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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2410038

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2410038

jeudi 10 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2410038
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationELOIGNEMENT
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 7 octobre 2024, M. C B, alors retenu au centre de rétention administrative de Lyon Saint-Exupéry, demande au tribunal :

1°) de prononcer son admission à l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 6 octobre 2024 par laquelle le préfet du Puy-de-Dôme a prolongé l'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans dont il fait l'objet pour une durée supplémentaire de deux ans ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros à verser à son conseil, en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- il n'est pas justifié de la compétence du signataire de la décision attaquée ;

- cette décision est entachée d'un défaut de motivation et d'examen de sa situation personnelle

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 612-6, L. 612-10 et L. 612-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle a un caractère disproportionné ; l'inscription dans le système d'information a pour conséquence l'impossibilité d'obtenir un visa ou un titre et conduit à une expulsion automatique de l'espace Schengen.

Des pièces ont été produites par le préfet du Puy-de-Dôme le 9 octobre 2024.

Vu les décisions attaquées et les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Collomb, première conseillère, pour exercer les pouvoirs qui lui sont conférés par les articles L. 921-1 à L. 922-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties, dûment convoquées, ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Collomb, magistrate désignée ;

- les observations de Me Faivre, représentant M. B, qui :

* se désiste du moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte ;

* soutient que la décision attaquée est entachée d'un défaut d'examen sérieux de la situation du requérant qui dispose d'attaches familiales en France ;

* pour le surplus conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens ;

- les observations de Me Coquel, substituant Me Tomasi, représentant le préfet du Puy-de-Dôme qui conclut au rejet de la requête ;

- et les déclarations de M. B, assisté de M. A, interprète en langue albanaise.

Le préfet du Puy-de-Dôme n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience conformément aux dispositions de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant albanais né le 24 octobre 1994, décale être entré en France au mois de septembre 2021 en dernier lieu. Il a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français assortie d'une interdiction de retour de deux ans prise à son encontre par le préfet du Puy-de-Dôme le 07 décembre 2021 dont la légalité a été confirmée par un jugement du tribunal administratif de Clermont-Ferrand du 8 février 2022. Par un nouvel arrêté du 7 novembre 2023, la préfète de l'Allier l'a obligé à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire et lui a fait interdiction de retourner sur le territoire national pour une durée de dix-huit mois ; la légalité de ces décisions ayant été confirmée par un jugement du tribunal administratif de Clermont-Ferrand du 14 décembre 2023. Par des décisions du 20 juin 2024, le préfet du Puy-de-Dôme a prolongé l'interdiction de retour et a assigné le requérant à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. Enfin, par une décision du 6 octobre 2024, dont M. B demande l'annulation, la même autorité a prolongé l'interdiction de retour sur le territoire français de trois ans dont il fait l'objet pour une durée supplémentaire de deux ans, portant ainsi la durée totale de l'interdiction de retour à cinq ans.

Sur l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

2. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, la décision attaquée vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il est fait application, en particulier les dispositions de l'article L. 612-11, et relève les éléments biographiques du requérant pertinents pour cette application en particulier la circonstance que son comportement constitue une menace pour l'ordre public. Il ne résulte ainsi ni de la motivation, en l'espèce suffisante, ni des autres pièces du dossier que le préfet du Puy-de-Dôme m'aurait pas procédé, préalablement à l'édiction de la décision en litige, à un examen de la situation personnelle de M. B. Le moyen afférent doit ainsi être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L.612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ". Enfin, selon les dispositions de l'article L. 612-11 dudit code : " L'autorité administrative peut prolonger l'interdiction de retour pour une durée maximale de deux ans dans les cas suivants : / 1° L'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français alors qu'il était obligé de le quitter sans délai () / Compte tenu des prolongations éventuellement décidées, la durée totale de l'interdiction de retour ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, sauf menace grave pour l'ordre public ".

5. Il résulte des termes de la décision attaquée que, pour prolonger d'une durée de deux ans l'interdiction de retour sur le territoire français dont M. B faisait l'objet, par deux arrêtés précédents datés des 7 novembre 2023 et 20 juin 2024, le préfet du Puy-de-Dôme s'est fondé sur les quatre critères prévus à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. L'autorité administrative a ainsi relevé la date d'entrée alléguée de l'intéressé sur le territoire français en septembre 2021 et la circonstance qu'il ne justifiait d'aucune circonstance humanitaire particulière pour ne pas avoir déféré à la précédente mesure d'éloignement prise à son encontre le 7 novembre 2023. Cette même autorité a également pris en compte l'absence de liens familiaux anciens, intenses et stables en France en indiquant que l'intéressé est célibataire et sans enfant à charge et qu'il n'a pas été en mesure de préciser l'identité et la situation administrative de ses deux frères qui résideraient en France selon ses allégations ainsi que la circonstance que son comportement représente une menace pour l'ordre public. Il ressort, à cet égard, des termes de la décision en litige que M. B est défavorablement connu des services de police pour des faits " d'importation non autorisée de stupéfiants ", " détention non autorisée de stupéfiants " et " transport non autorisé de stupéfiants " commis le 19 septembre 2016 à Aulnat (63510) mais également pour des faits de conduite d'un véhicule sans permis ni assurance et " usage d'un téléphone tenu en main par le conducteur d'un véhicule en circulation " pour lesquels il a été interpellé et placé en garde à vue le 5 octobre 2024. Par suite, alors même qu'il n'aurait fait l'objet d'aucune condamnation pénale, M. B n'est pas fondé à soutenir que la durée de prolongation de l'interdiction de retour, ainsi fixée à deux ans, serait entachée d'erreur de droit ou d'appréciation ou serait disproportionnée quant à sa durée. Ces moyens doivent, dès lors, être écartés.

6. Si le requérant soutient, enfin, que l'interdiction de retour sur le territoire français conduit à une expulsion automatique de l'ensemble de l'espace Schengen pour cette même durée, du fait de son inscription dans le système d'information Schengen, cette inscription, qui n'est qu'une conséquence de l'interdiction de retour en litige, n'a pas d'incidence sur la légalité de cette mesure.

7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées ainsi que, par voie conséquence, ses conclusions aux fins d'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E:

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2: Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet du Puy-de-Dôme.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 octobre 2024.

La magistrate désignée,

C. COLLOMB

La greffière,

L. BON-MARDION

La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour exécution conforme,

Un greffier

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