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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2409736

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2409736

mercredi 2 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2409736
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationELOIGNEMENT
Avocat requérantGILLIOEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 28 septembre 2024 et 1er octobre 2024, M. A E, représenté par Me Gillioen, demande au Tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler les décisions du 26 septembre 2024 par lesquelles la préfète du Rhône l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, en fixant le pays de destination, et l'a interdit de circuler en France pendant un an ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, à verser à son conseil sous réserve qu'il renonce à la part contributive de l'Etat en application de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- les décisions sont entachées d'incompétence, insuffisamment motivées et illégales en l'absence d'examen particulier de sa situation ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire est entachée d'erreur d'appréciation concernant la menace à l'ordre public que représenterait son comportement, méconnait l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ensemble l'article 7 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- la décision lui refusant un délai de départ volontaire méconnait l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision lui interdisant la circulation en France porte une atteinte disproportionnée à ses droits de citoyen européen et méconnait l'article 45 de la Charte des droits fondamentaux précitée.

La présidente du tribunal a désigné M. Reymond-Kellal, premier conseiller, pour statuer sur les requêtes relatives à des mesures d'éloignement adoptées à l'encontre de ressortissants étrangers faisant l'objet d'un placement en rétention et aux décisions accompagnant ces mesures.

Vu :

- la prestation de serment de Mme C, interprète en langue hongroise,

- les décisions attaquées et les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir, au cours de l'audience publique, présenté son rapport et entendu :

- les observations de Me Stadler substituant Me Gillioen, pour le requérant, qui conclut aux mêmes fins que la requête en soutenant les mêmes moyens ;

- les déclarations de M. E, assisté de Mme C, qui précise notamment que ses rendez-vous médicaux s'inscrivent dans le cadre d'un suivi ;

- et les observations de M. B pour la préfète du Rhône, qui conclut au rejet de la requête en soutenant que les moyens ne sont pas fondés, subsidiairement que la mesure d'éloignement peut trouver sa base légale dans le 1° de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Considérant ce qui suit :

1. M. E, ressortissant hongrois né en 1977, déclare être entré en France en 2018. Par décisions du 26 septembre 2024 dont il demande l'annulation alors qu'il est placé en rétention, la préfète du Rhône l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, en fixant le pays de destination, et l'a interdit de circuler en France pendant un an.

Sur l'aide juridictionnelle :

2. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 921-2 par renvoi de l'article L. 251-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre M. E au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire sur le fondement des dispositions de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.

Sur le surplus des conclusions :

En ce qui concerne les moyens communs :

3. En premier lieu, par arrêté du 15 mai 2024 régulièrement publié au recueil spécial des actes administratifs, la préfète du Rhône a donné délégation à Mme D, cheffe du bureau de l'éloignement, pour signer tous les actes établis par le bureau, au nombre desquelles figure la police des étrangers, en cas d'absence ou d'empêchement d'autres autorités dont il n'est ni établi, ni même allégué, qu'elles ne le furent pas.

4. En deuxième lieu, la motivation prévue par l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile impose à l'autorité administrative de justifier la mesure qu'elle prend par des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement ayant pour finalité de mettre l'intéressé à même d'en comprendre le sens et d'en contester utilement le bien fondé. Les décisions attaquées indiquent les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Celles-ci permettent d'en comprendre le sens et d'en contester utilement le bien fondé. Elles sont ainsi suffisamment motivées alors même qu'elles ne comportent pas de développement particulier sur l'état de santé du requérant qui s'est borné à indiquer qu'il avait fait l'objet d'une " opération du foie " sans aucune précision sur la date et la nature de celle-ci.

5. En dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'autorité préfectorale s'est abstenue de procéder à un examen particulier de la situation personnelle du requérant, en particulier son état de santé, au regard des éléments portés à sa connaissance.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

6. Aux termes de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : () / 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société ; / () ".

7. Il ressort des pièces du dossier que M. E a fait l'objet de deux signalements au fichier des empreintes digitales pour des faits de violence avec usage ou menace d'une arme sans incapacité, dont un en dernier lieu le 26 septembre 2024. Selon les procès-verbaux produits qui ne sont pas sérieusement contestés, et qui relatent des évènements filmés dans une station-service, M. E, en état d'ivresse, a menacé un père et son fils avec une arme de poing de type gomme cogne ainsi qu'un couteau en sa possession. L'intéressé, sans activité professionnelle et qui ne maitrise pas la langue française, indique lors de son audition qu'il se rend dans un coin de cette station pour " boire tous les jours () toute la journée () du matin jusqu'au soir () 20 bières, d'autres jours 30 bières ". Il s'avère également, selon un compte rendu établi par le service d'accueil des urgences Croix Rousses le 6 septembre 2024, que l'intéressé consomme de la cocaïne et que sa compagne a déclaré qu'il pouvait " être très violent lors d'alcoolisation aigue " et qu'elle " ne l'héberge plus pour le moment ". Dans ces circonstances, et quand bien même le requérant n'a jamais fait l'objet d'une condamnation pénale, la préfète du Rhône a pu légalement estimer que le comportement de M. E est de nature à constituer une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société française eu égard à sa situation individuelle appréciée notamment compte tenu de la durée de son séjour en France, de sa situation familiale et économique et de son intégration.

8. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, repris par l'article 7 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire () à la sûreté publique, () à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales () ".

9. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la mesure d'éloignement prononcée à l'encontre de M. E, dont le comportement constitue une menace à l'ordre public et qui n'établit ni être dépourvu d'attaches en Hongrie où il a vécu l'essentiel de son existence ni ne pouvoir y bénéficier du suivi nécessité par son état de santé, porte une atteinte disproportionnée à son droit de mener une vie privée et familiale normale, eu égard aux buts poursuivis par une telle mesure. Il n'apparait pas non plus, en l'absence d'argumentation spécifique, que cette mesure implique manifestement des conséquences disproportionnées sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne le délai de départ volontaire :

10. En vertu de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les étrangers ressortissants de l'Union européenne disposent d'un délai de départ volontaire d'un mois sauf en cas d'urgence.

11. Il ressort des pièces du dossier que M. E, sans activité professionnelle compte tenu de son état, est dépourvu de logement propre. Son comportement, qui se caractérise par une alcoolisation journalière conséquente selon ses propres déclarations et la possession d'une arme de poing fût être légalement acquise, est de nature à constituer une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société française ainsi qu'il a été indiqué précédemment. La préfète du Rhône a pu légalement estimer, dans ces circonstances, qu'il relève d'une situation d'urgence justifiant qu'aucun délai de départ volontaire lui soit accordé.

En ce qui concerne l'interdiction de circulation :

12. Aux termes de l'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut, par décision motivée, assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français édictée sur le fondement des 2° ou 3° de l'article L. 251-1 d'une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée maximale de trois ans.".

13. Il ressort des pièces du dossier que le comportement de M. E constitue une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société française ainsi qu'il a été indiqué précédemment. Il n'établit pas être dépourvu d'attaches en Hongrie et ne fait preuve d'aucune réelle insertion dans la société française, malgré le temps allégué de sa résidence en France. Dès lors, la préfète du Rhône n'a pas commis d'erreur d'appréciation en édictant une interdiction de circulation en France et en fixant la durée de celle-ci à un an. La liberté d'établissement et de circulation des citoyens de l'Union européenne n'étant pas absolue mais encadrée par la Loi conformément aux règles européennes, la circonstance que cette décision y porte atteinte n'est pas de nature à l'entacher d'illégalité.

14. Il résulte de tout ce qui précède que M. E n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions du 26 septembre 2024. Ses conclusions en ce sens, ainsi que celles accessoires, doivent, par conséquent, être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. E est provisoirement admis à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A E et à la préfète du Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 octobre 2024.

Le magistrat désigné,

R. Reymond-Kellal

La greffière,

A. Senoussi

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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