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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2409571

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2409571

vendredi 27 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2409571
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationELOIGNEMENT
Avocat requérantPIGEON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 24 septembre 2024, M. B D, représenté par Me Pigeon, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 22 septembre 2024 par lequel le préfet du Puy-de-Dôme a prolongé l'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans dont il a fait l'objet le 26 octobre 2023 pour une durée supplémentaire de deux ans ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à verser à son conseil, Me Pigeon, en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que

- il n'est pas justifié de la compétence du signataire de la décision attaquée ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 612-10 et L. 612-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation à ce titre ;

- elle a un caractère disproportionné.

Le préfet du Puy-de-Dôme, représenté par Me Tomasi, a produit des pièces qui ont été enregistrées et communiquées le 25 septembre 2024.

Vu la décision attaquée et les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Jorda, conseillère, pour statuer sur les demandes présentées au titre des articles L. 921-1, L. 921-2, L. 921-3, L. 921-4, L. 922-1 et L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Jorda, conseillère ;

- les observations de Me Pigeon, représentant M. D, qui se désiste du moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte, soulève un nouveau moyen tiré du défaut d'examen réel et sérieux et conclut, pour le reste, aux mêmes fins par les mêmes moyens ;

- les observations de M. D, qui répond aux questions du magistrat désigné ;

- les observations de Me Augoyard substituant Me Tomasi, représentant le préfet du Puy-de-Dôme qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B D, ressortissant mauricien né le 31 mars 2004, déclare être entré en France en 2017. Par un arrêté du 22 septembre 2024, dont il demande l'annulation, le préfet du Puy-de-Dôme a prolongé l'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans dont il a fait l'objet le 26 octobre 2023 pour une durée supplémentaire de deux ans. Le même jour, il l'a par ailleurs placé au centre de rétention administrative de Lyon Saint-Exupéry.

Sur la demande d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 dispose que : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente () ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de l'intéressé, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur le surplus des conclusions :

3. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L.612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".

4. Il ressort des termes mêmes de ces dispositions que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. La décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère. Il incombe ainsi à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour d'indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger. Elle doit par ailleurs faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe et dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifie sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément

5. En premier lieu, il résulte des termes de l'arrêté attaqué que le préfet du Puy-de-Dôme a entendu fonder sa décision portant prolongation de l'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée supplémentaire de deux ans sur les dispositions du 1° de l'article L. 612-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par ailleurs, l'arrêté en litige mentionne les éléments relatifs à la situation personnelle du requérant, qui ont été pris en considération, notamment la date de son arrivée en France et l'absence de liens personnels et familiaux intenses, stables et anciens en France ainsi que la circonstance qu'il n'a pas exécuté une précédente mesure d'éloignement prise le 26 octobre 2023 par le préfet des Pyrénées-Atlantiques et l'ensemble des faits retenus pour qualifier son comportement de menace à l'ordre public. Dans ces conditions, l'arrêté en litige comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement au regard de l'ensemble des critères prévus par les dispositions précitées. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

6. En deuxième lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier ni des termes de l'arrêté attaqué que le préfet n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation du requérant. Par suite, le moyen doit être écarté.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 612-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut prolonger l'interdiction de retour pour une durée maximale de deux ans dans les cas suivants : / 1° L'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français alors qu'il était obligé de le quitter sans délai () / Compte tenu des prolongations éventuellement décidées, la durée totale de l'interdiction de retour ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, sauf menace grave pour l'ordre public ".

8. D'une part, M. D se prévaut de son arrivée en France avec ses grands-parents en 2017, de sa scolarisation sur le territoire et de la présence de Mme A C, ressortissante française, qu'il présente, à la fois, comme sa compagne porteuse d'un handicap nécessitant sa présence à ses côtés et la mère de son enfant à venir. Toutefois, en se bornant à produire des éléments relatifs à l'indemnisation perçue par Mme C en raison d'un déficit fonctionnel permanent qu'elle a subi, une lettre de cette dernière attestant seulement de l'hébergement du requérant à son domicile et des documents relatifs à sa grossesse, M. D, qui s'est déclaré, dans un premier temps, célibataire et hébergé à une adresse différente de celle de Mme C, ne démontre ni la réalité et l'intensité de ses liens privés et familiaux en France et en particulier de ceux qu'il entretiendrait avec Mme C, ni que sa présence aux côtés de cette dernière serait indispensable, ni qu'il serait le père de l'enfant à venir. D'autre part, la présence de M. D, qui s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement et qui ne démontre ni même n'allègue qu'il aurait mis en œuvre des moyens pour l'exécuter, constitue une menace à l'ordre public eu égard tant à la gravité des mises en cause dont il a fait l'objet qu'à leur caractère récent, dès lors qu'il a été condamné, le 31 août 2022, à une peine d'emprisonnement de dix mois avec sursis, pour des faits de participation à une association de malfaiteurs en vue de la préparation d'un délit puni de dix ans d'emprisonnement et port, sans motif légitime, d'arme blanche ou incapacitante de catégorie D, assortie d'une peine complémentaire d'interdiction de séjour dans le département des Bouches-du-Rhône d'une durée de trois ans et, le 28 septembre 2023, à une peine d'emprisonnement délictuel de trois mois, pour des faits de recel de bien provenant d'un vol avec destruction ou dégradation et escroquerie. Compte tenu de l'ensemble de ces éléments, le préfet pouvait, sans méconnaître les articles L. 612-10 et L. 612-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni commettre d'erreur d'appréciation, prononcer à son encontre une prolongation de deux ans de son interdiction de retour, dont la durée ne présente pas en l'espèce de caractère disproportionné.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. D doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : M. D est provisoirement admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. D est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B E D, à Me Pigeon et au préfet du Puy-de-Dôme.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 septembre 2024.

La magistrate désignée,

V. JORDALa greffière,

A.SENOUSSI

La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Une greffière

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