la décision attaquée n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

11. Même en tenant compte des conséquences spécifiques à la mesure d'éloignement, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de cette décision sur la situation personnelle de l'intéressée doivent, en l'absence de tout élément particulier invoqué et, en dépit de son état de santé, être écartés pour les mêmes motifs que ceux exposés au point précédent.

12. Compte tenu de ce qui a été précédemment exposé, la requérante n'est pas fondée à soutenir que l'obligation de quitter le territoire français et la décision fixant le pays de destination seraient illégales du fait de l'illégalité du refus de titre de séjour.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

14. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme D, n'appelle aucune mesure d'exécution. Les conclusions à fin d'injonction sous astreinte doivent, par suite, être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, le versement d'une somme au titre des frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B D et au préfet de la Loire.

Délibéré après l'audience du 10 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Vaccaro-Planchet, présidente,

Mme Leravat, conseillère,

Mme de Tonnac, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 janvier 2025.

La présidente-rapporteure,

V. Vaccaro-PlanchetL'assesseure la plus ancienne,

C. Leravat

La greffière,

S. Rolland

La République mande et ordonne au préfet de la Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour exécution,

Un greffier,

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