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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2409095

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2409095

vendredi 13 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2409095
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationELOIGNEMENT
Avocat requérantMATRICON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 4 septembre 2024 au greffe du tribunal administratif de Clermont-Ferrand et transmise par une ordonnance de sa présidente du 11 septembre 2024 au tribunal administratif de Lyon, M. A C, représenté par Me Matricon, doit être regardé comme demandant :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) l'annulation des décisions du 27 août 2024 par lesquelles le préfet du Puy-de-Dôme l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination en cas de renvoi et l'a interdit de retour sur le territoire national avant l'écoulement d'une période de cinq ans.

Il soutient que :

Sur l'ensemble des décisions :

- ces décisions sont entachées d'incompétence ;

- elles sont insuffisamment motivées, révélant en cela un défaut d'examen de sa situation particulière ;

- elles méconnaissent les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire :

- cette décision est entachée d'erreur de droit ou à tout le moins d'erreur manifeste d'appréciation quant ses conséquences sur sa situation personnelle ;

Sur la décision portant refus de délai de départ volontaire :

- les motifs retenus ne justifiaient pas l'édiction de la décision attaquée ; ces motifs manquent en fait ; ces motifs ne pouvaient pas plus caractériser un risque de fuite ;

Sur la décision l'interdisant de retour sur le territoire français :

- cette décision porte une atteinte disproportionnée à son droit à une vie privée et familiale normale.

Des pièces ont été enregistrées pour le préfet du Puy-de-Dôme les 6, 9 et 12 septembre 2024 et ont été communiquées.

La présidente du tribunal a délégué les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à M. Gilbertas.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendu, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Gilbertas, magistrat désigné,

- les observations de Me Matricon, pour M. C, qui conclut aux mêmes fins que la requête, ne maintenant que le moyen tiré de l'insuffisante motivation des décisions en litige, dont résulte un défaut d'examen complet de la situation du requérant, le moyen dirigé contre l'obligation de quitter le territoire tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celui, dirigé contre l'interdiction de retour sur le territoire national, tiré du caractère disproportionné du quantum retenu compte tenu de sa situation familiale ;

- les remarques de M. C, requérant,

- et les observations de Me Iririra Nganga, substituant Me Tomasi, pour le préfet du Puy-de-Dôme, qui conclut au rejet de la requête, les moyens soulevés n'étant pas fondés.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, ressortissant guinéen né le 12 juin 2003, demande au tribunal l'annulation des décisions du 27 août 2024 par lesquelles le préfet du Puy-de-Dôme l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a déterminé le pays de destination en cas de reconduite et l'a interdit de retour sur le territoire national avant l'écoulement d'une période de cinq ans.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu de faire droit à la demande de M. C tendant à son admission provisoire à l'aide juridictionnelle, sur le fondement du premier alinéa de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions :

3. L'arrêté attaqué vise les dispositions et stipulations dont il fait application et relève les éléments biographiques du requérant pertinents pour cette application. Si M. C indique que l'appréciation retenue par l'autorité compétente quant à la consistance de ses liens avec le territoire est erronée et qu'il n'était pas en mesure de fournir des justificatifs adéquats du fait de son incarcération, de tels éléments regardent le bienfondé de l'arrêté du 27 août 2024 et non sa motivation. Il ne résulte ainsi ni de cette motivation, suffisante en l'espèce, ni des autres pièces du dossier que le préfet du Puy-de-Dôme aurait édicté l'arrêté en litige à l'issue d'un examen incomplet de la situation personnelle du requérant, notamment s'agissant de la présence en France de sa fille de nationalité française et de son frère, explicitement indiqués par l'arrêté attaqué. Les moyens afférents doivent ainsi être écartés.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

4. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

5. M. C, qui déclare être entré sur le territoire national en 2017 à l'âge de 14 ans, fait valoir la présence dans ce pays de sa compagne, rencontrée en 2021, et de leur fille, née le 6 décembre 2022, toutes deux de nationalité française, ainsi que celle de son frère, titulaire d'un titre de séjour valable dix ans. Il indique avoir également suivi sa scolarité dans ce pays, produisant un relevé de note isolé, pour 2019, et un certificat de scolarité en 2021-2022 en CAP " Électricien ", sans toutefois justifier d'une quelconque activité professionnelle sur le territoire. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier que l'intéressé a fait l'objet de deux condamnations pénales, en 2019 et 2022, pour des faits de violence avec arme puis de vol avec violence ayant abouti à une dernière incarcération depuis le mois de février 2024 et qu'il s'est soustrait dès l'année 2019 aux différentes mesures d'éloignement le visant. De même, et s'agissant des liens entretenus avec sa fille née en 2022, il ressort des mentions du jugement en assistance éducative que sa fille a été placée à raison de l'incapacité de M. C et de sa compagne à répondre aux besoins fondamentaux de leur enfant, le même jugement précisant que si la situation de la mère de la jeune B était désormais compatible avec une mesure alternative au placement, il n'en allait pas de même s'agissant de M. C dont le retour au domicile familial à l'issue de sa détention était inenvisageable. Si le requérant se prévaut à l'égard de sa fille du maintien de relations, au regard notamment d'une attestation de la mère de l'enfant dépourvue de toute précision, il n'en justifie pas par les éléments versés et la seule possibilité de visite médiatisée au moins une fois par mois prévue par le jugement du tribunal pour enfant précité ne l'établit pas plus par elle-même. Dans ces conditions, l'ensemble de ces éléments ne caractérise pas des liens tels avec le territoire national que la mesure d'éloignement visant M. C y porterait une atteinte disproportionnée au regard de ses objectifs. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit ainsi être écarté.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

6. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".

7. Pour interdire de retour M. C sur le territoire français pour une durée de cinq ans, le préfet du Puy-de-Dôme, au visa des dispositions précitées, a relevé les conditions du séjour de l'intéressé en France, ainsi qu'analysées au point 5 du présent jugement, la circonstance qu'il s'était soustrait à de précédentes mesures d'éloignement et indiqué que sa présence en France constituait une menace pour l'ordre public, au regard notamment des deux condamnations pénales déjà mentionnées. En se bornant à faire valoir les éléments familiaux de sa situation précédemment résumé, lesquels ne saurait être regardés comme des circonstances humanitaires faisant obstacle à l'édiction de la mesure en litige, M. C ne caractérise pas une disproportion du quantum retenu par l'autorité compétente, compte tenu notamment de la consistance des liens entretenus avec sa fille et sa compagne, de la menace non contestée pour l'ordre public qu'implique sa présence en France et de ses soustraction répétées aux mesures d'éloignement prononcées à son encontre. Dans ces conditions, c'est sans méconnaissance des dispositions précitées ni des stipulations citées au point 4 du présent jugement que le préfet du Puy-de-Dôme a pu interdire de retour sur le territoire national M. C pour une durée de cinq ans.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus de conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Me Matricon et au préfet du Puy-de-Dôme.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 septembre 2024.

Le magistrat désigné,

M. Gilbertas

La greffière,

L. Bon-Mardion

La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour exécution conforme,

Un greffier

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