mardi 8 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2409872 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | ELOIGNEMENT |
| Avocat requérant | MAILLY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 1er octobre 2024, Mme A D, doit être regardée comme demandant au tribunal d'annuler la décision du 20 septembre 2024 par laquelle le préfet de la Loire a fixé le pays à destination duquel elle sera éloignée en exécution de l'interdiction judiciaire du territoire français de dix ans, prononcée à son encontre par le tribunal correctionnel de Nantes le 19 septembre 2022, confirmé par la cour d'appel de Rennes le 8 décembre 2023.
Elle soutient que la décision attaquée porte atteinte à son droit à mener une vie privée et familiale normale dès lors qu'elle vit à Lyon et que ses enfants et petits-enfants vivent à Lyon et qu'elle ne veut pas en être séparée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 4 octobre 2024, le préfet de la Loire conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
La présidente du tribunal a désigné Mme Journoud, conseillère, pour statuer sur les requêtes relatives à des mesures d'éloignement adoptées à l'encontre de ressortissants étrangers faisant l'objet d'une détention et aux décisions accompagnant ces mesures.
Vu :
- la désignation d'office de Me Massol,
- la décision attaquée et les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir, au cours de l'audience publique, présenté son rapport et entendu :
- les observations de Me Massol pour la requérante qui conclut aux mêmes fins que la requête et soulève le moyen tiré de ce que la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente pour ce faire, le moyen tiré du vice de procédure en l'absence de procédure contradictoire préalable à l'édiction de la mesure méconnaissance ainsi le droit d'être entendu, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales déjà invoqué et celui tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la même convention.
- les observations de Mme D qui répond aux questions de la magistrate désignée en français, langue qu'elle comprend, et qui indique qu'elle a quitté le Suriname il y a longtemps pour venir en Guyane et qu'elle n'y est retourné qu'une fois en 2018 pour les obsèques de son oncle. Elle précise que tous ses enfants, dont l'une est handicapée, sont en France, ainsi que ses petits-enfants et qu'elle veut rester en France avec eux. Elle évoque des craintes en cas de retour au Suriname ;
- les observations de M. E, représentant le préfet de la Loire, qui indique que le signataire de la décision attaquée est M. C, directeur de cabinet, qui dispose d'une délégation de signature régulièrement publiée au recueil des actes administratifs accessible à tous, que Mme D a bien été invitée à faire valoir ses observations par courrier du 6 septembre 2024 qu'il a communiqué à l'avocate de la requérante avant l'audience et qu'il présente à la magistrate désignée à l'audience. Il précise que Mme D a d'ailleurs formulé des observations le 17 septembre 2024 et que partant, le moyen tiré du vice de procédure n'est pas fondé. Enfin, il indique que s'agissant de la légalité interne de la décision attaquée qu'il s'en rapporte à ses écritures et s'en remet à la sagesse du tribunal.
La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D est née le 19 août 1969 à Paramirabo (Suriname) elle est de nationalité surinamaise. Par un jugement du tribunal correctionnel de Nantes du 19 septembre 2022, confirmée pour la cour d'appel de Rennes le 8 décembre 2023, Mme D a été condamnée pour la dernière fois à une peine de 5 ans d'emprisonnement pour des faits " d'acquisition non autorisée, offre ou cession non autorisée, transport, importation non autorisée et trafic de stupéfiants en récidive, et participation à une association de malfaiteurs en vue de la préparation d'un délit puni de 10 ans d'emprisonnement ", ainsi qu'à une peine complémentaire d'interdiction du territoire français d'une durée de 10 ans. Mme D avait d'ores et déjà été condamnée le 23 avril 2008 par le tribunal correctionnel de Cayenne à une peine d'emprisonnement délictuel de quatre ans, dont deux avec sursis pour trafic de stupéfiants et délit douanier et le 8 décembre 2015 par le tribunal correctionnel de Bobigny à une peine d'emprisonnement délictuel de quatre ans, outre une amende douanière de 60 090 euros, pour importation et trafic de stupéfiants et délits douaniers. Par une décision du 20 septembre 2024, le préfet de la Loire a fixé le pays à destination duquel elle sera éloignée en exécution de l'interdiction judiciaire du territoire français de dix ans, prononcée à son encontre le 19 septembre 2022. Mme D doit être regardée comme demandant l'annulation de cette décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, la décision litigieuse a été signée par M. B C, directeur de cabinet de la préfecture de la Loire, qui a reçu délégation en matière de police des étrangers en cas d'absence de M. Schuffenecker, secrétaire général de la préfecture, par un arrêté du préfet de la Loire du 9 septembre 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Loire le 10 septembre suivant et librement accessible, tant au juge qu'aux parties. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union " ; aux termes du paragraphe 2 de ce même article : " Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; () ". Aux termes du paragraphe 1 de l'article 51 de la charte : " Les dispositions de la présente Charte s'adressent aux institutions, organes et organismes de l'Union dans le respect du principe de subsidiarité, ainsi qu'aux Etats membres uniquement lorsqu'ils mettent en œuvre le droit de l'Union. () ". Le droit d'être entendu implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne.
4. Il ressort des pièces du dossier, et principalement du courrier d'observations du 6 septembre 2024 adressé à Mme D le 11 septembre suivant, et produit par le représentant du préfet de la Loire à l'audience, que la requérante a été informée que le préfet de la Loire envisageait de prendre une décision fixant le pays de renvoi à son encontre, en exécution de la peine complémentaire d'interdiction du territoire français pour une durée de dix ans à laquelle elle a été condamnée et qu'elle a été mise en mesure de faire valoir, de manière utile et effective, ses observations concernant cette décision. Il ressort également des pièces du dossier que Mme D a formulé ses observations par retour écrit du 17 septembre 2024. Dans ces conditions, Mme D n'est pas fondée à soutenir que son droit d'être entendue a été méconnu et que la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. (). ".
6. En l'espèce, à supposer même le moyen opérant à l'encontre de la décision attaquée, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'arrêté en litige emporte des conséquences disproportionnées sur le droit de Mme D à mener une vie privée et familiale normale, ou manifestement excessives sur l'ensemble de sa situation dès lors que, célibataire et sans charge de famille puisque l'ensemble de ces neuf enfants sont désormais majeurs, elle n'établit pas malgré sa durée de présence sur le territoire français, pour partie en situation régulière, qu'elle a véritablement installé le centre de ses intérêts personnels et familiaux sur le territoire français, ni avoir développée une intégration socio-professionnelle viable dans la mesure où la présence de ses enfants n'a pas été un obstacle à son parcours délictuel, ni à sa réitération et ayant conduit à sa condamnation à trois reprises à des peines d'emprisonnement fermes. Par ailleurs, Mme D ne démontre pas être dépourvu de toutes attaches sociales et familiales au Suriname où elle indique être retournée en 2018 pour les obsèques de son oncle. Par suite, Mme D n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté contesté aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit à mener une vie privée et familiale normale au regard des buts qu'il poursuit. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit, dès lors, être écarté.
7. En dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
8. Il appartient à l'étranger qui conteste son éloignement de démontrer qu'il y a des raisons sérieuses de penser que, si la mesure incriminée était mise à exécution, il serait exposé à un risque actuel et réel de se voir infliger des traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
9. Pour prendre l'arrêté en litige, le préfet de la Loire a indiqué que si dans ses observations recueillies au préalable au centre de détention de Roanne le 17 septembre 2024, Mme D a fait valoir la présence de ses enfants, dont une fille handicapée à Lyon et son souhait de rester en France, elle n'a pas invoqué de craintes pour sa sécurité en cas de retour au Suriname, et ne justifie d'aucun risque réel, personnel et sérieux d'être exposée à des peines et traitement proscrits par l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine.
10. À l'audience Mme D soutient qu'elle a des craintes pour sa sécurité en cas de retour au Suriname, sans plus de précisions. Dans ces conditions et en l'absence de pièces au dossier, les allégations de la requérante qui se borne à indiquer à l'audience qu'elle ne veut pas retourner au Suriname, qu'elle souhaite rester en France avec ses enfants et qui évoque sa peur de retourner au Suriname, sont dépourvues de toute précision et de tout élément de preuve circonstancié et personnel. Par suite, Mme D n'établit pas que sa vie ou sa liberté serait menacée en cas de retour dans son pays d'origine ou qu'elle serait exposée à des peines ou traitements contraires à l'articles 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
11. Il résulte de ce qui précède que Mme D n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 20 septembre 2024 par laquelle le préfet de la Loire a fixé le pays de destination en exécution de l'interdiction du territoire français d'une durée de dix ans, prononcée à son encontre par le tribunal correctionnel de Nantes le 19 septembre 2022 et confirmée par la cour d'appel de Rennes le 8 décembre 2023.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A D et au préfet de la Loire.
Copie en sera adressée à Me Massol.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 octobre 2024.
La magistrate désignée,
L. Journoud
La greffière,
L. Bon-Mardion
La République mande et ordonne au préfet de la Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaire de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Une greffière.
N°240987
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026