mercredi 9 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2410035 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Avocat requérant | SELARL BS2A BESCOU ET SABATIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 8 octobre 2024, Mme A C divorcée B, représentée par Me Bescou, demande au juge des référés :
1°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, de mettre fin à la mesure de maintien en zone d'attente dont elle fait l'objet, suite à son refus d'entrée ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- sur la condition d'urgence : elle fait l'objet d'une mesure privative de liberté, alors qu'elle n'a jamais été informée de la décision du 12 août 2024 par laquelle le préfet de la Drôme lui a retiré son titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français, cette décision ne lui ayant pas été notifiée à la bonne adresse ; en effet, elle avait signalé un changement d'adresse en juin 2024, qui n'a pas été pris en compte ; elle est vulnérable, en état de grossesse ;
- cette décision est de nature à porter une atteinte grave et manifestement illégale à sa liberté d'aller et venir ; la décision en litige est illégale, puisque dépourvue de base légale, les décisions par lesquelles le préfet de la Drôme a retiré son titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français ne lui étant pas opposables, puisqu'elles ne lui ont pas été régulièrement notifiées ; la mesure porte également atteinte à son droit à un recours effectif, protégé par l'article 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, puisqu'elle doit pouvoir exercer un recours contre les décisions du 12 août 2024.
Par un mémoire en observation enregistré le 8 octobre 2024, le préfet de la Drôme conclut au rejet de la requête.
Il soutient que la requérante s'est elle-même placée dans une situation d'urgence en demandant l'asile après les décisions en litige, ce qui a eu pour effet de prolonger son placement en zone d'attente ; elle s'est vu notifier le 4 octobre 2024 la décision du 12 août 2024.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Vu la décision par laquelle la présidente du tribunal a désigné M. Besse, président, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Senoussi, greffière d'audience, M. Besse a lu son rapport et entendu les observations de :
- Me Bescou, représentant Mme C, qui a précisé lors de l'audience qu'il avait entendu également contester le refus d'entrée en France, qui fonde la mesure de maintien en zone d'attente, à laquelle la requérante entend qu'il soit mis fin ; qu'il ne peut être opposé le fait que le maintien en zone d'attente serait dû à sa demande d'asile, laquelle visait précisément à ce qu'elle puisse faire valoir ses droits sans mise à exécution d'une mesure d'éloignement.
- Mme C.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Le ministre de l'intérieur a produit une note en délibéré, enregistrée le 9 octobre 2024 à 14 h 46, après la clôture de l'instruction.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C, ressortissante algérienne, est arrivée à l'aéroport Lyon Saint-Exupéry, le 3 octobre 2024, en provenance d'Annaba, munie d'un passeport en cours de validité mais dépourvue de visa. Alors qu'elle pensait pouvoir rentrer sur le territoire français en présentant un certificat de résidence algérien valable jusqu'au 26 juin 2033, elle a été informée que ce titre lui avait été retiré par décision du préfet de la Drôme en date du 21 août 2024, assortie d'une obligation de quitter le territoire français. Une décision de refus d'entrée sur le territoire français lui a été notifiée le même jour, à 12 heures 35, et, elle a été placée en zone d'attente par une autre décision du même jour. La requérante demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, et ainsi qu'elle l'a précisé à l'audience de suspendre les décisions de refus d'entrée et de placement en zone d'attente
2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ".
Sur le placement en zone d'attente :
3. En vertu des articles L. 341-1, L. 341-3, L. 342-1 et L. 342-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le placement en zone d'attente, décidé pour quatre jours par l'autorité administrative, peut être prolongé au-delà de cette durée, pour une durée qui ne peut, sauf dans certaines circonstances excéder huit jours. En l'espèce, le juge des libertés et de la détention du tribunal judiciaire de Lyon a, par une ordonnance du 7 octobre 2024, autorisé le maintien de la requérante en zone d'attente pour une durée de huit jours. Il en résulte que la décision administrative de maintien de Mme C en zone d'attente avait, avant même la date d'introduction de sa demande, cessé de produire effet. La décision du juge des libertés et de la détention qui s'y est substituée relève du seul contrôle de l'autorité judiciaire. Par suite, les conclusions tendant à la suspension de la décision maintenant la requérante en zone d'attente ne peuvent qu'être rejetées.
Sur le refus d'entrée sur le territoire français :
4. Aux termes de l'article L. 332-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile: " L'étranger qui ne satisfait pas aux conditions d'admission prévues au titre I peut faire l'objet d'une décision de refus d'entrée, sans préjudice des dispositions particulières relatives au droit d'asile et à la protection internationale ou à la délivrance de visas de long séjour. " Aux termes de l'article L. 332-2 du même code : " Tout refus d'entrée en France fait l'objet d'une décision écrite motivée prise, sauf en cas de demande d'asile, par un agent relevant d'une catégorie fixée par voie réglementaire () ".
5. La liberté d'aller et venir, composante de la liberté personnelle protégée par les articles 2 et 4 de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789, constitue une liberté fondamentale au sens de l'article L. 521-2 du code de justice administrative. Elle s'exerce, en ce qui concerne le franchissement des frontières, dans les limites découlant de la souveraineté de l'État et des accords internationaux et n'ouvre pas aux étrangers un droit général et absolu d'accès sur le territoire français. Celui-ci est en effet subordonné au respect tant de la législation et de la réglementation en vigueur que des règles qui résultent des engagements européens et internationaux de la France.
6. Tout d'abord, la condition d'urgence est en l'espèce satisfaite dès lors que l'administration est susceptible de procéder au réacheminement d'office de la requérante, laquelle résidait en France avant un court séjour en Algérie.
7. Il résulte ensuite suffisamment de l'instruction que, par courriel du 18 juin 2024, les services de la préfecture de la Drôme avaient été informés du changement d'adresse de Mme C, comme le prévoient les dispositions de l'article R. 431-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ce que ne conteste pas d'ailleurs la préfecture de la Drôme. Ainsi, la décision du 21 août 2024 du préfet de la Drôme ayant procédé au retrait du certificat de résidence de la requérante et lui ayant fait obligation de quitter le territoire français, adressée sous un pli revenu avec la mention " Destinataire inconnu à l'adresse ", ne lui a pas été régulièrement notifié. Dans ces conditions, et sans qu'ait d'incidence sur la légalité du refus d'entrée opposé le 3 octobre 2024 le fait que cette décision ait été régulièrement notifiée à l'intéressée le lendemain, en zone d'attente, le retrait du certificat de résidence, décision individuelle défavorable, n'était pas entré en vigueur à la date de la décision de refus d'entrée, de sorte qu'aucun refus d'entrée ne pouvait lui être opposé. En outre, Mme C, qui résidait en France sous couvert d'un certificat de résidence valable du 27 juin 2023 au 26 juin 2033, n'a pas été mise en mesure de contester utilement la décision préfectorale du 21 août 2024, en bénéficiant du caractère suspensif d'un éventuel recours de sa part sur l'exécution forcée de la mesure d'éloignement. Dans ces conditions, le refus d'entrée qui lui a été opposé le 3 octobre 2024 porte une atteinte grave et manifestement illégale à sa liberté d'aller et venir.
8. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de suspendre l'exécution de la décision du 3 octobre 2024 par laquelle le ministre de l'intérieur a opposé un refus d'entrée sur le territoire français à Mme C.
9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à verser à Mme C au titre des frais non compris dans les dépens qu'elle a exposés.
ORDONNE :
Article 1er : L'exécution de la décision du 3 octobre 2023 par laquelle le ministre de l'intérieur a refusé l'entrée sur le territoire français à Mme C est suspendue.
Article 2 : L'Etat versera à Mme C la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Les conclusions de la requête sont rejetées pour le surplus.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A C divorcée B et au ministre de l'intérieur.
Copie en sera adressée au préfet de la Drôme.
Fait à Lyon, le 9 octobre 2024.
Le juge des référés,
T. Besse
La greffière,
A. Senoussi
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
N°2410035
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026