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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2409914

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2409914

lundi 14 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2409914
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationELOIGNEMENT
Avocat requérantSCP COUDERC ZOUINE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 3 octobre 2024, M. C A, représenté par Me Zouine, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 18 septembre 2024 par lequel la préfète du Rhône l'a assigné à résidence dans le département du Rhône pour une durée de 45 jours renouvelable deux fois ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros H.T. à verser à son conseil en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'un vice de procédure tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu avant toute décision défavorable ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il n'existe pas de perspective raisonnable d'éloignement compte tenu de son état de santé.

La requête a été communiquée, le 3 octobre 2024, à la préfète du Rhône qui n'a pas produit d'observations en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Bardad en application de l'article R. 776-15 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bardad, première conseillère ;

- les observations de Me Lefevre, substituant Me Zouine, avocat de M. A, qui reprend les conclusions et moyens de la requête et précise que la décision attaquée a un impact sur la santé du requérant, qu'elle présente un caractère disproportionné et qu'il n'existe pas de perspective raisonnable d'éloignement compte tenu de l'aggravation de son état de santé.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A, ressortissant algérien né le 17 septembre 1983, demande l'annulation de l'arrêté du 18 septembre 2024 par lequel la préfète du Rhône l'a assigné à résidence dans le département du Rhône pour une durée de 45 jours renouvelable deux fois.

Sur les conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

3. En premier lieu, la décision attaquée a été signée par Mme D B, chargée de mission au bureau de l'éloignement de la préfecture du Rhône, qui bénéficiait d'une délégation de signature consentie à cet effet par un arrêté de la préfète du Rhône du 30 janvier 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture du 31 janvier 2024. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision en litige doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; () ".

5. Le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il n'implique toutefois pas systématiquement l'obligation pour l'administration d'organiser, de sa propre initiative, un entretien avec l'intéressé, ni même d'inviter ce dernier à produire ses observations, mais suppose seulement que, informé de ce qu'une décision lui faisant grief est susceptible d'être prise à son encontre, l'étranger soit en mesure de présenter spontanément des observations écrites ou de demander un entretien pour faire valoir ses observations orales.

6. Il est constant que M. A a fait l'objet d'une décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour et obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, notifiée le 10 juillet 2024. Il ne ressort, en tout état de cause, pas des pièces du dossier que l'intéressé aurait été privé de la possibilité de présenter des observations sur sa situation avant que ces décisions ne soient prononcées à son encontre. En outre, le requérant n'établit pas ni même n'allègue avoir sollicité en vain un entretien avec les services préfectoraux ni davantage qu'il aurait été empêché de s'exprimer avant que l'assignation à résidence contestée ne soit édictée, en vue de l'exécution de la décision d'éloignement. Enfin, il ne fait pas état d'éléments qui, s'ils avaient été connus de l'autorité administrative, auraient été de nature à influencer le sens de sa décision. Dans ces conditions, le moyen tiré du non-respect du droit de M. A à être entendu doit être écarté.

7. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ".

8. M. A a fait l'objet d'une décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour assortie d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours notifiée, le 10 juillet 2024, tel que cela a été précédemment exposé. Par ailleurs, le requérant a été assigné à résidence et astreint à se présenter deux fois par semaine, les lundis et jeudis entre 9 heures et 18 heures (y compris les jours chômés et fériés) au commissariat de Villeurbanne (Rhône). Il ressort des pièces du dossier et notamment d'un certificat médical établi, le 7 octobre 2024, postérieur à la décision attaquée, que M. A présente une paraplégie et qu'il souffre d'une dépression d'intensité moyenne. S'il se prévaut des termes de ce certificat médical mentionnant une forte aggravation de la symptomatologie dépressive et une réactivation des idées suicidaires depuis la mesure d'éloignement prononcée à son encontre, cette circonstance ne permet pas d'établir que son éloignement ne demeure pas une perspective raisonnable ni que cette assignation à résidence compte tenu de ses modalités présente un caractère disproportionné au regard de son état de santé. Il ne ressort pas ainsi des pièces du dossier que la mesure prise ne serait pas adaptée, nécessaire et proportionnée aux finalités qu'elle poursuit. Par suite, l'assignation à résidence n'est pas entachée d'erreur de droit ni d'erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressé.

9. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 18 septembre 2024 par lequel la préfète du Rhône l'a assigné à résidence. Par suite, ses conclusions aux fins d'annulation et d'injonction ainsi que celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et à la préfète du Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 octobre 2024.

La magistrate désignée,

N. Bardad

Le greffier,

T. Clément

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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