jeudi 3 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2409275 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Avocat requérant | SCP SEBAN & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 17 septembre 2024, et un mémoire complémentaire enregistré le 2 octobre 2024, la SAS Barrage de Sarny, représentée par la Selarl Iroise avocats, demande au juge des référés :
1°) de prononcer, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de l'arrêté du 9 août 2024 de la préfète de l'Ardèche portant prescriptions complémentaires à autorisation et relatif à l'expérimentation de l'ouverture de la vanne de fond pour une opération test de transit sur le barrage des Collanges ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- sur la condition d'urgence : l'arrêté autorise l'évacuation potentielle d'un volume d'1,5 million de m3 de sédiments ; cette chasse aura des conséquences importantes pour la centrale hydroélectrique située en aval, dont elle est propriétaire, en entraînant un ensablement de la retenue d'eau et un apport important d'embâcles dans les vannes et le dégrilleur de la centrale ; la société devra aussi suspendre la production d'électricité avant le début de l'évacuation et jusqu'à la fin de la remise en état de la centrale, ce qui va lui occasionner un manque à gagner ; à terme l'évacuation des sédiments va être à l'origine d'une usure prématurée de ses installations, ainsi d'ailleurs que celle des autres centrales en aval ; la turbidité de l'eau provoquée par le lâcher entraînera également une augmentation de la mortalité des espèces présentes dans la rivière par manque d'oxygène, ainsi que le colmatage de leurs habitats et sites de reproduction, les mesures prévues par l'arrêté étant insuffisantes ; les prescriptions prévues par l'arrêté en litige sont à cet égard insuffisantes ; le bon fonctionnement des équipes du barrage de Sarny sera durablement perturbée ; aucune urgence à exécuter l'arrêté ne peut être opposée, alors qu'aucune vidange n'a eu lieu depuis 1983 ;
- sont propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée, les moyens suivants :
* le dossier de déclaration était insuffisant, s'agissant de l'estimation de la surface de frayères devant être détruites, ce qui a trompé l'administration et a obligé par ailleurs le syndicat pétitionnaire à mener des études complémentaires ;
* l'arrêté ne prend pas en compte le danger que présente la chasse des sédiments sur les installations hydroélectriques situées en aval, en méconnaissance du principe de gestion équilibrée de la ressource posé aux articles L. 211-1 et L. 211-5 du code de l'environnement ;
* le projet devait être soumis à autorisation, et non à déclaration, en vertu de la nomenclature définie à l'article R. 214-1 du code de l'environnement, dès lors qu'il est de nature à détruire plus de 200 m2 de frayères ;
* le projet devait être soumis à examen au cas par cas au titre de l'article R. 122-2 du code de l'environnement, au regard de la surface des frayères devant être détruites ; à titre subsidiaire, et dès lors qu'il est susceptible d'avoir des incidences notables sur l'environnement, le projet devait être soumis à un tel examen au titre des dispositions de l'article R. 122-3-1 du code de l'environnement.
Par un mémoire enregistré le 1er octobre 2024, la préfète de l'Ardèche conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- aucune urgence n'est démontrée ; la vidange de la vanne a débuté le 30 septembre et devrait durer trois à quatre jours ; ce protocole est nécessaire pour étudier le fonctionnement et les conséquences d'une recharge en sédiments sur la portion aval de l'Eyrieux, le transit sédimentaire étant nécessaire au bon état du cours d'eau ; la période retenue est la moins dommageable au regard des incidences du projet sur l'environnement ; au regard de l'intérêt public de l'opération, qui doit être mis en balance avec les intérêts invoqués par la société requérante, la condition d'urgence n'est pas remplie ;
- en l'état de l'instruction, aucun des moyens invoqués n'est de nature à faire naître un doute sérieux sur la légalité de l'arrêté attaqué.
Par un mémoire enregistré le 1er octobre 2024, le syndicat de développement, d'équipement et d'aménagement de l'Ardèche, représenté par Me Seban, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la société requérante au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la condition d'urgence n'est pas remplie ; l'objet de l'arrêté n'est pas de permettre l'évacuation de l'ensemble des sédiments mais de maintenir la vanne ouverte pendant une durée d'un mois pour collecter des données qui permettront de définir, à terme, les modalités d'évacuation du volume accumulé ; la mise en œuvre de ce protocole est de plus strictement encadrée par l'arrêté préfectoral, sans qu'il soit démontré que ces prescriptions sont insuffisantes ; la société requérante ne démontre aucunement le préjudice qui pourrait résulter pour elle de l'ouverture de la vanne ; les intérêts liés au maintien de la qualité de l'eau et de l'alimentation pour l'agriculture justifient que l'opération soit maintenue et que l'exécution de l'arrêté ne soit pas suspendue ;
- en l'état de l'instruction, aucun des moyens invoqués n'est de nature à faire naître un doute sérieux sur la légalité de l'arrêté attaqué.
Vu les autres pièces du dossier et la requête n° 2409274 par laquelle la SAS barrage de Sarny demande l'annulation de l'arrêté du 9 août 2024 de la préfète de l'Ardèche.
Vu :
- le code de l'environnement ;
- le code de justice administrative.
Vu la décision par laquelle la présidente du tribunal a désigné M. Besse, président, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue en présence de M. Clément, greffier d'audience, M. Besse a lu son rapport et entendu les observations de :
- Me Le Doré, pour la société requérante, qui a repris ses conclusions et moyens ; il a fait valoir en outre que l'opération a commencé le 30 septembre, la vanne de fond ayant été ouverte et l'eau du barrage largement évacuée ; elle a été obligée d'ouvrir elle-même la vanne de fond de son barrage et de suspendre sa production d'électricité, pour éviter l'accumulation de sédiments sur sa retenue ; il ne peut être opposé l'intérêt public de l'opération, alors que d'autres procédés moins dommageables pour les autres exploitants, tel le curage mécanique de la retenue, pouvaient être envisagés ; les surfaces de frayères indiquées dans sa demande par le syndicat pétitionnaire et repris par la préfecture de l'Ardèche sont sans rapport avec les données collectées par la fédération départementale de pêche ; ceci est de nature à remettre en cause la crédibilité des opérations de réduction envisagées, par décolmatage des frayères ;
- M. A, représentant la préfecture de l'Ardèche, qui a repris ses conclusions et moyens ; il a soutenu en outre que l'arrêté a été établi sans préjudice du droit des tiers à demander réparation du préjudice qu'ils pourraient éventuellement subir ; que le rétablissement du transit sédimentaire est nécessaire à la fonctionnalité écologique de la rivière et aussi d'ailleurs à l'existence des frayères ; que le projet est seulement de nature à entraîner une altération de certaines frayères et non leur destruction ; que le dépôt de matières en suspension dans les rivières, suite à des épisodes cévenols notamment, est fréquent et pas nécessairement préoccupant ; que, compte tenu des mesures de décolmatage envisagées, le risque de destruction des frayères n'a nullement été sous-évalué ; que la nature du projet doit être apprécié après mise en œuvre des mesures d'évitement et réduction ;
- Me Du Rostu, pour le syndicat défendeur, qui a repris ses conclusions et moyens ; elle a soutenu en outre que la société requérante s'est elle-même placée dans la situation d'urgence qu'elle invoque, alors que rien ne justifie les mesures qu'elle a prises du fait d'un risque très hypothétique ; les premières mesures réalisées suite à l'ouverture de la vanne de fond montrent une très faible présence de sédiments dans les eaux, très largement inférieure à celle envisagée dans l'étude dont se prévaut la société barrage de Sarny pour établir les dommages susceptibles de lui être causés.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Le Syndicat de développement, d'équipement et d'aménagement de l'Ardèche est propriétaire de la centrale hydroélectrique du Cheylard située sur la rivière " Eyrieux ", de son barrage, appelé barrage des Collanges, du plan d'eau et de ses rives. Par arrêté du 15 décembre 2022, la préfète de l'Ardèche a autorisé pour une durée de cinq ans l'exploitation de la centrale hydroélectrique, a réglementé l'usage de l'eau pour les entreprises autorisées à utiliser l'énergie hydraulique et a fixé les prescriptions relatives à la sécurité du barrage. En outre, et eu égard à l'engravement conséquent du barrage représentant environ 1,5 millions de mètres cube de sédiments et gravats, qui réduit considérablement la quantité d'eau disponible pour les besoins de l'irrigation, et eu égard à l'absence de transparence sédimentaire du barrage qui est à l'origine d'une nette dégradation du milieu aquatique en aval sur plusieurs kilomètres, l'arrêté du 15 décembre 2022 a prescrit à son article 17 que le permissionnaire disposait d'un délai de deux ans pour définir une solution partagée aux problématiques de transit sédimentaire, soit jusqu'au 15 décembre 2024, puis d'une période de trois ans au maximum pour conduire le travail de maîtrise d'œuvre et déposer les dossiers de travaux. C'est dans ce cadre que le syndicat de développement, d'équipement et d'aménagement de l'Ardèche a procédé le 29 juillet 2023 à la déclaration relative à la réglementation des installations, ouvrages, travaux et aménagements, sur le fondement de l'article L. 214-3, II du code de l'environnement et sollicité la préfète de l'Ardèche en vue de la mise en place d'un protocole pilote pour acquérir des données quant au fonctionnement de la vanne de fond du barrage, en vue du rétablissement du transit sédimentaire. Par un arrêté du 9 août 2024 portant prescriptions complémentaires à autorisation et relatif à l'expérimentation de l'ouverture de la vanne de fond pour une opération test de transit sur le barrage des Collanges, la préfète de l'Ardèche a autorisé le Syndicat de développement, d'équipement et d'aménagement de l'Ardèche à procéder à une vidange du barrage, et à laisser transiter intégralement tous les débits à fins d'observation. La SAS barrage de Sarny demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative d'ordonner la suspension de l'exécution de cette décision.
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. "
3. En l'état de l'instruction, aucun des moyens susvisés invoqué par la SAS barrage de Sarny n'est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige.
4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il y ait de se prononcer sur la condition d'urgence, que la requête de la SAS barrage de Sarny doit être rejetée en toutes ses conclusions, y compris celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
5. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, faire droit aux conclusions présentées par le syndicat de développement, d'équipement et d'aménagement de l'Ardèche tendant au versement par la société requérante d'une somme au titre des frais non compris dans les dépens qu'il a exposés.
ORDONNE :
Article 1er : La requête de la SAS barrage de Sarny est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par le syndicat de développement, d'équipement et d'aménagement de l'Ardèche au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à la SAS barrage de Sarny, à la préfète de l'Ardèche et au syndicat de développement, d'équipement et d'aménagement de l'Ardèche.
Fait à Lyon, le 3 octobre 2024.
Le juge des référés,
T. Besse
Le greffier,
T. Clément
La République mande et ordonne à la ministre de la transition écologique, de l'énergie, du climat et de la prévention des risques, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
N°2409275
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026