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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2409992

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2409992

jeudi 24 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2409992
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantASTERIO CABINET D'AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 4 octobre 2024, et un mémoire complémentaire, enregistré le 22 octobre octobre 2024, la société Capoccitti Dépannage, représentée par Me Bracq, demande au juge des référés, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler, sur le fondement de l'article L. 551-1 du code de justice administrative, la procédure de passation de la concession d'exploitation et de gestion de la fourrière municipale de Chassieu ;

2°) de prononcer la suppression de propos tenus en page 4 du mémoire en défense de la société MAP Dépannage ;

3°) de condamner la société MAP Dépannage à lui verser la somme de 5 000 euros en réparation de ses préjudices sur le fondement des dispositions de l'article L. 741-2 du code de justice administrative ;

4°) de mettre la somme de 2 000 euros à la charge de la commune de Chassieu et de la société MAP Dépannage sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est recevable ;

- l'attribution du contrat en litige méconnaît les règles de mise en concurrence dès lors qu'elle a refusé la prolongation du délai de validité de son offre ; la commune de Chassieu a porté atteinte au principe d'égalité de traitement des candidats en attribuant le contrat au-delà du délai fixé dans le règlement de la consultation ;

- elle justifie d'une lésion du fait de l'atteinte à l'égalité de traitement des candidats dès lors qu'elle aurait pu faire valoir d'importantes évolutions de son offre au titre de la valeur technique, des moyens humains ainsi que sur les mesures prises en faveur de l'environnement ;

- aucun intérêt public ne justifie de ne pas annuler la procédure.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 octobre 2024, la commune de Chassieu, représentée par Me Comte, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 5 000 euros soit mise à la charge de la société requérante sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 octobre 2024, la société MAP Dépannage, représentée par Me Salamand, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la société requérante sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la commande publique ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Rizzato, première conseillère, pour statuer sur les référés précontractuels en application de l'article L. 551-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Gaillard, greffière d'audience, Mme Rizzato a lu son rapport et entendu :

- les observations de Me Berlottier, représentant la société Capoccitti Dépannage, qui conclut aux mêmes fins que dans ses écritures par les mêmes moyens qu'il développe oralement ;

- les observations de Me Comte, pour la commune de Chassieu qui conclut aux mêmes fins que dans ses écritures par les mêmes moyens qu'elle développe oralement ;

- les observations de Me Bonnet, représentant la société MAP Dépannage, qui conclut aux mêmes fins que dans ses écritures par les mêmes moyens qu'elle développe oralement.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par un avis de concession publié le 22 février 2024, la commune de Chassieu a lancé une consultation en vue de la passation d'une délégation de service public d'exploitation et gestion de la fourrière automobile municipale. La société Capoccitti Dépannage qui a présenté une offre, demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 551-1 du code de justice administrative, d'annuler la procédure de passation de cette délégation de service public.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 551-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 551-1 du code de justice administrative : " Le président du tribunal administratif, ou le magistrat qu'il délègue, peut être saisi en cas de manquement aux obligations de publicité et de mise en concurrence auxquelles est soumise la passation par les pouvoirs adjudicateurs de contrats administratifs ayant pour objet l'exécution de travaux, la livraison de fournitures ou la prestation de services, avec une contrepartie économique constituée par un prix ou un droit d'exploitation, la délégation d'un service public ou la sélection d'un actionnaire opérateur économique d'une société d'économie mixte à opération unique () / Le juge est saisi avant la conclusion du contrat. ". Selon l'article L. 551-2 du même code : " I.- Le juge peut ordonner à l'auteur du manquement de se conformer à ses obligations et suspendre l'exécution de toute décision qui se rapporte à la passation du contrat, sauf s'il estime, en considération de l'ensemble des intérêts susceptibles d'être lésés et notamment de l'intérêt public, que les conséquences négatives de ces mesures pourraient l'emporter sur leurs avantages. / Il peut, en outre, annuler les décisions qui se rapportent à la passation du contrat et supprimer les clauses ou prescriptions destinées à figurer dans le contrat et qui méconnaissent lesdites obligations () ".

3. En vertu des dispositions de l'article L. 551-1 du code de justice administrative, les personnes habilitées à agir pour mettre fin aux manquements du pouvoir adjudicateur à ses obligations de publicité et de mise en concurrence sont celles susceptibles d'être lésées par de tels manquements. Il appartient dès lors au juge des référés précontractuels de rechercher si l'entreprise qui le saisit se prévaut de manquements qui, eu égard à leur portée et au stade de la procédure auquel ils se rapportent, sont susceptibles de l'avoir lésée ou risquent de la léser, fût-ce de façon indirecte, en avantageant une entreprise concurrente.

4. Aux termes des dispositions de l'article L. 1411-1 du code général des collectivités territoriales : " Les collectivités territoriales, leurs groupements ou leurs établissements publics peuvent confier la gestion d'un service public dont elles ont la responsabilité à un ou plusieurs opérateurs économiques par une convention de délégation de service public définie à l'article L. 1121-3 du code de la commande publique préparée, passée et exécutée conformément à la troisième partie de ce code. ". Aux termes des dispositions de l'article L. 1411-5 du même code : " I.- Une commission analyse les dossiers de candidature et dresse la liste des candidats admis à présenter une offre après examen de leurs garanties professionnelles et financières, de leur respect de l'obligation d'emploi des travailleurs handicapés prévue aux articles L. 5212-1 à L. 5212-4 du code du travail et de leur aptitude à assurer la continuité du service public et l'égalité des usagers devant le service public. / Au vu de l'avis de la commission, l'autorité habilitée à signer la convention de délégation de service public peut organiser librement une négociation avec un ou plusieurs soumissionnaires dans les conditions prévues par l'article L. 3124-1 du code de la commande publique. Elle saisit l'assemblée délibérante du choix de l'entreprise auquel elle a procédé. Elle lui transmet le rapport de la commission présentant notamment la liste des entreprises admises à présenter une offre et l'analyse des propositions de celles-ci, ainsi que les motifs du choix de la candidate et l'économie générale du contrat. (). ".

5. En l'espèce, il résulte de l'instruction que le délai de validité des offres a été fixé par l'article 3 du règlement de la consultation à 180 jours à compter du 25 mars 2024, date limite de remise des offres. Ce délai expirait donc le 25 septembre 2024. La commission de délégation de service public a émis un avis lors de sa séance du 14 juin 2024 et classé la société MAP Dépannage en première position et la société Capoccitti Dépannage en seconde position. La commune de Chassieu a, par courrier signé le 16 septembre 2024, demandé aux deux sociétés candidates si elles acceptaient de maintenir leurs offres deux mois au-delà de leur date limite de validité. La société requérante a répondu, le 20 septembre 2024, qu'elle refusait de maintenir son offre. Le conseil municipal de la commune de Chassieu a par délibération du 30 septembre 2024, décidé de retenir le classement proposé par la commission de délégation de service public et désigné la société MAP Dépannage comme délégataire.

6. La société requérante se borne à soutenir que la commune n'a pas respecté les règles qu'elle s'était fixées " ce qui constitue une violation des règles de publicité et de mise en concurrence " et qu'elle aurait pu faire valoir d'importantes évolutions de son offre au titre de la valeur technique, ainsi que sur les mesures prises en faveur de la protection de l'environnement, sans apporter aucun élément à l'appui de ses allégations. Alors que le choix du délégataire s'est porté, sans négociation, sur le premier candidat classé par la commission mentionnée au point 5, le 14 juin 2024, soit avant l'expiration du délai de validité des offres, la société Capoccitti Dépannage n'est pas fondée à soutenir que la commune de Chassieu a porté atteinte au principe d'égalité de traitement des candidats et aux obligations de publicité et de mise en concurrence en retenant l'offre de la société MAP Dépannage postérieurement à la date de validité des offres.

7. Il résulte de ce qui précède que la société Capoccitti Dépannage n'est pas fondée à demander l'annulation de procédure attaquée.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 741-2 du code de justice administrative :

8. Contrairement à ce que soutient la société requérante, les termes du mémoire en défense de la société MAP Dépannage n'excèdent pas les limites de la controverse entre parties dans le cadre d'une procédure contentieuse. Dès lors, il n'y a pas lieu d'en prononcer la suppression par application des dispositions de l'article 41 de la loi du 29 juillet 1881, reproduites à l'article L. 741-2 du code de justice administrative, qui permettent aux tribunaux, dans les causes dont ils sont saisis, de prononcer la suppression des écrits injurieux, outrageants ou diffamatoires. Les conclusions présentées sur le fondement de ces dispositions doivent dès lors être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 font obstacle à ce que soit mis à la charge de la commune de Chassieu et de la société MAP Dépannage, qui ne sont pas, dans la présente instance, les parties perdantes, le versement à la société Capoccitti Dépannage d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire droit aux conclusions présentées sur le même fondement par la commune de Chassieu et la société MAP Dépannage et de mettre à la charge de la société Capoccitti Dépannage le versement d'une somme de 1 000 euros à la commune de Chassieu et à la société MAP Dépannage.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de la société Capoccitti Dépannage est rejetée.

Article 2 : La société Capoccitti Dépannage versera à la commune de Chassieu et à la société MAP Dépannage la somme de 1 000 euros chacune en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à la société Capoccitti Dépannage, à la commune de Chassieu et à la société MAP Dépannage.

Fait à Lyon le 24 octobre 2024.

La juge des référés,

C. Rizzato

La greffière,

F. Gaillard

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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