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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2408804

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2408804

mercredi 11 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2408804
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationELOIGNEMENT
Avocat requérantVRAY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 23 août et 9 septembre 2024, M. B A, représenté par Me Vray, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) de l'admettre au bénéficie de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 5 août 2024, notifié le 21 août suivant, par lequel le préfet de la Loire l'a obligé à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et a pris à son encontre une décision d'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de cinq ans ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Loire dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 50 euros par jour de retard :

- à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour mention " salarié " ou " travailleur temporaire " ;

- et à titre subsidiaire, de procéder à un nouvel examen de sa situation administrative et ce, en lui délivrant dans cette attente une autorisation provisoire de séjour dans un délai de 8 jours à compter de la notification du jugement à intervenir également sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que cette dernière renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé et que cette insuffisance de motivation révèle un défaut d'examen complet et sérieux de sa situation personnelle ;

- l'arrêté attaqué a été pris en méconnaissance du droit d'être entendu prévu à l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union Européenne ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire méconnait les articles L.612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement est fondée sur une obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire illégale ;

- la décision lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans méconnait les dispositions de l'article L.612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est disproportionnée dans sa durée eu égard aux conséquences qu'elle implique pour sa situation personnelle en France.

La requête a été communiquée au préfet de la Loire qui n'a pas produit de mémoire en défense mais qui a produit des pièces enregistrées les 5 et 9 septembre 2024.

La présidente du tribunal a désigné Mme Journoud, conseillère, pour statuer sur les requêtes relatives à des mesures d'éloignement adoptées à l'encontre de ressortissants étrangers faisant l'objet d'une détention et aux décisions accompagnant ces mesures.

Vu les décisions attaquées et les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir, au cours de l'audience publique, présenté son rapport et entendu :

- les observations de Me Vray, pour le requérant, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens et qui indique que M. A est arrivé en France en 2009 alors qu'il était âgé de 12 ans et qu'il a bénéficié d'un titre de séjour valable 10 ans. Elle précise que M. A est libérable le 23 septembre 2024 et qu'il souhaite retourner vivre chez son père.

- les observations de M. A, qui parle et comprend le français, et qui répond aux questions de la magistrate désignée et indique que son titre de séjour de 10 ans lui a été retiré pour des motifs d'ordre public et qu'il s'est vu délivrer un titre de séjour d'un an expiré en 2021, sans pouvoir le renouveler du fait de son incarcération. M. A précise qu'il a vécu à Montélimar et a travaillé pour Amazon mais qu'il n'a pas de projet, notamment professionnel, à sa sortie de prison. L'intéressé précise que sa préoccupation principale est son père qui habite en Seine-Saint-Denis (93) et qui est âgé.

Le préfet du Puy-de-Dôme n'étant ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, né le 15 janvier 1997 à Ariana (Tunisie), de nationalité tunisienne, déclare être entré en France en 2009 alors qu'il était mineur, dans le cadre d'une procédure de regroupement familial. M. A a été en dernier lieu titulaire d'un titre de séjour d'un an valable jusqu'au 27 octobre 2020. Par plusieurs jugements correctionnels depuis 2018, l'intéressé a été condamné à plusieurs reprises pour un quantum total de peine cumulé de 7 ans d'emprisonnement. Par arrêté du 5 août 2024, notifié le 21 août suivant, dont il demande l'annulation alors qu'il est détenu actuellement au centre de détention de Roanne, le préfet de la Loire l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement, et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 921-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire sur le fondement des dispositions de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.

Sur le surplus des conclusions :

En ce qui concerne les moyens communs :

3. En premier lieu, les décisions attaquées indiquent les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Celles-ci permettent d'en comprendre le sens et d'en contester utilement le bien fondé. Elles sont ainsi suffisamment motivées.

4. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'autorité préfectorale se soit abstenue de procéder à un examen particulier de la situation personnelle du requérant.

5. En dernier lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union " ; aux termes du paragraphe 2 de ce même article : " Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; () ". Aux termes du paragraphe 1 de l'article 51 de la charte : " Les dispositions de la présente Charte s'adressent aux institutions, organes et organismes de l'Union dans le respect du principe de subsidiarité, ainsi qu'aux Etats membres uniquement lorsqu'ils mettent en œuvre le droit de l'Union. () ". Le droit d'être entendu implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne.

6. Il ressort des pièces du dossier et principalement du procès-verbal d'audition du 9 avril 2024 à 11 heures 30 minutes, produit par le préfet de la Loire en défense, que M. A a été informé qu'il pouvait faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français et qu'il a été mis en mesure de faire valoir, de manière utile et effective, ses observations concernant une telle mesure d'éloignement avant sa notification le 21 août suivant à 14 heures et 45 minutes. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir que son droit d'être entendu a été méconnu.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

7. Aux termes de l'article L.611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; / 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré ; (). ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 613-1 du même code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français () est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit ". Enfin, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales relatif au droit au respect de la vie privée et familiale : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

8. En l'espèce, M. A soutient que son frère et son père sont en France, le premier domicilié à Saint-Vallier dans la Drôme et le second domicilié à Pré Saint-Gervais en Seine-Saint-Denis avec lequel il déclare vivre, et qu'il n'a plus d'attaches familiales dans son pays d'origine. Toutefois, il ressort des pièces du dossier et des déclarations de l'intéressé à l'audience qu'il n'habitait plus avec son père avant son incarcération, mais qu'il était domicilié à Montélimar dans la Drôme. Ainsi M. A, célibataire et sans enfant à charge, n'établit pas l'intensité et la stabilité des liens qu'il entretiendrait avec son père et son frère et ne démontre pas qu'il n'aurait plus aucune attache sociale et familiale en Tunisie où résiderait sa mère. Enfin, si M. A soutient qu'il est entré en France en 2009 à l'âge de 12 ans et qu'il y a suivi une scolarité jusqu'en classe de 1ère professionnelle, il ressort des pièces du dossier et notamment du bulletin n°2 de son casier judiciaire, que l'intéressé actuellement incarcéré au centre de détention de Roanne, représente une menace grave pour l'ordre public et méconnait les valeurs de la République Française, dès lors qu'il a été condamné par plusieurs jugements correctionnels depuis 2018 à un quantum de peine cumulé de 7 ans d'emprisonnement. Dans ces conditions, le préfet n'a porté aucune atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de M. A. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, doit être écarté.

En ce qui concerne la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

9. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. Elle peut prolonger le délai accordé pour une durée appropriée s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. L'étranger est informé par écrit de cette prolongation ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () ; 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. " et de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 3° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français plus d'un mois après l'expiration de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour, sans en avoir demandé le renouvellement ; () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité (). ".

10. Pour refuser l'octroi d'un délai de départ volontaire à M. A, le préfet de la Loire s'est fondé sur le motif que le comportement de l'intéressé constituait une menace pour l'ordre public. Comme cela a déjà été dit aux points 1 et 8 du présent jugement, M. A a fait l'objet de nombreuses condamnations pénales pour des atteintes aux biens et aux personnes dont la dernière, qu'il purge actuellement au centre de détention de Roanne, prononcée le 3 octobre 2023 par la chambre des appels correctionnels de la cour d'appel de Grenoble, sur appel de la décision du tribunal correctionnel de Valence du 1er juin 2023, à 4 ans d'emprisonnement dont 1 an avec sursis probatoire pendant 3 ans pour des faits d'escroquerie, de vol aggravé et de vol en réunion en récidive. Dans ces conditions et alors même que l'intéressé soutient qu'il est entré en France en 2009 alors qu'il était mineur et que son père et son frère résident sur le territoire, il ne justifie cependant ainsi d'aucune circonstance particulière au sens et pour l'application du premier alinéa de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le préfet de la Loire pouvait, sans entacher sa décision d'une erreur de droit ni d'une erreur d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, refuser d'accorder à M. A un délai de départ volontaire.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

11. Il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que la décision portant obligation de quitter le territoire et celle refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire ne sont pas entachées d'illégalité. Par suite, M. A ne saurait se prévaloir, par voie d'exception, de l'illégalité de ces décisions pour demander l'annulation de la décision fixant le pays de destination de cette mesure d'éloignement.

En ce qui concerne l'interdiction de retour :

12. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. () ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour () l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".

13. Il résulte des dispositions précitées qu'en l'absence de circonstances humanitaires et compte tenu du refus d'accorder un délai de départ volontaire à M. A, le préfet de la Loire devait assortir la mesure d'éloignement d'une interdiction de retour en France. En outre, il n'apparait pas, eu égard à la situation personnelle et familiale de M. A, célibataire et sans charge de famille et ne démontrant aucune intégration particulière ni aucune considération humanitaire le concernant, alors même que comme cela a déjà été dit aux points 1, 8 et 10 du présent jugement, l'intéressé représente une menace grave et actuelle pour l'ordre public, que la durée de cette interdiction, fixée à cinq ans, soit disproportionnée au regard de sa situation personnelle, eu égard au quantum de peine cumulé auquel il a été condamné en France.

14. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 5 août 2024, notifié le 21 août suivant et des décisions qu'il comporte. Ses conclusions en ce sens, ainsi que celles accessoires à fin d'injonction et tendant à l'application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, doivent, par conséquent, être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Loire.

Copie en sera adressée à Me Vray.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 septembre 2024.

La magistrate désignée,

L. Journoud

La greffière,

A. Senoussi

La République mande et ordonne au préfet de la Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaire de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

N°2408804

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