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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2409471

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2409471

vendredi 4 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2409471
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantCABINET FIDELIO AVOCATS (SELARL)

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lyon a rejeté la requête en référé suspension de M. B, adjudant de gendarmerie radié des cadres le 14 août 2024 suite à une condamnation pénale pour violences habituelles sur mineur. Le juge a estimé que la condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative n'était pas remplie, car la perte de revenus et du logement de fonction résultait du comportement même du requérant et était prévisible. Il a également considéré qu'aucun moyen soulevé, notamment l'incompétence de l'auteur de l'acte ou le caractère disproportionné de la sanction, n'était de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision, fondée sur les dispositions du code de la défense.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, des pièces et une réplique, enregistrées les 20 et 23 septembre et le 4 octobre 2024, M. C B, représenté par Me Thiébaut, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 14 août 2024 prononçant sa radiation des cadres de la gendarmerie nationale ;

2°) d'enjoindre à l'administration de le rétablir dans l'ensemble de ses fonctions, droits et prérogatives dans un délai de trois jours et sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors que la décision le prive d'une partie substantielle de ses ressources et de son logement de fonction, et qu'elle porte une atteinte grave et immédiate à son intérêt professionnel ;

- sont propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision les moyens suivants : la décision a été prise par une autorité incompétente ; la sanction de radiation est disproportionnée.

Des observations ont été enregistrées pour le ministre de l'intérieur le 30 septembre 2024.

Par un mémoire en défense enregistré le 3 octobre 2024, le ministre des armées conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la condition d'urgence n'est pas remplie, dès lors que le requérant dispose de revenus de remplacement proches de son dernier traitement et qu'il ne peut pas invoquer la perte de son logement de fonction, circonstance qu'il n'ignorait pas ;

- aucun des moyens invoqués n'est de nature à faire naître un doute sérieux sur la légalité de la décision.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée sous le n° 2409470 par laquelle le requérant demande l'annulation de l'arrêté du 14 août 2024.

Vu :

- le code de la défense ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Bertolo, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue en présence de M. Clément, greffier d'audience, M. Bertolo a présenté son rapport et entendu :

- les observations de Me Thiebaut, représentant M. B, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens dans ses écritures. Il persiste à considérer que la condition d'urgence est remplie, dès lors que M. B ne percevra pas immédiatement sa pension de retraite, et eu égard à la gravité de la sanction prononcée qui lui porte nécessairement préjudice. Il indique également que l'autorité de sanction n'a pas tenu compte de la personnalité de M. B, ni du contexte dans lequel a été prononcée la condamnation pénale, cette autorité s'étant bornée à appliquer une politique publique sans véritable appréciation de la situation, et avec une volonté de faire un exemple qui devrait être absente de cette appréciation. Il indique qu'une sanction du 2ème groupe parait plus appropriée, et qu'il convient de se départir de la seule analyse par groupe de sanction pour considérer que les sanctions du 3ème groupe prévues par le code de la défense n'ont pas le même degré de gravité. Il insiste également sur le fait que la matérialité des faits doit être replacée dans un contexte difficile et tenir compte de la personnalité de M. B.

- les observations de M. A, représentant le ministre des armées, qui conclut au rejet de la requête. S'agissant de l'urgence, il indique que la situation résulte du propre comportement du requérant, qu'il va toucher un revenu de remplacement proche de son traitement, et que le délai de versement de sa pension ne relève pas de la responsabilité du ministre des armées, enfin que le requérant n'établit pas avoir fait des démarches pour se préparer à sa radiation qui était prévisible. S'agissant du conseil d'enquête, la circonstance qu'aucune sanction n'ait été proposée signifie seulement qu'aucune majorité ne s'est dégagée autour d'une sanction, et non pas qu'une sanction n'était pas justifiée. Enfin, eu égard à la condamnation de l'intéressé et à son comportement qui est incompatible avec ses fonctions, la sanction n'est pas disproportionnée.

La clôture de l'instruction ayant été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B a intégré au cours de l'année 2000 les ranges de la gendarmerie nationale à l'issue de sa réussite au concours de sous-officier de gendarmerie, et détenait en dernier lieu le grade d'adjudant. Le 17 octobre 2023, l'intéressé a été condamné par le tribunal judiciaire de Lyon à une peine de deux ans d'emprisonnement avec sursis pour des faits de violences habituelles sur mineurs de 15 ans n'ayant pas entraîné d'incapacité supérieure à 8 jours commis du 14 janvier 2017 au 31 janvier 2022 et des faits de violence avec usage ou menace d'une arme sans incapacité commis du 14 janvier 2017 au 31 janvier 2022. Le 26 mars 2024, l'intéressé a fait l'objet d'un ordre d'envoi un conseil d'enquête, qui s'est réuni le 23 mai 2024 et ne s'est prononcé en faveur d'aucune sanction. Par une décision du 14 août 2024, M. B a été radié des cadres de la gendarmerie. Le requérant demande au juge des référés de suspendre l'exécution de cette décision.

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".

3. Aux termes de l'article L. 4137-1 du code de la défense : " Sans préjudice des sanctions pénales qu'ils peuvent entraîner, les fautes ou manquements commis par les militaires les exposent :/ 1° A des sanctions disciplinaires prévues à l'article L. 4137-2 () ". L'article L. 4137-2 de ce code dispose : " Les sanctions disciplinaires applicables aux militaires sont réparties en trois groupes :/ () 3° Les sanctions du 3ème groupe sont :/ a) Le retrait d'emploi, défini par l'article L. 4138-15 ;/ b) La radiation des cadres ou la résiliation du contrat () ". En application de l'article L. 4137-3 du même code : " Doivent être consultés :/ () 3° Un conseil d'enquête avant toute sanction disciplinaire du troisième groupe () ". Par ailleurs, aux termes de l'article R. 434-12 du code de la sécurité intérieure, portant sur les devoirs du policier et du gendarme : " Le policier ou le gendarme ne se départ de sa dignité en aucune circonstance./ En tout temps, dans ou en dehors du service, () il s'abstient de tout acte, propos ou comportement de nature à nuire à la considération portée à la police nationale et à la gendarmerie nationale. Il veille à ne porter, par la nature de ses relations, aucune atteinte à leur crédit ou à leur réputation. ".

4. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un agent public ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.

5. En l'état de l'instruction, aucun des moyens soulevés par le requérant analysés ci-dessus n'est propre à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision du 14 août 2024 prononçant sa radiation des cadres de la gendarmerie nationale. Par suite et sans qu'il soit besoin d'examiner si la condition d'urgence posée à l'article L. 521-1 du code de justice administrative est satisfaite, la requête de M. B doit être rejetée, en ce comprises ses conclusions au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C B et au ministre des armées.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Fait à Lyon, le 4 octobre 2024.

Le juge des référés,

C. Bertolo

Le greffier,

T. ClémentLa République mande et ordonne au ministre des armées en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

N°2409471

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