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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2409777

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2409777

mardi 10 juin 2025

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2409777
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation6ème chambre
Avocat requérantGIRARD NKOUIKANI BASTIEN

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lyon a rejeté la requête de M. A D, ressortissant algérien, qui contestait les décisions du 29 août 2024 par lesquelles la préfète du Rhône lui avait fait obligation de quitter le territoire français, fixé le pays de destination et prononcé une interdiction de retour de six mois. Le tribunal a écarté l'ensemble des moyens soulevés, notamment ceux tirés de l'incompétence de l'auteur de l'acte, de l'insuffisance de motivation et du défaut d'examen de la situation personnelle. Il a également jugé que la décision d'éloignement ne méconnaissait ni le droit d'être entendu, ni les stipulations de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme, ni les dispositions de l'accord franco-algérien et du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En conséquence, la requête a été rejetée dans son ensemble.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires enregistrés respectivement le 27 septembre 2024, le 12 octobre 2024 et le 13 mars 2025, M. A D, représenté par Me Girard Nkouikani, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 29 août 2024 par lesquelles la préfète du Rhône lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de six mois ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône de lui délivrer une carte de séjour temporaire valable un an, portant la mention " vie privée et familiale " et une autorisation provisoire de séjour avec autorisation au travail, ou à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation, dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros T.T.C. au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, avec distraction au profit de son conseil.

Il soutient que :

- les décisions ont été signées par une autorité incompétente ;

- elles sont insuffisamment motivées ;

- elles sont entachées d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français a été prise en violation du droit d'être entendu ;

- elle méconnaît le 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'il peut prétendre à la délivrance de plein droit d'un titre de séjour sur le fondement des stipulations des 2) et 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien et des dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle ;

- les décisions fixant le délai de départ volontaire, désignant le pays de destination et portant interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de six mois sont illégales en ce qu'elles sont prises pour l'exécution d'une mesure d'éloignement elle-même illégale ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de six mois est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation et est disproportionnée.

Par des mémoires en défense enregistrés le 24 janvier 2025 et le 19 mars 2025, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentale

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, ont été entendus :

- le rapport de M. Segado, président rapporteur,

- les obseravtions de Me Girard Nkouikani, pour M. D.

Considérant ce qui suit :

1. M. A D, ressortissant algérien né le 25 mars 1987, déclare être entré régulièrement en France en 2019 sous couvert d'un passeport revêtu d'un visa de court séjour Schengen délivré par les autorités espagnoles. M. D a été placé en retenue administrative pour vérification de son droit de séjour ou de circulation en France le 28 août 2024. Par des décisions du 29 août 2024, dont le requérant demande au tribunal l'annulation, la préfète du Rhône l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de six mois.

En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :

2. En premier lieu, les décisions attaquées sont signées par Mme C B, adjointe à la cheffe du bureau de l'éloignement à la préfecture du Rhône, qui disposait d'une délégation de signature à cet effet par un arrêté de la préfète du Rhône du 15 mai 2024 régulièrement publié le lendemain au recueil des actes administratifs, librement accessible tant au juge qu'aux parties. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire des décisions en litige doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté en litige comporte, dans toutes ses décisions, les motifs de droit et de fait qui en constituent leur fondement. Par suite, et alors que la préfète n'était pas tenue de mentionner l'ensemble des éléments particuliers de la situation du requérant, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

4. En dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier ni des termes des décisions attaquées que la préfète du Rhône n'aurait pas procédé à l'examen particulier de la situation personnelle du requérant. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

5. En premier lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / 2. Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; () ". Aux termes de l'article 51 de la même charte : " 1. Les dispositions de la présente Charte s'adressent aux institutions et organes de l'Union dans le respect du principe de subsidiarité, ainsi qu'aux États membres uniquement lorsqu'ils mettent en œuvre le droit de l'Union. () ".

6. M. D soutient qu'il n'a pas été mis en mesure de justifier de son entrée régulière sur le territoire ni pu faire part des éléments relatifs à sa situation personnelle qu'il jugeait pertinents. Toutefois, il ressort des pièces produites en défense que M. D a été auditionné le 28 août 2024 par les services de police préalablement à la mesure d'éloignement. Il pouvait présenter dans ce cadre tous les éléments relatifs à sa situation personnelle qu'il estimait utile de porter à la connaissance de l'autorité préfectorale et notamment ceux de nature à justifier la délivrance d'un titre de séjour selon lui. Il a, en outre, été informé à l'issue de cette audition de la circonstance que la préfète du Rhône était susceptible de prononcer une mesure d'éloignement à son encontre en étant mis en mesure de présenter des observations écrites, ce qu'il a fait en indiquant qu'il voulait rester en France en raison de la présence de sa femme et de son fils. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'obligation de quitter le territoire a été prise en méconnaissance de son droit à être entendu, qui constitue un principe général du droit de l'Union européenne rappelé par l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux.

7. En deuxième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () ".

8. Si M. D soutient qu'il est entré régulièrement en France sous couvert d'un visa court séjour délivré par les autorités espagnoles, les éléments qu'il produit ne permettent pas d'établir la régularité de son entrée sur le territoire. De même, il ressort des pièces du dossier qu'il a été interpellé par les services de police à la suite d'une opération de contrôle destinée à rechercher les auteurs d'infractions de travail dissimulé et d'emploi de travailleurs étrangers démunis de titre de travail tel que prévu par les articles L. 8821-1 et L. 8251-1 du code du travail, et que depuis son entrée, selon ses dires en 2019, et jusqu'à son interpellation, il ne démontre pas avoir effectué des démarches auprès de l'administration afin de régulariser sa situation. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

9. En troisième lieu, lorsque la loi prescrit que l'intéressé doit se voir attribuer de plein droit un titre de séjour, cette circonstance fait obstacle à ce qu'il puisse légalement faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français.

10. Tout d'abord, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention "vie privée et familiale" est délivré de plein droit : / () 2) au ressortissant algérien, marié avec un ressortissant de nationalité française, à condition que son entrée sur le territoire français ait été régulière, que le conjoint ait conservé la nationalité française et, lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, qu'il ait été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français () ".

11. Si M. D allègue être marié depuis quatorze années à une ressortissante algérienne qui est en droit de revendiquer la nationalité française, toutefois, comme il a été dit précédemment, il ne ressort pas des pièces produites par le requérant qu'il est entré régulièrement sur le territoire français. Par suite, M. D n'est pas fondé à soutenir, pour contester la mesure d'éloignement attaquée, qu'il remplissait les conditions pour bénéficier d'un certificat de résidence de plein droit en application des stipulations précitées du 2) de l'article 6 de l'accord franco-algérien.

12. Ensuite, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 visé ci-dessus : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () / 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ; / () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). ".

13. M. D soutient qu'il réside en France depuis son entrée en 2019 aux côtés de son épouse, qui est également en situation irrégulière et de leur fils mineur. Il fait valoir que les problèmes de santé de son épouse nécessitent des soins en France et que celle-ci serait en droit de revendiquer la nationalité française par sa filiation avec sa mère qui est elle-même en droit de revendiquer la nationalité française en application de l'article 18 du code civil, ces dernières n'ayant pas encore engagée des démarches à cette fin. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier, notamment des pièces médicales produites, que la présence en France du requérant aux cotés de sa femme s'avérait indispensable en raison de l'état de santé de cette dernière. Par ailleurs, M. D n'est pas dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où résident sa mère, quatre sœurs et six de ses frères et où il a vécu la majeure partie de son existence, comme son épouse et leur enfant, qui possèdent tous deux également la nationalité algérienne. Enfin, si l'intéressé produit des bulletins de salaire et divers documents, ceux-ci ne suffisent pas à justifier une insertion professionnelle et sociale significative de l'intéressé en France. Par suite, eu égard aux conditions et à la durée de séjour du requérant en France, M. D n'est pas fondé en l'espèce à soutenir que la décision en litige aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise. Dès lors les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur de droit du fait qu'il remplissait les conditions pour bénéficier d'un certificat de résidence de plein en application des stipulations de l'article 6) 5° de l'accord franco-algérien, doivent être écartés.

14. Enfin, d'une part, la délivrance des titres de séjour temporaire aux ressortissants algériens est régie de manière exclusive par l'accord franco algérien du 27 décembre 1968. Par suite, le requérant ne peut utilement soutenir, pour contester l'obligation de quitter le territoire français, de ce qu'il remplirait les conditions prévues à l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. D'autre part, si le requérant doit être regardé comme ayant entendu invoquer en l'espèce le pouvoir de régularisation de la préfète du Rhône, toutefois ce pouvoir de régularisation ne prescrit pas la délivrance d'un titre de plein droit mais laisse à l'administration un large pouvoir pour apprécier si la situation du requérant justifie une telle mesure, notamment si son admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou si elle se justifie au regard des motifs exceptionnels dont l'intéressé se prévaut.

15. En dernier lieu, la décision litigieuse n'est pas davantage entachée d'erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de M. D.

En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire :

16. Compte tenu de ce qui a été dit ci-dessus, en l'absence d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de ce que la décision fixant le délai de départ volontaire est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire doit être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

17. M. D n'ayant pas démontré l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français prise à son encontre, le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de destination est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire doit est écarté.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour :

18. En premier lieu, en l'absence d'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire et fixant le délai de départ volontaire, le moyen tiré de cette illégalité et soulevé, par voie d'exception, à l'encontre de la décision portant interdiction de retour doit être écarté.

19. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de quitter le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français / Il en est de même pour l'édiction de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () ".

20. Il ne ressort pas des pièces du dossier que, compte tenu des liens familiaux qu'il possède en France exposés précédemment particulièrement au point 10, et de ce que le requérant se maintient en situation irrégulière sur le territoire français depuis son arrivée et sans avoir sollicité la régularisation de sa situation, et alors même que l'intéressé ne représente aucune menace pour l'ordre public et qu'il n'a pas l'objet d'une précédente mesure d'éloignement, la préfète du Rhône a pu, sans entacher sa décision d'une erreur de droit, prononcer une interdiction de retour pour une durée de six mois à son encontre, ni commettre d'erreur d'appréciation quant au principe et à la durée de cette mesure.

21. Il résulte de ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions attaquées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

22. Le présent jugement, qui rejette les conclusions en annulation de la requête, n'implique aucune mesure particulière d'exécution. Les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte doivent par conséquent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

23. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il en soit fait application à l'encontre de l'Etat, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E:

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A D et à la préfète du Rhône.

Délibéré après l'audience du 27 mai 2025, à laquelle siégeaient :

M. Segado, président,

Mme Bardad, première conseillère,

Mme Boulay, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 10 juin 2025.

Le président-rapporteur,

J. Segado

L'assesseure la plus ancienne,

N. BardadLa greffière,

F. Abdillah

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Une greffière,

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