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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2408698

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2408698

jeudi 19 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2408698
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8ème chambre
Avocat requérantLAWSON BODY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 28 août et 26 novembre 2024, M. A B, représenté par Me Lawson-Body, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 22 mai 2024, par lesquelles le préfet de la Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire de lui délivrer au plus tôt, un titre de séjour mention " vie privée et familiale " ou " salarié " ou " travailleur temporaire " et, dans l'attente, de lui remettre une autorisation provisoire de séjour avec droit au travail sous huit jours suivant la notification du jugement à intervenir, sous peine d'astreinte de 50 euros par jour de retard, ou subsidiairement, de réexaminer sa demande dans un délai de deux mois et, dans l'attente d'une nouvelle décision préfectorale, de lui remettre une autorisation provisoire de séjour sous huit jours, sous peine d'astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil, à charge pour ce dernier de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- les décisions attaquées ont été prises par une autorité incompétente ;

- elles ont été prises en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et sont également entachées d'une erreur manifeste d'appréciation de leurs conséquences sur sa situation personnelle, dès lors notamment que son comportement ne caractérise pas une menace à l'ordre public ;

- les décisions attaquées méconnaissent le 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- l'obligation de quitter le territoire français est illégale du fait de l'illégalité du refus de titre de séjour ;

- le 5° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers s'oppose à ce qu'il puisse faire l'objet d'une mesure d'éloignement ;

- la décision fixant le pays de renvoi est illégale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- cette décision est insuffisamment motivée.

Des pièces ont été enregistrées le 27 novembre 2024 pour le préfet de la Loire.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 26 juillet 2024.

Vu les décisions attaquées et les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale de New York relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Dèche, présidente-rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, né le 10 octobre 1993, de nationalité tunisienne, est entré en France le 1er septembre 2017, selon ses déclarations. Il a bénéficié d'une première carte de séjour temporaire mention " vie privée et familiale " en qualité de parent d'enfant français, valable du 12 octobre 2021 au 11 octobre 2022, puis d'une seconde valable du 16 mars 2023 au 15 mars 2024, dont il a sollicité le renouvellement sur le fondement de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par sa décision du 22 mai 2024, le préfet de la Loire a décidé de ne pas faire droit à cette demande en se fondant sur les dispositions des articles L. 412-5 et L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et en estimant, en tout état de cause qu'il ne justifiait pas d'une contribution effective à l'entretien et à l'éducation de son enfant. Par des décisions du même jour, le préfet de la Loire lui a fait obligation et quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. M. B demande au tribunal l'annulation de ces décisions.

2. En premier lieu, les décisions attaquées ont été signées par M. C D, sous-préfet de Saint-Etienne et secrétaire général de la préfecture de la Loire, qui disposait d'une délégation consentie à cet effet par un arrêté du 13 juillet 2023, publié le 24 juillet 2023 au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture librement accessible tant au juge qu'aux parties. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions attaquées doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

4. Pour refuser de renouveler le titre de séjour de M. B en qualité de parent d'enfant français, le préfet de la Loire s'est fondé sur le fait qu'il représentait une menace à l'ordre public et, qu'en tout état de cause, il ne justifiait pas d'une contribution effective à l'entretien et à l'éducation de son enfant. S'il n'est pas contesté que l'intéressé justifie d'une vie commune avec la mère de son enfant, cette circonstance ne dispensait pas l'intéressé qui n'est pas marié à la mère de son enfant, d'apporter des éléments permettant d'établir sa contribution effective à l'entretien et à l'éducation de celui-ci. A cet égard, le requérant qui se borne à faire valoir qu'il justifie de l'existence d'une vie privée en France et qui n'apporte aucun élément, ni aucune précision à l'appui de ses allégations, ne peut être regardé comme justifiant de sa contribution à l'entretien et à l'éducation de son enfant. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que M. B a fait l'objet, le 29 mai 2018, d'une condamnation par le tribunal correctionnel de Marseille, à quatre mois d'emprisonnement pour des faits de " vol aggravé par deux circonstances en réunion avec plusieurs personnes agissant en qualité d'auteur ou de complice, dans un lieu destiné à l'accès à un transport collectif de voyageur ", que le 28 janvier 2022, il a été condamné par le président du tribunal judiciaire de Saint-Etienne, à 200 euros d'amende pour des faits de " port sans motif légitime d'arme blanche ou incapacitante de catégorie D " et que le 8 mai 2024, il a été mis en cause dans une affaire de vol aggravé et violences, concernant le vol d'un téléphone portable accompagné de menaces de mort prononcées à l'encontre de la victime et de violences commises sur deux amies de la victime ainsi que sur des agents de sécurité. L'intéressé qui ne conteste pas la réalité de ces faits, mais se borne à faire valoir qu'en dépit de ces condamnations, la préfète lui a délivré un titre de séjour en 2021, puis en 2023 et à affirmer que ces faits n'auraient donné lieu à aucune suite pénale, alors que le préfet apporte la preuve contraire, n'apporte aucun élément permettant de démontrer que son comportement ne peut caractériser une menace à l'ordre public. Enfin, alors qu'il ressort des pièces du dossier qu'il est sans emploi et sans ressources, M. B n'apporte aucun élément attestant d'une volonté d'intégration sur le territoire français. Dans ces circonstances, les décisions attaquées ne peuvent être regardées comme ayant porté une atteinte disproportionnée à son droit à mener une vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, les décisions attaquées ne sont entachées d'aucune erreur manifeste d'appréciation au regard de leurs conséquences sur sa situation personnelle.

5. En troisième lieu, aux termes du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. " Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

6. Ainsi qu'il a été dit au point 4 du présent jugement, le requérant n'établit pas l'intensité ni même la réalité des liens qu'il entretiendrait avec son enfant. Par suite, le moyen tiré de la violation des stipulations précitées du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

7. En quatrième lieu, contrairement à ce que soutient le requérant, la décision fixant le pays de renvoi comporte les éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, cette décision est suffisamment motivée et le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

8. En cinquième lieu, en l'absence d'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour, le moyen tiré de ce que la décision contestée obligeant l'intéressé à quitter le territoire français serait illégale par voie de conséquence de l'illégalité de cette décision ne peut qu'être écarté.

9. En sixième lieu, le requérant ne saurait utilement se prévaloir des dispositions du 5° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'elles ne sont plus en vigueur depuis le 28 janvier 2024.

10. En dernier lieu, en l'absence d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de ce que la décision contestée fixant le pays de renvoi serait illégale par voie de conséquence de l'illégalité de cette décision ne peut qu'être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions dirigées contre les décisions du préfet de la Loire du 22 mai 2024 doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

12. Le présent jugement, qui rejette les conclusions de la requête de M. B à fin d'annulation, n'appelle aucune mesure d'exécution.

Sur les frais liés au litige :

13. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, la somme que M. B demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Loire.

Délibéré après l'audience du 6 décembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Dèche, présidente,

Mme Journoud, conseillère,

Mme Pouyet, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 décembre 2024.

La présidente-rapporteure,

P. Dèche

L'assesseure la plus ancienne,

L. Journoud

La greffière,

N. Boumedienne

La République mande et ordonne au préfet de la Loire, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Une greffière.

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