Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2409353

vendredi 27 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2409353
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantSELARL BS2A BESCOU ET SABATIER

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lyon, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a suspendu l'exécution de la décision implicite de la préfète du Rhône refusant de délivrer un duplicata de la carte de résident de Mme B et de renouveler ce titre. Le juge a retenu que la condition d'urgence était présumée, la requérante ayant sollicité le renouvellement de son titre, et qu'un moyen sérieux existait, tiré de l'absence de motivation en méconnaissance de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration. La suspension a été prononcée sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 19 septembre 2024, Mme A B épouse C, représentée par Me Sabatier, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision implicite par laquelle la préfète du Rhône a refusé de lui délivrer un duplicata de sa carte de résident et de renouveler cette carte ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de l'ordonnance à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est présumée dès lors qu'elle a sollicité le renouvellement de son titre de séjour et qu'elle se maintient en situation irrégulière dès lors que son dernier récépissé a expiré le 3 décembre 2023 et que son contrat de travail a été suspendu depuis le 23 août 2024 ;

- sont propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision les moyens suivants : la décision est insuffisamment motivée et méconnait l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration ; elle méconnait l'article L. 424-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 25 septembre 2024, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que l'intéressée n'a pas sollicité le renouvellement de son récépissé et qu'il n'y a plus d'urgence dès lors qu'elle a été convoquée le 3 octobre 2024 pour remise d'un titre provisoire de séjour.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée sous le n° 2407522 par laquelle Mme B demande l'annulation de la décision litigieuse.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Bertolo, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Lecas, greffière d'audience, M. Bertolo a lu son rapport et entendu :

- les observations de Me Guillaume, représentant Mme B, qui indique maintenir ses conclusions dès lors qu'il existe une incertitude sur la situation et le titre qui sera délivré la requérante.

La préfète du Rhône n'étant ni présente ni représentée.

La clôture de l'instruction ayant été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions à fin de suspension :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".

2. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans les cas de retrait ou de refus de renouvellement d'un titre de séjour.

3. D'une part, la condition d'urgence requise par les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative est présumée dès lors que Mme B a notamment sollicité le renouvellement de sa carte de résident. Si la préfète du Rhône fait valoir que l'intéressée n'a pas sollicité le renouvellement de son récépissé à son expiration en décembre 2023, cette circonstance ne permet pas de renverser la présomption d'urgence applicable au litige. En outre, si la préfète fait valoir que l'intéressée a été convoquée le 3 octobre 2024 pour remise provisoire d'un titre de séjour, le document produit par la préfète en défense, qui est une confirmation d'un rendez-vous avec le service " asile - BPI - carte séjour renouvellement " prévu le 3 octobre 2024 à 9h15, ne permet pas de justifier de ce qu'un titre ou un document autorisant Mme B à séjourner sur le territoire lui sera délivré à cette occasion. Par suite, la condition d'urgence requise par les dispositions précitées de l'article L. 521-1 du code de justice administrative est satisfaite.

4. D'autre part, en l'état de l'instruction, au moins le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration en l'absence de réponse à la demande de communication des motifs de la décision implicite est de nature à faire naître un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée.

5. Il résulte de ce qui précède que les deux conditions prévues par l'article L. 521-1 du code de justice administrative sont remplies. Dès lors, il y a lieu de prononcer la suspension de l'exécution de la décision implicite par laquelle la préfète du Rhône a refusé de délivrer à Mme B un duplicata de sa carte de résident et de renouveler cette carte.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

6. La suspension prononcée implique que la situation de Mme B soit réexaminée. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'enjoindre à la préfète du Rhône ou à tout préfet compétent de procéder au réexamen de sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, et de délivrer dans l'attente à Mme B une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans un délai de 15 jours à compter de la notification de la présente ordonnance, et sous astreinte de 50 euros par jour de retard.

Sur les frais liés au litige :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par Mme B et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de la décision implicite par laquelle la préfète du Rhône a refusé de délivrer à Mme B un duplicata de sa carte de résident et de renouveler cette carte est suspendue jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète du Rhône ou à tout préfet compétent de procéder au réexamen de la situation de Mme B dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, et de délivrer dans l'attente à Mme B une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans un délai de 15 jours à compter de la notification de la présente ordonnance, et sous astreinte de 50 euros par jour de retard.

Article 3 : L'État versera la somme de 1 000 euros à Mme B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée à la préfète du Rhône.

Fait à Lyon, le 27 septembre 2024.

Le juge des référés,

C. Bertolo

La greffière,

S. LecasLa République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

N°2409353