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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2409552

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2409552

mardi 10 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2409552
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème chambre
Avocat requérantDELBES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 23 septembre 2024, M. B A, représenté par Me Delbes, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 27 mai 2024 par lesquelles la préfète de l'Ain a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et a prononcé une interdiction de territoire français d'un an ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Ain de réexaminer sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision de refus de titre de séjour est entachée d'erreur manifeste d'appréciation et de défaut d'examen sérieux de sa situation dès lors qu'il est affecté d'une pathologie très lourde et invalidante ; la préfète n'a pas pris en compte ces éléments dans son appréciation ;

- la décision de refus de titre de séjour méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision de refus de titre de séjour méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision lui interdisant le territoire français est insuffisamment motivée et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 9 novembre 2024, la préfète de l'Ain conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

M. B A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 26 juillet 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Clément, président, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant albanais né le 4 septembre 1998, est entré irrégulièrement en France le 18 mai 2019. Le 12 août 2019, l'office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) a rejeté sa demande d'asile, décision confirmée par ordonnance de la cour nationale du droit d'asile (CNDA) en date du 28 novembre 2019. Le 28 octobre 2019, le préfet de l'Ain a pris à l'encontre de l'intéressé un arrêté l'obligeant à quitter le territoire français confirmé par jugement du tribunal administratif du 10 avril 2020. Trois demandes de réexamen de sa demande d'asile ont été rejetées par l'OFPRA et par la CNDA. Le requérant a sollicité un titre de séjour le 16 novembre 2023 en raison de son état de santé. Par l'arrêté attaqué, la préfète de l'Ain a refusé de lui accorder un titre de séjour, l'a enjoint à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il sera reconduit et lui a interdit l'accès au territoire français pour une durée d'une année.

En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier ni des termes de l'arrêté attaqué contestée que la préfète de l'Ain n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. A. L'arrêté mentionne notamment les éléments liés à la situation personnelle, familiale et administrative du requérant. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () ". Selon les termes de l'article R. 425-11 du même code : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. () ". Aux termes de l'article R. 425-13 du même code : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle () ". Aux termes de l'article 5 de l'arrêté du 27 décembre 2016 pris pour l'application de ces dispositions : " Le collège de médecins à compétence nationale de l'office comprend trois médecins instructeurs des demandes des étrangers malades, à l'exclusion de celui qui a établi le rapport () ". Enfin, aux termes de l'article 6 du même arrêté : " () Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. / L'avis émis à l'issue de la délibération est signé par chacun des trois médecins membres du collège ".

4. La partie qui justifie de l'avis d'un collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié et effectivement accessible dans le pays de renvoi.

5. Pour refuser de délivrer un titre de séjour à M. A, la préfète de l'Ain s'est approprié le sens de l'avis rendu par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, le 22 mai 2024, selon lequel l'état de santé de l'intéressé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, mais qu'il peut, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans son pays d'origine, bénéficier d'un traitement approprié et qu'au vu des éléments de son dossier et à la date de l'avis, il peut voyager sans risque vers son pays d'origine.

6. Si le requérant soutient qu'il ne peut retourner dans son pays d'origine et qu'il conteste l'appréciation portée par le collège de médecins, si les certificats médicaux produits à l'appui de cette affirmation montrent que le requérant souffre d'une pathologie psychiatrique pour laquelle il bénéficie d'un suivi en France, ces pièces n'établissent pas que ces soins ne pourraient être fournis en Albanie. Par suite le moyen tiré de la méconnaisse des dispositions de l'article L. 425-9 précité et celui d'une erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale. () ".

8. M. A, entré en France à l'âge de 21 ans en 2019 accompagné de ses parents, se prévaut de ce qu'il y réside depuis cinq ans à la date de la décision attaquée et qu'il souffre d'une pathologie qui ne peut être traitée qu'en France. Cependant, alors qu'il n'est pas établi ainsi qu'il a été dit précédemment que M. A ne pourrait bénéficier des soins nécessaires en Albanie, le requérant est entré récemment en France et ses parents font également l'objet de refus de titre de séjour. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir que la préfète de l'Ain, en refusant de lui délivrer un titre de séjour, a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

9. En premier lieu, aux termes l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 (). ".

10. La décision en litige indique qu'en dépit de l'absence de comportement représentant une menace caractérisée pour l'ordre public, M. A a déjà fait l'objet d'une première mesure d'éloignement, qu'il n'entretient pas de liens stables en France où il séjourne irrégulièrement depuis cinq ans et qu'aucune circonstance humanitaire ne fait obstacle au prononcé d'une interdiction de retour d'une durée d'un an. La préfète de l'Ain s'est ainsi livrée à un examen de la situation de M. A au regard des quatre critères énumérés par les dispositions précitées de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, l'autorité administrative n'a pas entaché sa décision d'une insuffisance de motivation.

11. En deuxième lieu, tel que cela a été précédemment exposé M. A est entré en France en 2019, selon ses déclarations, il a fait l'objet d'une mesure d'éloignement prise à son encontre le 28 octobre 2019 qu'il n'a pas exécutée et ne justifie d'aucune intégration sur le territoire national. Dans ces conditions, en dépit de l'absence de comportement troublant l'ordre public, la préfète de l'Ain a pu, sans commettre d'erreur d'appréciation, prononcer à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.

12. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et celles tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète de l'Ain.

Délibéré après l'audience du 26 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Clément, président,

Mme Duca, première conseillère,

Mme Viallet, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 décembre 2024.

Le président,

M. Clément

L'assesseure la plus ancienne,

A. Duca

Le greffier,

J. Billot

La République mande et ordonne à la préfète de l'Ain en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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