Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2409534

lundi 7 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2409534
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantSCP ROBIN VERNET

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Lyon, statuant en référé, a été saisi par Mme A sur le fondement de l'article L. 521-4 du code de justice administrative pour obtenir la modification d'une précédente ordonnance du 2 juillet 2024, en raison de l'inexécution par la préfète du Rhône des mesures ordonnées (réexamen de sa situation et délivrance d'une autorisation provisoire de séjour et de travail). Constatant que la préfète n'avait pas exécuté ces obligations dans le délai imparti, le juge a considéré ce défaut d'exécution comme un élément nouveau justifiant d'assortir l'injonction initiale d'une astreinte de 50 euros par jour de retard. La solution retenue vise à contraindre l'administration à respecter les obligations déjà prononcées, en application des articles L. 521-1 et L. 521-4 du code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 24 septembre 2024, Mme B A, représentée par Me Vernet, demande au juge des référés :

1°) de modifier, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-4 du code de justice administrative, les mesures prises par le juge des référés par ordonnance n° 2406033 du 2 juillet 2024, en enjoignant à la préfète du Rhône de la convoquer dans un délai de quarante-huit heures pour lui remettre une autorisation provisoire de séjour d'une durée de six mois l'autorisant à travailler, sous astreinte de 500 euros par jour de retard, et de réexaminer sa situation dans un délai d'une semaine, sous la même astreinte ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que la préfète n'a pas exécuté les mesures ordonnées par le juge des référés et qu'elle est de ce fait maintenue dans une situation de précarité, ne pouvant bénéficier du contrat jeune majeur qu'elle avait souscrit, alors qu'elle doit subvenir aux besoins de sa fille ; elle ne peut être recrutée par son employeur sous couvert d'un contrat d'apprentissage ni faire une demande de logement social.

La requête a été communiquée à la préfète du Rhône, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Vu la décision par laquelle la présidente du tribunal a désigné M. Besse, président, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Lecas, greffière d'audience, M. Besse a lu son rapport et entendu les observations de Me Vernet, représentant Mme A, qui a repris ses conclusions et moyens.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. " Aux termes de l'article L. 521-4 du même code : " Saisi par toute personne intéressée, le juge des référés peut, à tout moment, au vu d'un élément nouveau, modifier les mesures qu'il avait ordonnées ou y mettre fin ".

2. Par une ordonnance n° 2406033 du 2 juillet 2024, le juge des référés a suspendu l'exécution de la décision implicite refusant de délivrer à Mme A une carte de résident et une attestation de prolongation d'instruction de sa demande de délivrance de cette carte et enjoint à la préfète du Rhône de réexaminer la situation de l'intéressée dans le délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance et de la munir dans cette attente et dans le délai de sept jours d'un document portant autorisation provisoire de séjour et de travail.

3. L'ordonnance précitée a été notifiée à la préfète du Rhône le 3 juillet 2024, cette dernière disposait donc d'un délai expirant le 3 août 2024 pour procéder au réexamen de la situation de Mme A. Il ne résulte pas de l'instruction que la préfète du Rhône, qui n'a pas produit d'observations, aurait, à la date de la présente ordonnance, effectué un tel réexamen, ni qu'elle aurait remis à l'intéressée une autorisation provisoire de séjour d'une durée de six mois l'autorisant à travailler. Ainsi, cette ordonnance ne peut être regardée comme ayant été exécutée. Cette circonstance est constitutive d'un élément nouveau au sens et pour l'application de l'article L. 521-4 du code de justice administrative.

4. Par suite, il y a lieu d'assortir l'injonction prononcée par l'ordonnance n°2406033 d'une astreinte de 50 euros par jour de retard à compter d'un délai d'une semaine suivant la notification de la présente ordonnance, s'agissant tant du réexamen de la situation de Mme A que de la remise d'une autorisation provisoire de séjour.

5. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 500 euros à verser à Mme A au titre des frais non compris dans les dépens qu'elle a exposés.

ORDONNE :

Article 1er : L'injonction faite à la préfète du Rhône dans l'ordonnance n° 2406033 du 2 juillet 2024 est assortie d'une astreinte de 50 euros par jour de retard à compter de l'expiration d'un délai d'une semaine à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 2 : La préfète du Rhône communiquera au tribunal copie des actes justifiant des mesures prises pour exécuter l'ordonnance n° 2406033.

Article 3 : L'Etat versera à Mme A la somme de 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à la préfète du Rhône.

Fait à Lyon, le 7 octobre 2024.

Le juge des référés,

T. Besse

La greffière,

F. Gaillard

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,