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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2409977

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2409977

mardi 22 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2409977
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationELOIGNEMENT
Avocat requérantLAUBRIET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 04 octobre 2024, Mme A B, représentée par Me Laubriet, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 26 septembre 2024 notifiée le même jour, par laquelle le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a totalement refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

Elle soutient que :

- elle est arrivée en France en 2021, elle n'a pas pu renouveler son titre de séjour portant la mention " étudiant ", expiré depuis l'année 2023, car elle était enceinte et rencontrait des difficultés familiales ;

- elle vit seule avec son fils né le 10 septembre 2023, suite à des violences conjugales, elle est hébergée par les services de la Métropole de Lyon eu égard à la précarité de sa situation ;

- elle n'a ni soutien familial ni ressources, l'octroi des conditions matérielles d'accueil lui permettrait de subvenir à ses besoins et à ceux de son fils.

Par un mémoire en défense enregistré le 15 octobre 2024, l'OFII conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requête, qui ne contient l'exposé d'aucun moyen, est irrecevable ;

- la requête, enregistrée le 4 octobre 2024 au-delà du délai de sept jours à compter de la décision attaquée notifiée le 26 septembre 2024 est irrecevable car tardive ;

- la requérante n'est pas fondée à critiquer la légalité de la décision attaquée.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Viallet, conseillère, pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions qui refusent, totalement ou partiellement, au demandeur d'asile le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Viallet, magistrate désignée ;

- les observations de Me Laubriet, représentant Mme B, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens, et les observations de Mme B.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante algérienne née le 30 août 1997 est entrée en France le 23 août 2021. Elle a obtenu, selon ses déclarations, un titre de séjour en qualité d'étudiante, expiré depuis l'année 2023. Sa demande d'asile a été enregistrée auprès de la préfecture du Rhône le 26 septembre 2024. Par la présente requête, elle demande au tribunal d'annuler la décision du 26 septembre 2024 par laquelle le directeur territorial de l'OFII lui a totalement refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

Sur l'admission à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. Eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de Mme B, il y a lieu de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Selon les termes de l'article L. 551-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile, au sens de la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil, du 26 juin 2013, établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, comprennent les prestations et l'allocation prévues aux chapitres II et III. ". Toutefois, aux termes de l'article L. 551-15 du même code : " Les conditions matérielles d'accueil sont refusées, totalement ou partiellement, au demandeur, dans le respect de l'article 20 de la directive 2013/33/ UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, dans les cas suivants : / 4° Il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° de l'article L. 531-27. () ". À cet égard, l'article L. 531-27 de ce même code prévoit que : " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides statue en procédure accélérée à la demande de l'autorité administrative chargée de l'enregistrement de la demande d'asile dans les cas suivants : / () 3° Sans motif légitime, le demandeur qui est entré irrégulièrement en France ou s'y est maintenu irrégulièrement n'a pas présenté sa demande d'asile dans le délai de quatre-vingt-dix jours à compter de son entrée en France ; () ". Par ailleurs, selon les termes de l'article D. 551-17 dudit code : " La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application de l'article L. 551-15 est écrite et motivée. Elle prend en compte la situation particulière et la vulnérabilité de la personne concernée. Elle prend effet à compter de sa signature. ". L'article L. 522-3 du même code dispose que : " L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines. ". Selon l'article L. 522-2 de ce code, " l'évaluation de la vulnérabilité du demandeur est effectuée par des agents de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ayant reçu une formation spécifique à cette fin ".

5. Il résulte des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que les conditions matérielles d'accueil sont proposées au demandeur d'asile par l'OFII après l'enregistrement de la demande d'asile. Dans le cas où l'autorité compétente envisage de refuser les conditions matérielles d'accueil sur le fondement de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il lui appartient d'apprécier la situation particulière du demandeur au regard notamment de sa vulnérabilité, de ses besoins en matière d'accueil ainsi que, le cas échéant, des raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il devait déférer pour bénéficier des conditions matérielles d'accueil.

6. Mme B ne fait pas état d'un motif légitime de nature à justifier le dépôt tardif de sa demande d'asile en France le 26 septembre 2024, plus de trois ans après son entrée sur le territoire à la date non contestée du 23 août 2021. Par ailleurs, si elle fait valoir qu'elle vit seule avec son fils, né le 10 septembre 2023, suite à des violences conjugales, sans soutien familial ni ressources, elle n'apporte toutefois aucun élément venant au soutien de ses allégations. En outre, il ressort des pièces du dossier que l'entretien dont elle a bénéficié le 26 septembre 2024, mené par un agent de l'OFII, n'a pas fait apparaître de facteurs particuliers de vulnérabilité, Mme B précisant être hébergée dans un hôtel financé par la Métropole de Lyon, sans faire état de besoins d'adaptation. Par suite, c'est sans méconnaitre les dispositions précitées de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni entacher sa décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation de la vulnérabilité de Mme B que le directeur territorial de l'OFII lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

7. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les fins de non-recevoir opposées en défense, que les conclusions à fin d'annulation de la décision du 26 septembre 2024 doivent être rejetées.

DECIDE:

Article 1er : Mme B est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, au directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et à Me Laubriet.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 octobre 2024.

La magistrate désignée,

ML. Viallet

La greffière

A. Senoussi

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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