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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2408684

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2408684

jeudi 19 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2408684
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8ème chambre
Avocat requérantLAWSON BODY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 28 août et 5 septembre 2024, Mme C A, représentée par Me Lawson-Body, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 3 juin 2024, par lesquelles le préfet de la Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire de lui délivrer au plus tôt, un titre de séjour mention " vie privée et familiale " et, dans l'attente, de lui remettre une autorisation provisoire de séjour avec droit au travail sous huit jours suivant la notification du jugement à intervenir, sous peine d'astreinte de 50 euros par jour de retard, ou subsidiairement, de procéder au réexamen de sa demande dans un délai de deux mois suivant la notification du jugement à intervenir et, dans l'attente d'une nouvelle décision préfectorale, de lui remettre une autorisation provisoire de séjour sous huit jours, sous peine d'astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil, à charge pour ce dernier de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

- les décisions attaquées ont été prises par une autorité incompétente ;

- le refus de titre de séjour est insuffisamment motivée ;

- les décisions attaquées sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'elle justifie de la qualité d'ascendant à charge ;

- elles ont été prises en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et sont également entachées d'une erreur manifeste d'appréciation de leurs conséquences sur sa situation personnelle ;

- l'obligation de quitter le territoire français est illégale du fait de l'illégalité du refus de titre de séjour ;

- la décision fixant le pays de renvoi est insuffisamment motivée ;

- cette décision est illégale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 novembre 2024, le préfet de la Loire conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que la requête n'appelle aucune observation de sa part.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 26 juillet 2024.

Vu les décisions attaquées et les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de l'organisation judiciaire ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Dèche, présidente-rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, née le 28 juillet 1952, de nationalité sénégalaise, est entrée en France le 23 octobre 2023, sous couvert d'un visa de court séjour. Le 27 novembre 2023, elle a présenté une demande de titre de séjour " vie privée et familiale ", mention " ascendant à charge de français et de son conjoint ". Par décisions du 3 juin 2024, le préfet de la Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation et quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Mme A demande au tribunal l'annulation de ces décisions.

Sur les moyens communs à l'ensemble des décisions :

2. En premier lieu, les décisions attaquées ont été signées par M. B D, sous-préfet de Saint-Etienne et secrétaire général de la préfecture de la Loire, qui disposait d'une délégation consentie à cet effet par un arrêté du 13 juillet 2023, publié le 24 juillet 2023 au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture librement accessible tant au juge qu'aux parties. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions attaquées doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, parent à charge d'un français et de son conjoint, se voit délivrer une carte de résident d'une durée de dix ans sous réserve de la production du visa de long séjour prévu au 1° de l'article L. 411-1 et de la régularité du séjour ".

4. Il est constant que Mme A ne dispose pas d'un visa de long séjour et ne remplit donc pas les conditions pour obtenir la délivrance d'une carte de séjour sur le fondement des dispositions précitées. Par suite, le préfet de la Loire qui n'a pas fait une inexacte application de ces dispositions, n'a pas plus entaché ses décisions d'une erreur manifeste d'appréciation quant à la justification de la qualité d'ascendant à charge de l'intéressée.

5. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. Pour soutenir que les décisions attaquées portent une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale, Mme A fait valoir qu'elle est présente en France, depuis le mois d'octobre 2023, auprès de ses cinq enfants dont quatre de nationalité française, et de ses sept petits-enfants et qu'elle est prise en charge financièrement par ses enfants. Toutefois, compte tenu notamment des conditions et du caractère encore récent de la présence en France de la requérante, qui n'y est entrée à l'âge de 71 ans qu'au mois d'octobre 2023 et sous couvert d'un visa de court séjour, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Les circonstances dont il est fait état ne permettent pas davantage de considérer que les décisions en litige résultent, au regard de leurs conséquences sur la situation personnelle de Mme A, d'une erreur manifeste d'appréciation.

Sur le moyen spécifique au refus de titre de séjour :

7. Le refus de titre de séjour vise les textes applicables et notamment les dispositions utiles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile mais également les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il indique en outre les motifs de fait qui justifient que Mme A ne puisse bénéficier de la délivrance d'un titre de séjour. Il comporte ainsi l'énoncé des éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement qui ont utilement permis à l'intéressée d'en discuter. Une telle motivation, qui contient l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constitue le fondement du refus de titre de séjour, satisfait au regard des exigences des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration.

Sur le moyen spécifique à la décision portant obligation de quitter le territoire français :

8. En l'absence d'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour, le moyen tiré de ce que la décision contestée obligeant l'intéressée à quitter le territoire français serait illégale par voie de conséquence de l'illégalité de cette décision ne peut qu'être écarté.

Sur les moyens spécifiques à la décision fixant le pays de renvoi :

9. En premier lieu, la décision contestée vise les textes dont elle fait application, notamment l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et mentionne les principaux éléments de fait relatifs à la situation personnelle et familiale de la requérante. Elle est, par suite, suffisamment motivée en droit comme en fait et le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

10. En second lieu, en l'absence d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de ce que la décision contestée fixant le pays de renvoi serait illégale par voie de conséquence de l'illégalité de cette décision ne peut qu'être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions dirigées contre les décisions du préfet de la Loire du 3 juin 2024 doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

12. Le présent jugement, qui rejette les conclusions de la requête de Mme A à fin d'annulation, n'appelle aucune mesure d'exécution.

Sur les frais liés au litige :

13. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, la somme que Mme A demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A et au préfet de la Loire.

Délibéré après l'audience du 6 décembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Dèche, présidente,

Mme Journoud, conseillère,

Mme Pouyet, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 décembre 2024.

La présidente-rapporteure,

P. Dèche

L'assesseure la plus ancienne,

L. Journoud

La greffière,

N. Boumedienne

La République mande et ordonne au préfet de la Loire, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Une greffière.

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