lundi 30 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2409676 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | ELOIGNEMENT |
| Avocat requérant | TOMASI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 26 septembre 2024, M. A B, représenté par Me Manzoni, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 25 septembre 2024 par lequel le préfet de la Haute-Savoie a prolongé d'une durée de deux années supplémentaires la mesure d'interdiction de retour sur le territoire français prononcée à son encontre le 23 octobre 2022 ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au bénéfice de son conseil en application de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. B soutient que :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée et n'a pas été précédée d'un examen suffisant de sa situation au regard des critères énoncés par l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- elle est disproportionnée.
Le préfet de la Haute-Savoie a produit des pièces, enregistrées le 27 septembre 2024, mais n'a pas produit de mémoire en défense.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme C pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique du 30 septembre 2024, ont été entendus :
- le rapport de Mme C,
- les observations de Me Manzoni, représentant M. B, assisté de Mme D, interprète en langue arabe, qui reprend les conclusions de la requête par les mêmes moyens, et ajoute que la décision en litige n'a pas été précédée d'un examen sérieux de sa situation personnelle et qu'il était simplement revenu en France pour assister au mariage d'un cousin et régler quelques affaires administratives, mais qu'il aspire à s'installer en Italie ;
- et les observations de Me Iririra Nganga, substituant Me Tomasi, représentant le préfet de la Haute-Savoie, qui conclut au rejet de la requête et soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant tunisien né le 4 novembre 1992, demande l'annulation de l'arrêté du 25 septembre 2024, par lequel le préfet de la Haute-Savoie a prolongé pour deux années supplémentaires la mesure d'interdiction de retour sur le territoire français prononcée à son encontre le 23 octobre 2022.
Sur l'aide juridictionnelle provisoire :
2. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique dispose : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Il y a lieu de prononcer, dans les circonstances de l'espèce et en application de ces dispositions, l'admission provisoire de M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les moyens communs aux différentes décisions :
3. L'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ". L'article L. 612-11 du même code dispose : " L'autorité administrative peut prolonger l'interdiction de retour pour une durée maximale de deux ans dans les cas suivants :/ 1° L'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français alors qu'il était obligé de le quitter sans délai ;/ 2° L'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français au-delà du délai de départ volontaire qui lui avait été accordé ;/ 3° L'étranger est revenu sur le territoire français après avoir déféré à l'obligation de quitter le territoire français, alors que l'interdiction de retour poursuivait ses effets./ Compte tenu des prolongations éventuellement décidées, la durée totale de l'interdiction de retour ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, sauf menace grave pour l'ordre public.".
4. En premier lieu, la décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère.
5. Il incombe ainsi à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour d'indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger. Elle doit par ailleurs faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe et dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifie sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.
6. La décision attaquée, qui vise les textes sur lesquels elle se fonde, rappelle que M. B a fait l'objet d'une mesure d'obligation de quitter le territoire français assortie d'une interdiction de retour sur le territoire d'une durée de deux ans le 23 octobre 2022, et que l'interdiction de retour sur le territoire peut être prolongée notamment si l'étranger est revenu sur le territoire français alors que l'interdiction de retour produisait ses effets, de sorte qu'une telle prolongation peut être décidée à l'égard de M. B. En outre, pour déterminer la durée de la prolongation de cette mesure d'interdiction de retour, l'arrêté attaqué indique que M. B a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement à laquelle il s'est soustrait, qu'il représente une menace à l'ordre public dès lors qu'il est défavorablement connu des services de sécurité pour des faits de vol, recel de vol, menaces de mort réitérées, et destruction de biens par un moyen dangereux pour les personnes, qu'il n'est présent sur le territoire français que depuis 2022 selon ses déclarations, et qu'il ne justifie pas d'attaches familiales ou personnelles en France alors qu'il a vécu jusqu'à l'âge de 30 ans dans son pays d'origine où résident son épouse et ses trois enfants. Par suite, la décision attaquée comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde et est ainsi suffisamment motivée.
7. En troisième lieu, au regard de ce qui vient d'être dit, alors que contrairement à ce que soutient le requérant, le préfet a bien examiné les quatre critères permettant de déterminer la durée de l'interdiction de retour, l'intéressé n'est pas fondé à soutenir que la décision en litige n'a pas été précédée d'un examen sérieux de sa situation personnelle.
8. En quatrième lieu, Si M. B soutient être parti s'installer en Italie, il ne conteste pas être revenu en France en juin et septembre 2024, où il a été interpellé, alors que la mesure d'interdiction de retour sur le territoire prise le 23 octobre 2022 poursuivait ses effets. Par suite, le préfet pouvait légalement prendre à son égard une mesure de prolongation de cette interdiction de retour sur le territoire.
9. En cinquième lieu, pour critiquer la durée de prolongation de la mesure d'interdiction de retour en litige, M. B fait valoir qu'il ne s'est jamais soustrait à une précédente mesure d'éloignement puisqu'il n'a fait l'objet que d'une seule obligation de quitter le territoire français, en date du 23 octobre 2022, qu'il a exécutée en partant s'installer en Italie. Néanmoins, par la seule production de deux documents émanant d'organismes italiens et pouvant attester de sa présence en Italie le 29 mai 2024, M. B n'établit ni avoir exécuté dès le mois d'octobre 2022 la mesure d'éloignement dont il faisait l'objet et qui n'était assortie d'aucun délai de départ volontaire, ni s'être installé durablement en Italie plutôt qu'en France. Par suite, il doit être regardé comme s'étant déjà soustrait à une précédente mesure d'éloignement. S'il fait également valoir qu'il a des projets d'insertion en Italie où il est hébergé par son oncle, les pièces qu'il produit sont insuffisantes à justifier du sérieux d'un tel projet, alors que son épouse et ses enfants résident en Tunisie, et qu'il a déclaré lors de son interpellation être revenu en France pour trouver du travail car il n'en avait pas trouvé en Italie. S'il soutient également que son comportement ne constitue pas une menace pour l'ordre public dès lors qu'il n'a jamais été poursuivi ni condamné en France, il ressort des pièces du dossier qu'il a été placé en garde à vue le 22 octobre 2022 pour des faits de vols à l'étalage commis en état d'ivresse et menaces de mort répétées, qu'il a été de nouveau placé en garde à vue en décembre 2022 pour des faits de dégradation de biens et d'intrusion non autorisée dans une habitation, puis qu'il a été une nouvelle fois placé en garde à vue le 25 septembre 2024 après que ses empreintes aient été retrouvées sur les lieux d'une habitation ayant fait l'objet d'un incendie volontaire. La circonstance qu'il n'ait finalement pas été poursuivi pénalement pour ces faits ne fait pas obstacle à ce que son comportement puisse être qualifié de menace pour l'ordre public. En tout état de cause, au regard de la faible ancienneté de son séjour en France, de l'absence de liens personnels ou familiaux sur le territoire, et de la circonstance qu'il s'est déjà soustrait à une précédente mesure d'éloignement déjà assortie d'une interdiction de retour d'une durée de deux ans, le préfet de la Haute-Savoie, en décidant de prolonger cette mesure d'interdiction de retour pour une nouvelle durée de deux ans, n'a entaché sa décision d'aucune erreur manifeste d'appréciation ni fixé une durée totale d'interdiction de retour disproportionnée au regard de la situation de M. B.
10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : La requête n° 2409676 de M. B est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Haute-Savoie.
Lu en audience publique le 30 septembre 2024.
La magistrate désignée,
C. CLe greffier,
T. Clément
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
N°2409676
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026