lundi 7 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2409733 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | ELOIGNEMENT |
| Avocat requérant | DEBBACHE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 27 septembre 2024, M. A B C demande au tribunal :
1°) d'annuler les décisions du 22 septembre 2024 par lesquelles la préfète du Rhône l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a pris à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;
2°) d'annuler la décision du 22 septembre 2024 par laquelle la préfète du Rhône l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours dans le département du Rhône.
Il soutient que les décisions attaquées sont illégales.
La requête a été communiquée à la préfète du Rhône qui n'a pas produit de mémoire en défense mais a produit des pièces enregistrées le 1er octobre 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Leravat en application des dispositions de l'article L. 922-2 du code de justice administrative pour exercer les pouvoirs qui lui sont conférés par les articles L. 921-1 à L. 922-3 et R. 921-1 à R. 922-28 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Au cours de l'audience publique, Mme Leravat, magistrate désignée, a présenté son rapport et entendu :
- les observations de Me Debbache, avocate commis d'office de M. B C, qui fait valoir que les décisions attaquées sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- les observations de M. B C, assisté de Mme D, interprète en langue arabe ;
- la préfète du Rhône n'étant ni présente, ni représentée.
Considérant ce qui suit :
1. M. B C, ressortissant tunisien née le 31 juillet 1970, déclare être entré en France il y a quatre ans. Par des décisions du 22 septembre 2024, la préfète du Rhône l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a pris à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an et l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours dans le département du Rhône. Par la présente requête, M. B C demande au tribunal l'annulation de ces décisions.
2. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () ". Aux termes de l'article L. 612-1 de ce code : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. " Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. " Aux termes de l'article L. 612-3 précité : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () / 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; / () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité ".
3. Pour édicter la décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai, la préfète du Rhône s'est fondée sur les dispositions précitées du 1° de l'article L. 611-1, de l'article L. 612-2 et de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il ressort des pièces du dossier et n'est, au demeurant, pas contesté par M. B C, que celui-ci est entré irrégulièrement sur le territoire français il y a quatre ans, selon ses déclarations et qu'il n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour auprès de l'autorité préfectorale depuis son entrée en France. Il ressort encore des pièces du dossier et des propos tenus lors de l'audience publique que M. B C n'a pas l'intention de se conformer à l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre par la préfète du Rhône. Enfin, les circonstances, à la supposer établie, du report de l'audience devant le Conseil de prud'hommes de Lyon du 10 septembre 2024 au 3 décembre 2024, afin que M. B C puisse régler un litige avec son employeur et qu'il souhaite, à l'issue de celle-ci, entamer des démarches en vue de régulariser sa situation administrative, ne sont pas de nature à les regarder comme des circonstances particulières au regard des dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, M. B C n'est pas fondé à soutenir que la préfète du Rhône aurait entaché la décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai d'une erreur manifeste d'appréciation.
4. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. " Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".
5. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, de rechercher si les motifs qu'invoque l'autorité compétente sont de nature à justifier légalement dans son principe et sa durée la décision d'interdiction de retour et si la décision ne porte pas au droit de l'étranger au respect de sa vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. En revanche, lorsqu'il est saisi d'un moyen le conduisant à apprécier les conséquences de la mesure d'interdiction de retour sur la situation personnelle de l'étranger et que sont invoquées des circonstances étrangères aux quatre critères posés par les dispositions précitées de l'article L. 612-10, il incombe seulement au juge de l'excès de pouvoir de s'assurer que l'autorité compétente n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation.
6. Pour prendre la mesure d'interdiction de retour sur le territoire français, la préfète du Rhône s'est fondée sur les dispositions précitées des articles L. 612-6 en relevant que l'intéressé, auquel aucun délai de départ volontaire n'a été accordé, ne justifie d'aucune circonstance humanitaire. Par ailleurs, pour fixer la durée de cette interdiction à un an sur le fondement des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la préfète du Rhône a relevé que M. B C déclare n'être entré en France que récemment, il y a quatre ans, sans toutefois le démontrer, que l'intéressé ne justifie pas avoir établi le centre de ses intérêts privés et familiaux sur le territoire national où il n'établit pas davantage être entré régulièrement et, enfin, que sa présence sur le territoire français représente une menace pour l'ordre public compte tenu de son comportement délictueux.
7. En l'espèce, tout d'abord, le requérant ne justifie pas de circonstances humanitaires de nature à faire obstacle au prononcé d'une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français sur le fondement des dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ensuite, il ressort des pièces du dossier que M. B C, qui déclare être présent en France depuis quatre ans à la date de la décision contestée, n'y justifie d'aucun lien privé et familial, alors qu'il fait valoir, à l'audience, que sa femme et ses enfants résident en Tunisie. En outre, si le requérant soutient que les faits de violences suivi d'une incapacité n'excédant pas huit jours sur une personne ayant exercé une activité privée de sécurité pour lesquels il a été interpelé le 21 septembre 2024 n'ont donné lieu qu'à une composition pénale le 23 septembre 2024, avec des mesures de suivi en addictologie en lien avec sa consommation d'alcool, d'interdiction de paraître au sein et aux abords du lieu dans lequel l'infraction a été commise, d'interdiction d'entrer en relation avec la victime de l'infraction et de réparation du préjudice subi par la victime, il ressort cependant des pièces du dossier que l'intéressé est, par ailleurs, défavorablement connu des services de police pour des faits d'usage illicite de stupéfiants le 3 avril 2024. Dans ces circonstances, ces éléments révèlent la persistance d'un comportement délictueux constitutif d'une menace pour l'ordre public. Par suite, et alors qu'elle s'est limitée à édicter une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an alors que la durée d'une telle interdiction pouvait être fixée à cinq ans, c'est sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions précitées de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que la préfète du Rhône a prononcé à l'encontre de M. B C la mesure d'interdiction de retour sur le territoire national en litige, laquelle ne présente pas, dans les circonstances de l'espèce, un caractère disproportionné.
8. Aux termes de l'article L. 730-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut, dans les conditions prévues au présent titre, assigner à résidence l'étranger faisant l'objet d'une décision d'éloignement sans délai de départ volontaire ou pour laquelle le délai de départ volontaire imparti a expiré et qui ne peut quitter immédiatement le territoire français. () ". Aux termes de l'article L. 731-1 de ce code : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ".
9. Pour assigner M. B C à résidence dans le département du Rhône, dont il a interdiction de sortir sans autorisation et où il est autorisé à circuler muni des documents justifiant de sa situation administrative, pour une durée de quarante-cinq jours, et l'obliger à se présenter auprès des services de la direction zonale de la police aux frontières de Lyon deux fois par semaine, les lundis et jeudis, y compris les jours chômés et fériés, entre 9 heures et 18 heures, afin de faire constater qu'il respecte la mesure d'assignation à résidence dont il fait l'objet et les démarches entreprises pour l'obtention d'un document de voyage permettant son éloignement, la préfète du Rhône s'est fondée sur les motifs tirés, d'une part, de ce que l'intéressé fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle un départ de départ volontaire n'a pas été accordé, d'autre part, de ce que son éloignement demeure une perspective raisonnable dès lors qu'il peut solliciter la délivrance d'un laissez-passer ou d'un passeport auprès des autorités consulaires afin de permettre son retour en Tunisie, et, enfin, de ce qu'une présentation aux fins de pointage auprès de ces services de police à raison de deux fois par semaine entre 9 heures et 18 heures dans l'attente de la délivrance d'un laissez-passer consulaire, seul document permettant son éloignement, est apparue nécessaire et proportionnée.
10. En l'espèce, si le requérant soutient qu'il est dans l'attente d'une audience devant le Conseil de prud'hommes de Lyon, celle-ci devant initialement se tenir le 10 septembre mais a été reportée au 3 décembre 2024 et qu'il souhaite déposer une demande de titre de séjour afin de régulariser sa situation administrative, aucun de ces éléments n'est de nature à établir que l'autorité préfectorale aurait fait une inexacte application des dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni qu'elle aurait porté une atteinte disproportionnée à ses droits et libertés en l'assignant à résidence et en assortissant notamment cette mesure d'une obligation de présentation auprès des services de la direction zonale de la police aux frontières de Lyon à raison de deux fois par semaine. À cet égard, alors qu'une assignation à résidence ordonnée pour assurer l'exécution d'office d'une mesure d'éloignement, présente, par nature, un caractère contraignant affectant significativement la vie quotidienne de la personne intéressée, M. B C ne fait état d'aucune circonstance de nature à faire obstacle à ce qu'il puisse se présenter deux fois par semaine auprès de ces services entre 9 heures et 18 heures. Par suite, c'est sans entacher sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation que la préfète du Rhône a prononcé, dans son principe et ses modalités, l'assignation à résidence du requérant pour une durée de quarante-cinq jours, laquelle ne présente pas, s'agissant de ses modalités, un caractère disproportionné.
11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B C doit être rejetée en toutes ses conclusions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B C et à la préfète du Rhône.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 octobre 2024.
La magistrate désignée,
C. LERAVAT
La greffière,
A. SENOUSSI
La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026