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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2409419

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2409419

jeudi 27 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2409419
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation7ème chambre
Avocat requérantCOLLANGE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 17 septembre 2024, M. A B, représenté par Me Collange, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 30 août 2024 par lesquelles la préfète de l'Ardèche a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an et l'a astreint à se présenter trois fois par semaine auprès des services du commissariat de police de Guilherand-Granges ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Ardèche, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour dans le délai d'un mois, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser à son conseil en applications des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision de refus de titre de séjour est insuffisamment motivée et est entachée d'une erreur de droit en l'absence d'examen préalable réel et sérieux de sa situation ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 11 de l'accord entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la république de Tunisie en matière de séjour et de travail du 17 mars 1988, modifié ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentale et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'application des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale en raison de l'illégalité du refus de titre de séjour ;

- la décision fixant le pays de destination est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an est disproportionnée ;

- la décision l'astreignant à se présenter aux services de police est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 9 janvier 2025.

Par un courrier du 4 février 2025, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le tribunal était susceptible de relever d'office le moyen d'ordre public tiré de l'irrecevabilité des conclusions à fin d'annulation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français, cette décision étant matériellement inexistante.

Une réponse à ce moyen d'ordre public a été présentée pour M. B le 6 février 2025.

La préfète de l'Ardèche a produit un mémoire en défense le 7 février 2025, postérieurement à la clôture de l'instruction.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la république de Tunisie en matière de séjour et de travail du 17 mars 1988, modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Vaccaro-Planchet, présidente, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant tunisien né le 15 novembre 1998, qui déclare être entré en France le 10 novembre 2016, demande l'annulation des décisions du 30 août 2024 par lesquelles la préfète de l'Ardèche a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an, et l'a astreint à se présenter trois fois par semaine auprès des services du commissariat de police de Guilherand-Granges.

Sur l'étendue du litige :

2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision () ".

3. Il ressort du dispositif de l'arrêté contesté du 30 août 2024 qu'alors même que l'intitulé de cet arrêté mentionne une interdiction de retour d'un an, la préfète de l'Ardèche n'a pas prononcé une telle interdiction. Par suite, les conclusions à fin d'annulation présentées par le requérant à l'encontre d'une décision portant interdiction de retour sur le territoire français, qui sont dirigées contre une décision matériellement inexistante, sont irrecevables et ne peuvent qu'être rejetées.

Sur le surplus des conclusions :

4. La décision attaquée vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales pertinentes, rappelle les conditions du séjour en France du requérant et mentionne les principaux éléments de sa situation personnelle. Dès lors, le moyen tiré de ce que l'obligation de quitter le territoire français ne serait pas motivée doit être écarté.

5. Il ne ressort ni de la décision attaquée ni d'aucune autre pièce du dossier que la préfète de l'Ardèche n'aurait pas procédé à un examen préalable réel et sérieux de la situation de M. B. S'il ressort de la décision attaquée que la préfète a entendu examiner le droit au séjour du requérant sur les fondements des articles L. 423-1 et L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ces éléments sont sans incidence sur la légalité de la décision attaquée dès lors que cette dernière s'est également prononcée sur les dispositions invoquées par le requérant dans sa demande de titre de séjour. Le moyen doit, par suite, être écarté.

6. Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".

7. Il ressort des pièces du dossier que si M. B, qui résidait sur le territoire national, selon ses déclarations, depuis sept ans à la date de l'arrêté attaqué, fait valoir qu'il a exercé une activité salariée en qualité de plaquiste-peintre durant les mois d'avril à juin 2023 et s'est inscrit à des cours de français le 8 novembre 2023, ces éléments ne suffisent pas à justifier d'une intégration socio-professionnelle particulière. Par ailleurs, M. B, qui s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français en dépit d'une mesure d'éloignement prise à son encontre par le préfet du Rhône le 5 décembre 2022, a été condamné, le 11 février 2021, par le tribunal correctionnel de Paris, à dix mois d'emprisonnement, dont cinq avec sursis, pour des faits de violences conjugales commis à l'encontre de sa précédente compagne. Ainsi, dans les circonstances de l'espèce, eu égard notamment à la durée et aux conditions de son séjour en France, et alors même qu'il est marié depuis le 29 octobre 2022 avec une ressortissante française, avec laquelle il fait valoir qu'il a entrepris des démarches médicales afin de favoriser la procréation, M. B n'établit pas qu'il aurait fixé de manière durable le centre de ses intérêts privés et familiaux sur le territoire national. Dès lors, il n'est pas fondé à soutenir que la décision de refus de titre de séjour porterait une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés. Pour les mêmes motifs, cette décision n'est pas entachée d'une erreur manifestation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

8. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".

9. D'une part, il ressort des pièces du dossier que le requérant, en invoquant sa vie privée et familiale telle que précédemment décrite, ne fait état d'aucune considération humanitaire ou motif exceptionnel, au sens des dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de nature à justifier une admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". D'autre part, en invoquant au titre de son insertion professionnelle, une promesse d'embauche en qualité de plaquiste-peintre, datée du 30 juillet 2023 et dépourvue de toute signature de son auteur, ainsi que diverses fiches de paye en qualité de plaquiste-peintre pour les mois d'avril à juin 2023 au sein de la même société, le requérant ne fait état d'aucun motif exceptionnel, au regard de son expérience et de ses qualifications, de nature à justifier une admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte de séjour portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que la préfète de l'Ardèche aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant son admission exceptionnelle au séjour.

10. Compte tenu de ce qui a été précédemment exposé, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'obligation de quitter le territoire français serait illégale du fait de l'illégalité du refus de titre de séjour.

11. En l'absence d'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de destination et la décision l'astreignant à se présenter aux services de police seraient illégales du fait de l'illégalité de ces décisions.

12. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction sous astreinte.

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, au titre des frais liés au litige.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète de l'Ardèche.

Délibéré après l'audience du 7 février 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Vaccaro-Planchet, présidente,

Mme Leravat, première conseillère,

Mme de Tonnac, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 février 2025.

La présidente-rapporteure,

V. Vaccaro-Planchet

L'assesseure la plus ancienne,

C. Leravat

La greffière,

S. Rolland

La République mande et ordonne à la préfète de l'Ardèche en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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