Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2409827

lundi 7 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2409827
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantWECKERLIN

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lyon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la décision du 30 août 2024 par laquelle la préfète de l’Ain avait suspendu le permis de conduire de Mme C pour cinq mois à la suite d’un excès de vitesse de 40 km/h. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, la requérante n’établissant pas que l’usage de son véhicule était indispensable à son activité professionnelle d’interprète-traductrice, eu égard à sa situation géographique et à la gravité de l’infraction. La décision a été prise sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, et l’ordonnance a été rendue sans examen des moyens de légalité.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 1er octobre 2024, Mme B C, représenté par Me Weckerlin, demande au juge des référés de prononcer, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 30 août 2024 par laquelle la préfète de l'Ain a suspendu la validité de son permis de conduire pour une durée de cinq mois.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est remplie, dès lors qu'en sa qualité d'experte près la cour d'appel de Lyon, elle est amenée à se déplacer sur le territoire des communes relevant du ressort de la juridiction, et que l'usage de son véhicule personnel lui est ainsi indispensable ; elle ne peut utiliser les transports en commun car son activité impose une flexibilité dans ses horaires, y compris le cas échéant la nuit ; son activité ainsi que la mission de service public qui lui est confiée sont ainsi mises en péril ; elle n'a aucun antécédent judiciaire en la matière et dispose encore de dix points sur son permis de conduire ; l'excès de vitesse qu'elle a commis s'explique en partie par le fait que la limitation de la vitesse sur la voie rapide qu'elle a empruntée est récemment passée de 110 à 90 km/h ;

- sont propres à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée les moyens tirés du caractère disproportionné de la mesure en litige, et de l'incompétence de l'auteur de l'acte.

Vu les autres pièces du dossier et la requête n° 2409825 par laquelle Mme C demande l'annulation de la décision en litige.

Vu le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. A pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ". L'article L. 522-3 du même code dispose : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1. "

2. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce.

3. Pour soutenir qu'il y a urgence à prononcer la suspension de la décision du 30 août 2024 par laquelle la préfète de l'Ain a suspendu la validité de son permis de conduire pour une durée de cinq mois, suite à un dépassement de 40 km/h de la vitesse limite autorisée, Mme C fait valoir que, faute de pouvoir se déplacer en voiture, elle ne peut plus poursuivre son activité professionnelle d'interprète-traducteur en langue albanaise auprès du tribunal judiciaire de Lyon, pour les affaires relevant du contentieux de l'entrée et du droit au séjour des étrangers. Toutefois, il résulte de l'instruction que l'intéressée habite à Meyzieu, en zone urbaine, à proximité d'ailleurs de la gare et des transports en commun, et les éléments très peu précis qu'elle produit ne permettent pas d'établir qu'elle devrait nécessairement faire usage de la voiture pour son activité professionnelle, qui lui procure au demeurant des revenus très modestes, selon les documents qu'elle produit. Au demeurant, si la mesure en litige peut occasionner une gêne à la requérante, elle se fonde sur une grave infraction aux règles de la sécurité routière, Mme C ayant roulé à 130 km/h sur une voie limitée à 90 km/h. Dans ces circonstances, et eu égard aux exigences qui s'attachent à l'intérêt public de la sécurité routière, la requérante n'établit pas ainsi une situation d'urgence au sens de l'article L. 521-1 du code de justice administrative justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la mesure de suspension de son permis de conduire qui a été prise à son encontre suite à cette infraction soit suspendue.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner s'il est fait état d'un moyen propre à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision, que la requête de Mme C doit être rejetée par application de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B C.

Copie en sera adressée à la préfète de l'Ain.

Fait à Lyon, le 7 octobre 2024.

Le juge des référés,

T. A

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,