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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2408812

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2408812

jeudi 26 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2408812
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation7ème chambre
Avocat requérantSCP ROBIN VERNET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 28 août 2024, M. B A, représenté par Me Vernet (SCP Robin Vernet), demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 19 avril 2024 par lesquelles la préfète du Rhône a rejeté sa demande tendant à la délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône, à titre principal, de lui délivrer un certificat de résidence algérien portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours à compter du jugement, ou à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois à compter du jugement ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 200 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision portant refus de titre de séjour est entachée d'un vice de procédure, dès lors que la préfète du Rhône n'apporte pas la preuve qu'un avis a été rendu par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 6-7 de l'accord franco-algérien ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- les décisions portant obligation de quitter le territoire français et accordant un délai de départ volontaire de trente jours sont illégales en raison de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;

- elles méconnaissent les dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et sont entachées à cet égard d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elles méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision accordant un délai de départ volontaire de 30 jours est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision fixant le pays de renvoi est illégale en raison de l'illégalité des décisions de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 novembre 2024, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 26 juillet 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Vaccaro-Planchet, présidente,

- et les observations de Me Beligon, substituant Me Vernet, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant algérien né le 13 novembre 1986, entré irrégulièrement en France le 17 septembre 2022, demande l'annulation des décisions du 19 avril 2024 par lesquelles la préfète du Rhône a rejeté sa demande tendant à la délivrance d'un titre de séjour au regard de son état de santé, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office.

Sur les conclusions à fin d'annulation et d'injonction :

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

2. Aux termes des dispositions de l'article R. 425-11 du code précité : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. / Les orientations générales mentionnées au troisième alinéa de l'article L. 425-9 sont fixées par arrêté du ministre chargé de la santé ". Enfin, aux termes de l'article R. 425-13 du même code : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. ".

3. Il ressort des pièces du dossier qu'un rapport médical a été établi le 20 octobre 2023 à la suite de la demande de titre de séjour présentée par M. A. Ce rapport a été transmis au collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le 23 octobre suivant. Conformément aux dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, un avis a été émis le 1er novembre 2023, préalablement à l'édiction de la décision attaquée, le médecin ayant établi le rapport médical n'ayant pas participé à la délibération du collège composé de trois autres médecins. Le nom de chacun des médecins figure sur la liste annexée à la décision du 17 janvier 2017 du directeur général de l'Office français de l'intégration et l'immigration portant désignation au collège de médecins à compétence nationale de l'Office telle que modifiée par une décision du 25 juillet 2023, publiée au bulletin officiel du ministère de l'intérieur, accessible tant au juge qu'aux parties. Le moyen tiré du vice de procédure doit ainsi être écarté.

4. Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Les dispositions du présent article, ainsi que celles des deux articles suivants, fixent les conditions de délivrance et de renouvellement du certificat de résidence aux ressortissants algériens établis en France ainsi qu'à ceux qui s'y établissent, sous réserve que leur situation matrimoniale soit conforme à la législation française. Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 7) au ressortissant algérien, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays. () ".

5. Pour rejeter la demande de titre de séjour présentée par le requérant, la préfète du Rhône s'est appropriée le sens de l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 1er novembre 2023 et a considéré que si l'état de santé de M. A nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, il peut, toutefois, y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. M. A produit trois certificats médicaux des 8 janvier, 3 juin et 7 août 2024, faisant état, d'une part, de la prise en charge d'un trouble dépressif chronique et d'un trouble anxieux non caractérisé depuis le 7 novembre 2022, associant un traitement médicamenteux composé de sertraline et de bromazepam ainsi que de consultations bimestrielles, et d'autre part, de ce qu'il serait dans l'attente d'une chirurgie, sans davantage de précisions. Ces seuls éléments, au demeurant postérieurs à l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'intégration et l'immigration du 1er novembre 2023, sans référence à la disponibilité effective de soins ou de traitements adaptés en Algérie, ne sont pas de nature à remettre en cause l'avis précité quant à la disponibilité d'un traitement approprié à son état de santé dans son pays d'origine. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision par laquelle la préfète du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour aurait été prise en méconnaissance des stipulations précitées de l'article 6, 7° de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968.

6. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). ".

7. Il ressort des pièces du dossier que M. A résidait en France, où il est entré à l'âge de trente-cinq ans en septembre 2022, depuis moins de deux ans à la date de la décision attaquée et ne démontre pas qu'il aurait, sur le territoire national, une vie privée et familiale intense, ancienne et stable alors qu'il a vécu l'essentiel de son existence en Algérie, où demeurent notamment ses parents. En outre, alors qu'il ne démontre pas qu'il ne pourrait bénéficier d'un traitement approprié à son état de santé dans son pays d'origine, il n'apporte aucun élément de nature à établir que sa vulnérabilité et son isolement allégués rendraient impossible un accès effectif et régulier à une telle prise en charge. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la préfète du Rhône aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée, en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, la décision attaquée n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle du requérant.

En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français et accordant un délai de départ volontaire de trente jours :

8. M. A n'ayant pas démontré l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour prise à son encontre, il n'est pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français et celle lui accordant un délai de départ volontaire de trente jours seraient illégales du fait de l'illégalité du refus de titre de séjour.

9. En l'absence de tout élément particulier invoqué, et même en tenant compte des conséquences spécifiques à la mesure d'éloignement, les moyens tirés du défaut d'examen de la situation personnelle du requérant et de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux mentionnés au point 7 du présent jugement. Pour ces mêmes motifs, le moyen tiré de ce que pour accorder un délai de départ volontaire de trente jours, la préfète du Rhône n'a pas pris en compte son état de santé, notamment les soins en cours et l'opération chirurgicale à venir, et a ainsi entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, doit être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

10. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de destination serait illégale du fait de l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français.

11. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation ainsi que, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction de la requête doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il en soit fait application à l'encontre de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète du Rhône.

Délibéré après l'audience du 29 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Vaccaro-Planchet, présidente,

Mme Leravat, première conseillère,

Mme de Tonnac, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 décembre 2024.

La présidente - rapporteure,

V. Vaccaro-Planchet

L'assesseure la plus ancienne,

C. Leravat La présidente,

V. Vaccaro-Planchet

La greffière,

E. Gros

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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