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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2409078

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2409078

mardi 12 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2409078
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantFRERY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 septembre 2024 et des pièces complémentaires, enregistrées le 1er octobre 2024, Mme B A, représentée par Me Frery, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions de la préfète de l'Ardèche par laquelle elle a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Ardèche de réexaminer sa situation, dans un délai d'un mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail, dans un délai de quinze jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que la préfète de l'Ardèche s'est estimée en situation de compétence liée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale, par voie d'exception, du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 18 octobre 2024, la préfète de l'Ardèche conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision bureau d'aide juridictionnelle du 18 octobre 2024.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Clément, président-rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, ressortissante angolaise née le 16 mars 1986, déclare être entrée en France le 2 août 2023, avec ses cinq enfants mineurs. Le 21 août 2023, elle a sollicité l'asile auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. Le 19 décembre 2023, le l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté sa demande par une décision confirmée par un arrêt du 19 juin 2024 de la Cour nationale du droit d'asile. Par l'arrêté attaqué du 19 août 2024, la préfète de l'Ardèche a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français avec délai de départ volontaire de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être reconduite.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

2. Aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation à quitter le territoire français est motivée. ". Aux termes de l'article L. 611-1 du même code : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ".

3. En premier lieu, dans son arrêté du 19 août 2024, la préfète de l'Ardèche a visé les dispositions de l'article L. 611-1 4° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicables et indiqué que la demande d'asile présentée par l'intéressée a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides, le 19 décembre 2023 ainsi que le recours contre cette décision devant la Cour nationale du droit d'asile, le 18 juin 2024. En outre, la préfète de l'Ardèche a rappelé les éléments de fait qui l'ont conduit à prononcer une obligation de quitter le territoire français à l'encontre de Mme A. Par suite, le moyen tiré d'un défaut de motivation doit être écarté.

4. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée ni des pièces du dossier, que la préfète de l'Ardèche se serait estimée en situation de compétence liée. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

5. En troisième lieu, il ne ressort, ni des termes de l'arrêté critiqué, ni des autres pièces du dossier, que le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de Mme A.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale ". Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants () l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

7. Mme A fait valoir qu'elle vit en France avec ses six enfants, qui y sont scolarisés pour quatre d'en eux et qu'elle craint pour sa vie et sa sécurité en cas de retour dans son pays d'origine en raison de la liaison extra-conjugale qu'entretiendrait son mari avec la nièce du chef des renseignements angolais et qui aurait causé la mort de son père. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que Mme A est entrée en France récemment le 2 août 2023, avec ses cinq enfants. En outre, sa demande d'asile a définitivement été rejetée et elle ne produit aucun élément de nature à caractériser ses craintes alléguées pour sa vie et sa sécurité en cas de retour dans son pays d'origine, ainsi que l'impossibilité d'y poursuivre sa vie privée et familiale de même que la scolarité de ses enfants. Compte tenu de l'ensemble de ces éléments, Mme A n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elle a été prise, ni qu'elle aurait méconnu l'intérêt supérieur des enfants. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent être écartés.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

8. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que la requérante n'est pas fondée à exciper de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

9. En deuxième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

10. En se bornant à faire valoir qu'elle craint pour sa vie et sa sécurité en cas de retour dans son pays d'origine en raison de la liaison extra-conjugale qu'entretiendrait son mari avec la nièce du chef des renseignements angolais et en absence de toute pièce produite à l'appui de ces affirmations en dehors d'un article de presse sur la nomination du général Garcia Miala au poste de chef des renseignements par le président Lourenço, Mme A, dont la demande d'asile a été définitivement rejetée, n'établit pas qu'elle serait susceptible d'être personnellement soumise à des peines ou des traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède, que les conclusions aux fins d'annulation de la requête doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et celles tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la préfète de l'Ardèche.

Délibéré après l'audience du 22 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Clément, président-rapporteur,

Mme Duca, première conseillère,

Mme Gros, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 novembre 2024.

Le président-rapporteur,

M. Clément

L'assesseure la plus ancienne,

A.Duca Le greffier,

J. Billot

La République mande et ordonne à la préfète de l'Ardèche en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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