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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2408771

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2408771

lundi 9 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2408771
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationELOIGNEMENT
Avocat requérantSELARL BS2A BESCOU ET SABATIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 4 septembre 2024, M. B A, retenu au centre de rétention administrative de Lyon Saint-Exupéry (69125 Lyon - Saint Exupéry) demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté de la préfète de l'Ain du 30 août 2024 prononçant une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de cinq ans ;

2°) de l'admettre provisoirement à l'aide juridictionnelle ;

3°) d'enjoindre à la préfète de l'Ain de procéder à l'effacement de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, et d'en justifier sous quinze jours au tribunal administratif et à lui-même, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil de la somme de 1 200 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que ce dernier renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.

M. A soutient que :

- l'arrêté est entaché d'incompétence ;

- la décision n'est pas suffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen ;

- elle méconnait le droit d'être entendu ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que la préfète s'est fondée à tort sur les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'un détournement de procédure dès lors que la préfète en prenant la décision attaquée a méconnu l'autorité de la chose jugée ;

- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L.612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

La présidente du tribunal a délégué les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à M. Bodin-Hullin.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 9 septembre 2024, M. Bodin-Hullin, magistrat désigné, a présenté son rapport et entendu :

- les observations de Me Bescou, avocat, représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens et précise les éléments de contestation relatifs à la nouvelle décision de la préfète intervenant après le jugement récent du Tribunal ;

- les observations de Me Maddalena substituant Me Tomasi, avocate de la préfète de l'Ain, qui conclut au rejet de la requête.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant tunisien né le 17 mai 1978, a fait l'objet le 30 août 2024 d'un arrêté prononçant une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de cinq ans. M. A a fait l'objet de décisions en date du 29 avril 2024 par lesquelles la préfète de l'Ain lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et lui a fait interdiction de retourner sur le territoire français pendant sept ans. Par jugement du 26 juin 2024, le magistrat désigné du tribunal a annulé la décision en date du 29 avril 2024 par laquelle la préfète de l'Ain a fait interdiction à M. A de retourner sur le territoire français pendant sept ans, a enjoint à la préfète de l'Ain de faire procéder à l'effacement du signalement aux fins de non-admission de M. A dans le système d'information Schengen, dans un délai de sept jours à compter de la notification du jugement et a rejeté le surplus des conclusions de la requête.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. En raison de l'urgence résultant de l'application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.

Sur les conclusions à fin d'annulation et d'injonction :

3. La décision litigieuse a été signée par Mme D C, adjointe au chef du bureau de l'éloignement, qui disposait d'une délégation de signature à cet effet par arrêté de la préfète de l'Ain du 15 février 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions en litige doit être écarté.

4. L'arrêté de la préfète de l'Ain du 30 août 2024 prononçant une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de cinq ans évoque sans les viser les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il ressort des termes mêmes de l'arrêté en litige que la préfète a fait état de ce que le requérant représente une menace grave pour l'ordre public et de ce qu'il a fait l'objet de nombreuses condamnations. La décision en litige qui comporte l'énoncé des éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement, satisfait ainsi aux exigences de motivation résultant des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des articles L. 211-2 et suivants du code des relations entre le public et l'administration. La préfète n'est pas tenue en tout état de cause de mentionner tous les éléments relatifs à la situation personnelle du requérant mais ceux qui ont fondé sa décision. Le moyen tiré du défaut de motivation de la décision attaquée, qui manque en fait, doit, par suite, être écarté.

5. Il ne ressort ni de la motivation de la décision attaquée, ni d'aucune autre des pièces du dossier que l'autorité préfectorale n'aurait pas procédé à un examen de la situation personnelle de M. A au regard de l'ensemble des informations portées à sa connaissance préalablement à son édiction. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen ne peut qu'être écarté.

6. Aux termes de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 (). ".

7. M. A est arrivé en France en 1985 à l'âge de sept ans, et justifie ainsi d'une durée de séjour sur le territoire de trente-neuf années. Il fait état de la présence en France de ses parents, ses deux sœurs et ses deux frères. Le requérant indique également être père de quatre enfants, dont trois mineurs nés en 2011, 2014 et 2018. Toutefois, il est divorcé de la mère, ne démontre pas, par la production de témoignages insuffisamment circonstanciés, avoir préalablement à son incarcération, contribué à leur entretien et à leur éducation, alors qu'il ressort en outre du jugement du tribunal judiciaire de Saint-Etienne en date du 1er août 2023 que l'autorité parentale sur les enfants est exercée exclusivement par la mère, et que leur résidence habituelle est fixée au domicile maternel. S'il fait état également d'une relation de concubinage avec une ressortissante française, cette dernière reste récente. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que M. A a été condamné à vingt-cinq reprises depuis 1999 à des peines d'emprisonnement pour une durée cumulée significative notamment, des faits de violence aggravée par deux circonstances, recel de bien, vol avec violence ayant entraîné une incapacité totale supérieure à huit jours, dégradation d'un bien par un moyen dangereux pour les personnes, outrage à personne dépositaire de l'autorité publique, récidive d'importation non déclarée de marchandises dangereuses pour la santé, la moralité ou la sécurité publique, harcèlement d'une personne suivi d'incapacité et propos ou comportements répétés ayant pour objet ou effet la dégradation des conditions de vie altérant la santé, conduite d'un véhicule sous l'empire d'un état alcoolique et refus d'obtempérer à une sommation de s'arrêter, et qu'il a été en dernier lieu condamné en 2022 à une peine de quatre années d'emprisonnement pour des faits d'extorsion par violence, menace ou contrainte de signature, promesse, secret, valeur ou bien et participation à association de malfaiteurs en vue de la préparation d'un délit. Compte tenu des fortes attaches familiales dont dispose en France M. A, et notamment de la présence de ses enfants en France, et même si son comportement constitue une menace grave pour l'ordre public, en fixant à cinq années la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français prise à son encontre, la préfète de l'Ain a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.

8. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens dirigés contre la décision attaquée, que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision de la préfète de l'Ain du 30 août 2024.

Sur l'injonction :

9. Le présent jugement implique que la préfète de l'Ain efface le signalement de M. A dans le système d'information Schengen. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre à la préfète de l'Ain de faire procéder à l'effacement de ce signalement, dans un délai de sept jours à compter de la notification du présent jugement.

Sur les conclusions relatives aux frais non compris dans les dépens :

10. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions de M. A tendant à la mise à la charge de l'État d'une somme au titre des frais non compris dans les dépens qu'il a exposés.

D E C I D E :

Article 1er : M. B A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La décision en date du 30 août 2024 par laquelle la préfète de l'Ain a fait interdiction à M. A de retourner sur le territoire français pendant cinq ans est annulée.

Article 3 : Il est enjoint à la préfète de l'Ain de faire procéder à l'effacement du signalement aux fins de non-admission de M. A dans le système d'information Schengen, dans un délai de sept jours à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : Les conclusions de la requête sont rejetées pour le surplus.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète de l'Ain.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 septembre 2024.

Le magistrat délégué,

F. Bodin-Hullin

La greffière,

L. Bon-Mardion

La République mande et ordonne à la préfète de l'Ain en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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