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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2409134

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2409134

mercredi 25 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2409134
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantSELARL BS2A BESCOU ET SABATIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 11 septembre 2024, Mme A C, représentée par Me Bescou, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision par laquelle la préfète du Rhône lui a retiré son certificat de résidence algérien valable du 3 mars 2023 au 4 mars 2024 ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône ou à tout autre préfet territorialement compétent de lui restituer son titre de séjour ou à tout le moins de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa requête en annulation, dans un délai de huit jours à compter de l'ordonnance à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est présumée dès lors que l'ordonnance n°2406506 du 13 août 2024 du juge des référés du tribunal a permis de révéler qu'une décision de retrait de son certificat de résidence avait été prise par la préfète du Rhône ; au surplus, elle demeure dans une situation irrégulière et dans une situation de précarité, et ne peut pas engager de démarches pour obtenir un titre de séjour ;

- sont propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision les moyens suivants : la décision est entachée d'un vice de procédure en l'absence d'une procédure contradictoire préalable ; elle méconnait les stipulation du 4° de l'article 6 de l'accord franco-algérien ; elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles de l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense enregistré le 23 septembre 2024, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- la condition d'urgence n'est pas remplie, dès lors que l'intéressée bénéfice de récépissés de demande de titre de séjour régulièrement renouvelés et qu'elle n'ignore pas le caractère frauduleux de sa demande ;

- aucun des moyens invoqués n'est de nature à faire naître un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 11 septembre 2024 sous le n° 2409133 par laquelle Mme C demande l'annulation de la décision litigieuse.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention relative aux droits de l'enfants ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Bertolo, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue en présence de M. Clément, greffier d'audience, M. Bertolo a lu son rapport et entendu :

- les observations de Me Bescou et de Me Guillaume, représentants Mme C, qui reprennent les moyens et conclusions de la requête, et qui insistent sur les manœuvres et les duperies de la préfecture du Rhône, aucune décision explicite de retrait n'ayant été prise, et Mme C n'ayant jamais été informée de l'intention de l'administration de prononcer le retrait du titre qui lui avait été accordé, alors qu'elle a bénéficié d'un récépissé de demande de titre de séjour avec droit au travail valable du 14 novembre 2023 au 13 février 2024. Ils indiquent également que la nationalité française de son enfant B n'a pas été remise en cause par les autorités judiciaires.

La préfète du Rhône n'étant ni présente ni représentée.

La clôture de l'instruction ayant été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions à fin de suspension :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".

2. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans les cas de retrait ou de refus de renouvellement d'un titre de séjour.

3. D'une part, la préfète du Rhône confirme dans son mémoire en défense avoir pris une décision implicite de retrait du certificat de résidence qu'elle avait délivré le 3 mars 2023 à Mme C, de sorte que la requérante peut se prévaloir de la présomption d'urgence applicable dans cette situation. Si la préfète du Rhône soutient que Mme C bénéficie de récépissés de demande de titre de séjour régulièrement renouvelés, elle ne l'établit pas, cette position étant au demeurant incohérente avec l'édiction d'une décision implicite de retrait du certificat de résidence de la requérante en avril 2023. Si la préfète du Rhône soutient également que Mme C lors de sa demande de titre de séjour en 2019 ne pouvait ignorer le caractère frauduleux de sa demande, qui a été confirmée par le tribunal dans son jugement n°1607059 du 7 février 2017 et par la Cour administrative d'appel de Lyon dans son arrêt n°17LY01762 du 12 octobre 2017, il est constant que la préfète du Rhône, en dépit de cette situation, a décidé de faire droit à la demande de titre de séjour de Mme C et il ne résulte pas de l'instruction que la nationalité française de l'enfant de Mme C aurait été remise en cause par les autorités judiciaires françaises. Par suite, dans les circonstances particulières de l'espèce, eu égard aux positions contradictoires prises par l'administration qui ont contribué au maintien de Mme C dans une situation de précarité, alors qu'elle élève seule deux enfants, la condition d'urgence requise par les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative est satisfaite.

4. D'autre part, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 4° Retirent ou abrogent une décision créatrice de droits ; () ". Selon les termes de l'article L. 121-1 du même code : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable. ". Aux termes de l'article L. 122-1 du même code : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. Cette personne peut se faire assister par un conseil ou représenter par un mandataire de son choix. () ".

5. En l'état de l'instruction, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration en l'absence de mise en place d'une procédure contradictoire préalable au retrait du certificat de résidence de Mme C est de nature à faire naître un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée.

6. Il résulte de ce qui précède que les deux conditions prévues par l'article L. 521-1 du code de justice administrative sont remplies. Dès lors, il y a lieu de prononcer la suspension de l'exécution de la décision implicite par laquelle la préfète du Rhône a retiré le certificat de résidence délivré à Mme C jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

7. La suspension prononcée implique que la situation de Mme C soit réexaminée. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'enjoindre à la préfète du Rhône de procéder au réexamen de sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, et de délivrer dans l'attente à Mme C une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans un délai de 15 jours à compter de la notification de la présente ordonnance, et sous astreinte de 50 euros par jour de retard.

Sur les frais liés au litige :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par Mme C et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de la décision implicite par laquelle la préfète du Rhône a retiré le certificat de résidence algérien de Mme C est suspendue jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète du Rhône de procéder au réexamen de la situation de Mme C dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, et de délivrer dans l'attente à Mme C une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans un délai de 15 jours à compter de la notification de la présente ordonnance, et sous astreinte de 50 euros par jour de retard.

Article 3 : L'État versera la somme de 1 000 euros à Mme C au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A C et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée à la préfète du Rhône.

Fait à Lyon, le 25 septembre 2024.

Le juge des référés,

C. Bertolo

Le Greffier,

T. ClémentLa République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

N°2409134

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